Île du Prince-Édouard - L'île aux mille et un phares
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Pour pallier cette situation que l'on pourrait qualifier de regrettable puisqu'il y a beaucoup à voir et à faire ailleurs, on nous présente cette année deux nouveaux circuits routiers qui permettront aux voyageurs les plus curieux de sortir des ornières tracées par la masse touristique. Le parcours de l'est est quand même relativement connu des Québécois, qui en franchissent le plus souvent une partie à toute vitesse, du pont de la Confédération jusqu'à Souris, pour aller prendre le traversier vers les îles de la Madeleine. On ne peut toutefois pas considérer cette habitude comme une pratique touristique enrichissante.
Circuit côtier des pointes de l'Est
On dit «des pointes» puisque cet itinéraire routier nous conduit effectivement sur presque toutes les pointes de la côte particulièrement dentelée de l'est. Ce qui laisse entendre que les phares seront forcément nos points de repère au fil du chemin. Tous ces phares peuvent être visités en saison et il est possible de grimper jusqu'à la lanterne pour admirer le point de vue. La plupart abritent un petit musée et certains ont même été transformés en auberges. Le premier et le plus ancien des 44 phares en activité, celui de Point Prim, apparaît au bout d'une longue avancée en mer et d'une route fort agréable (la 209). Celui qui guidait les navigateurs vers le havre de Charlottetown trône sur un cap peu élevé dont on essaie de contenir l'érosion. On constate ici que les assises géologiques de l'île sont, en grande partie, comparables à ce qu'on retrouve aux îles de la Madeleine, avec leurs falaises rougeoyantes et fragiles. Bien que la présence à Point Prim de pierres arrondies semble indiquer un sol moins friable. Le phare lui même a été bâti en 1845 avec des briques faites de cette pierre, qu'on a dû rapidement recouvrir dès 1847 avant que le vent ne la dévore.
Un peu plus loin, on atteint les phares de Wood Island et l'embarcadère du traversier vers la Nouvelle-Écosse. Outre les infrastructures portuaires massives, on distingue aisément les deux phares qui bordent l'entrée de la rade. Le plus petit, un phare d'alignement, se trouve au bout du quai alors que l'autre, beaucoup plus massif, avec la maison des gardiens attenante, est juché sur la colline de l'autre côté du port de pêche. Il a été l'un des derniers phares de l'île à abriter un gardien, et ce, jusqu'à la fin des années 1980. À l'entrée de la marina, un des pêcheurs locaux offre dans une baraque peu attrayante le homard frais pris et frais cuit, ou certaines préparations typiques comme le fameux «lobster roll» qu'on trouve partout dans les Maritimes. Il s'agit d'une adaptation sophistiquée du chien chaud où le homard en sauce mayonnaise se substitue à la saucisse. Le tout est servi avec frites ou avec la traditionnelle salade de patates de l'île.
Encore plus avant, la lumière de Cape Bear marque l'entrée du havre Murray et, outre le fait que l'endroit soit particulièrement bucolique et photogénique avec sa longue falaise, on en retient surtout que la station Marconi qui se trouvait autrefois près du phare trapu aurait été la première station terrestre à recevoir l'appel de détresse du Titanic le 15 avril 1912. Le fait que l'on tienne compte du décalage horaire avec Terre-Neuve dans cette affirmation la rend cependant un peu précaire.
Près de Cape Bear, à Murray Harbour, on arrive au point de départ d'une section de 36 km du Sentier de la Confédération qui mène les cyclistes jusqu'à Iona en passant par Wood Island. Ce court segment va s'ajouter au tracé principal de cette piste cyclable aménagée sur l'ancienne emprise ferroviaire. Des embranchements viennent le rejoindre à partir de Georgetown et de Souris, mais si on tient à traverser vraiment toute la province à vélo, il faudra partir d'Elmira, près de l'extrémité est de l'île, et pédaler près de 274 km sur le sentier de poussière de pierre jusqu'à Tignish, près de la pointe nord. D'autres bretelles partent de Borden ou de Charlottetown.
Parcs et villégiature
Chemin faisant, on croise de nombreux parcs provinciaux tout au long de la côte est. Ces derniers, comme le Parc provincial de Panmure Island, recèle certaines des plus belles plages de toute l'île. Tous proposent également le camping dans des conditions souvent idylliques, avec vue sur la mer et un environnement verdoyant.
Aux environs, la restauration et l'hôtellerie se sont développées de façon remarquable pour desservir la clientèle golfeuse, plus spécialement dans les régions de la baie Cardigan et de la baie Fortune. D'ailleurs, c'est à Bay Fortune que l'on trouve l'un des joyaux de la villégiature sur l'île: The Inn at Bay Fortune. Tout le secteur de Bay Fortune a d'abord été fréquenté, à partir de la fin du XIXe siècle, par des membres de la colonie artistique new-yorkaise, principalement des gens de théâtre.
L'auteur Elmer Harris, qui s'est fait connaître avec la pièce Johnny Bellinda inspirée de l'histoire d'une jeune sourde-muette, a établi sa maison d'été en 1908 là où se trouve la superbe auberge de Bay Fortune. Il y possédait un terrain immense partant de la baie et s'enfonçant dans les terres sur près de un kilomètre et demi. Le tout, dans un état de décrépitude avancé, a été racheté en 1988 par un Américain du Connecticut, David Wilmer, qui avait passé tous ses étés de jeunesse à cinq minutes de là. Après de multiples transformations et agrandissements, l'endroit possède aujourd'hui un style à la fois indéfinissable et fascinant.
Le décor extérieur mise sur le cachet très typique du bardeau de cèdre grisonnant et de l'architecture audacieuse. Les fleurs sont omniprésentes dans l'aménagement paysager et le tour du potager s'avère des plus intéressant puisqu'on y voit pousser tous les aromates et les légumes qui se retrouvent dans notre assiette le soir venu. David Wilmer accorde d'ailleurs une grande importance à la gastronomie et à la qualité de sa table ainsi que de sa cave à vin.
Dans la grande véranda de l'ancienne maison d'été, on peut déguster les spécialités de son jeune chef, qui ne manque pas d'audace. Sa «crème brûlée décadente au foie de poulet farcie de pistaches et d'abricots séchés» a de quoi vous faire renoncer au foie gras... Son tartare de pétoncle flanqué de fraises et d'une salade de betterave s'avère aussi léger que rafraîchissant. Il s'accompagne délicieusement d'un vin de rhubarbe produit sur l'île par le vignoble Domaine Rossignol que l'on peut visiter à Little Sands, près de Wood Island. À vrai dire, je n'aurais pas parié sur ce produit sans la recommandation du sommelier de l'auberge, un jeune Québécois passionné par son art qui travaille à monter une cave à vin d'exception dans un milieu où l'oeuvre de Bacchus n'est pas encore appréciée à sa pleine mesure. Il avait raison...
Ici comme partout en Atlantique, pour des raisons strictement professionnelles, je m'en tiens généralement à un régime rigoureusement composé de fruits de mer, de poissons frais et de mollusques avec une forte prédominance de homard. La cuisine de l'Auberge de Baie Fortune propose le homard provenant du quai situé à moins d'un kilomètre. On le prépare grillé et servi sur un lit d'épinards, accompagné d'un ravioli farci au panais et couvert d'un court-bouillon de homard. Chose inusitée, on trouve en cuisine un coin dégustation vitré qui donne sur les fours, où quelques convives peuvent partager un menu improvisé par le chef sous leurs yeux. Le chef Warren Barr n'a rien à cacher.
Le séjour au Inn at Bay Fortune ne peut être que des plus plaisant bien que les prix aussi soient d'ordre supérieur. Un produit qui s'adresse essentiellement aux couples qui veulent se gâter et qui ont les moyens de le faire.
D'ouest en est
De Fortune Bay à East Point, il ne faut que le temps d'entrevoir le quai de Souris, un golf, des kilomètres de plages désertes entre Red Point et Basin Head, un camping et nous y voici! Le vent nous couche presque au sol sur cette pointe devant laquelle se heurtent violemment les courants marins du détroit Northumberland et du golfe du Saint-Laurent.
Cet affrontement dégage tellement de puissance que des éclats de glace sont déjà venus fracasser les fenêtres de la lanterne. La bourrasque domine totalement la pointe extrême orientale de l'île où les arbres nains enlacent leurs branches suppliciées au point d'en tisser les ramilles en buissons inextricables. East Point abrite le plus haut phare de l'île, mais le terrain devant lui s'est tellement érodé que l'on craint de perdre prochainement l'ancienne maison de gardien, occupée par la boutique de souvenirs. Nadine Cheverie, de descendance acadienne mais unilingue anglophone, fait visiter ce phare bâti par des constructeurs de bateaux qui ont utilisé des techniques navales.
Elle parle de la vie des gardiens qu'elle a côtoyés depuis l'enfance et qui demeurent encore près du phare. Elle raconte les naufrages et les anecdotes qui rendent l'histoire captivante. «Vous voyez l'île du Cap-Breton devant nous. Plus elle semble haute et plus le temps sera mauvais», affirme-t-elle en peinant à reprendre son souffle après être montée au sommet du phare.
Il y a ensuite une longue route de East Point à Saint-Peter's et au Parc national de l'Île-du-Prince-Édouard à Grennwich. La baie de Saint-Peter's est occupée par de nombreux mytiliculteurs et ostréiculteurs dont on reconnaît les installations par les alignements de bouées qui soutiennent les lignes sur lesquelles croissent les moules ou les huîtres. The Inn at Saint-Peter's, une auberge très plaisante au bord de la baie profonde, met magnifiquement à profit cette ressource locale. Sa spécialité de moules bleues au vin blanc et à l'ail relevées avec un beurre à la tomate fumée fait l'unanimité chez tous les fins gourmets en quête de façons originales d'apprêter ces coquillages. Pour en savoir plus sur la culture des moules, on peut aussi visiter le Island Blue Cultured Mussel Interpretative Centre de la nouvelle promenade commerciale Saint Peters Landing
Pour faire passer un dîner copieux, rien de mieux qu'une bonne randonnée pédestre sur les sentiers du Parc national du Canada de l'Île-du-Prince-Édouard. La visite préalable du Centre d'interprétation Greenwich suscite suffisamment d'intérêt nous empêcher de succomber à la petite baisse de début d'après-midi. On nous y présente un panorama documenté de l'histoire de l'occupation humaine ainsi que de l'environnement particulier de cette région où l'on protège un réseau de 900 acres de dunes, dont des formations de sable rouge extrêmement rares. La randonnée en milieu côtier est boisée est agrémentée par la présence d'un sentier flottant qui ajoute à la beauté des lieux. À partir de Saint Peter's, la côte nord de l'île devient une succession de larges baies et de plages plus spectaculaires les unes que les autres.
Le nouveau Circuit côtier des Pointes de l'Est confirme l'impressionnante progression de l'Île-du-Prince-Édouard en ce qui a trait à la restauration, à l'hébergement de qualité et aux infrastructures de plein air. Tout pour en faire une destination de plus en plus irrésistible.
Pour en savoir plus
- Tourisme IPE: 1 800 887-L'ÎLE, www.ipevacances
- The Inn at Bay Fortune: 902 687-3745, www.innatbayfortune.com
- The Inn at Saint-Peter's: 1 800 818-0925, www.innatstpeters.com
- Parc national de Greenwich: 902 961-2514, www.pc.gc.ca
Collaborateur du Devoir

