Israël resserre son étau sur Gaza
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Olmert défend le bien-fondé de l'offensive israélienne
Jérusalem -- Éhoud Olmert a rejeté hier les critiques formulées contre l'offensive israélienne à Gaza, tout en se défendant de vouloir renverser le gouvernement du Hamas.Le tiers des ministres du gouvernement palestinien ont été arrêtés par Tsahal depuis le début de l'opération Pluie d'été, lancée dans la bande de Gaza le 25 juin dernier pour obtenir la libération du soldat israélien Gilad Shalit pris en otage par un commando palestinien.
Olmert a fustigé l'Union européenne (UE) pour avoir critiqué l'offensive israélienne, estimant que les Vingt-Cinq devraient avant tout condamner les tirs de roquettes palestiniens contre Israël.
Après avoir accusé l'État juif vendredi de recourir à la force de façon disproportionnée, l'UE s'est déclarée dimanche gravement préoccupée par la situation humanitaire dans la bande de Gaza.
«À quand remonte la dernière fois où l'Union européenne a condamné ces tirs et proposé des mesures efficaces pour les faire cesser?», s'est interrogé Olmert. «Arrivé à un certain point, Israël n'a plus le choix et doit prendre des mesures.»
Le premier ministre a en outre répété qu'il «ne relâcherait pas de prisonniers [palestiniens] en échange du caporal Gilad Shalit».
Plusieurs factions d'activistes palestiniens dont le bras armé du Hamas, les brigades Ezzedine al-Kassam, ont réclamé la libération de plus d'un millier de prisonniers palestiniens détenus en Israël contre le soldat kidnappé.
Le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal, qui vit en exil à Damas, s'est fait hier l'écho de cette requête. «La solution est simple. Échangeons. Mais Israël s'y oppose. Les médiateurs en Europe le savent, mais ils sont impuissants», a-t-il ajouté.
Les dirigeants israéliens ont déjà menacé de tuer Mechaal, qui faisait hier sa première apparition en public depuis l'enlèvement du caporal.
Le chef du Hamas a accusé la communauté internationale de concentrer son attention sur un simple soldat israélien au lieu de tenter de faire cesser une opération qui a fait selon lui 47 morts et 187 blessés dans les rangs des Palestiniens.
Hier, deux activistes palestiniens du Djihad islamique ont été tués et cinq autres blessés dans un tir de missiles de l'aviation israélienne dans la bande de Gaza. Selon les habitants de Gaza, plus de 50 Palestiniens dont une vingtaine de civils sont morts depuis le début de l'opération Pluie d'été.
De leur côté, des activistes palestiniens ont tiré trois roquettes dans le sud d'Israël hier matin, mais sans faire de victimes, a rapporté la radio israélienne.
Dans la soirée, une source officielle palestinienne a indiqué que le président palestinien, Mahmoud Abbas, devait se rendre en Jordanie pour des entretiens avec le roi Abdallah.
«M. Abbas va en Jordanie pour examiner avec le roi les derniers développements politiques dans la région», a affirmé cette source. De source palestinienne à Amman, on a précisé que le président palestinien était attendu tard hier dans la capitale jordanienne.
Au moins deux mois
Selon une source militaire citée par le quotidien israélien Haaretz, les opérations en cours pourraient durer au moins deux mois encore. Lors de la réunion du conseil des ministres, dimanche, le premier ministre Éhoud Olmert a évoqué «une guerre dont il est impossible de fixer de limite dans le temps». Il a appelé l'opinion publique israélienne à la patience.
«Le Hamas a concocté cette fricassée mais maintenant, il doit l'avaler, a résumé en termes choisis le général Yossi Cooperwasser, qui commandait encore très récemment le Département d'analyse du renseignement militaire. Nous avons essayé d'éviter cette opération terrestre dans le nord de la bande de Gaza, mais le Hamas nous a forcé la main en tirant deux roquettes de nouvelle génération sur Ashkelon. Nous ne pouvions tolérer une telle escalade et avons décidé d'avancer vers les zones de tirs pour rendre plus difficile le travail des cellules de lanceurs. Cette offensive au nord n'est en rien contradictoire avec notre opération dans le sud, qui vise à obtenir la libération du soldat Gilad Shalit. Les deux mouvements se complètent. Nous n'avons pas fixé de limite de temps à notre offensive et nous ne comptons pas nous retirer avant que nous ayons de bonnes raisons de penser que nous avons atteint nos objectifs.»
«Nous ne pensons pas qu'Israël veuille réoccuper Gaza, estime Rafic Husseini, le chef de cabinet du président palestinien. Au contraire, l'idée forte qui fonde toute sa stratégie depuis le désengagement de septembre dernier consiste à ne plus rien avoir à faire avec les Palestiniens. Les Israéliens ont décidé que l'unilatéralisme était la solution à leurs problèmes, au détriment des négociations. Ainsi, les dirigeants palestiniens modérés ne trouvent-ils plus de partenaires en Israël. Et la population, voyant que la raison n'aboutit à rien, se tourne vers le radicalisme.»
Pour Rafic Husseini, à ce jour, Abbas cherchait à tirer le gouvernement du Hamas vers un plus grand réalisme. «Mais cette approche demande du temps et il n'en a pas la maîtrise, poursuit le conseiller du président palestinien. Israël et les pays donateurs sont les principaux acteurs de ce jeu. S'ils continuent de prendre en compte leurs seules préoccupations, il sera très difficile au président d'amener le Hamas et les Palestiniens à plus de pragmatisme.»
Cette discussion semble également ouverte au sein de l'appareil sécuritaire en d'Israël. «Nous pouvons renverser le gouvernement du Hamas, mais cela nous fait courir le risque d'un effondrement total de l'Autorité palestinienne, car il est loin d'être certain que le Fatah soit capable de reprendre le pouvoir dans ces circonstances», concède un haut responsable très au fait du dilemme en cours. «Cette stratégie pourrait poser plus de problèmes à Israël qu'elle n'en résoudrait. Nous verrions alors se multiplier les groupes armés dans la bande de Gaza sans que nous puissions identifier un responsable sur qui faire porter la pression.»

