Alliance entre General Motors et Renault-Nissan - GM est ouvert à la discussion

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

AFP
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 juillet 2006

Mots clés : renault, nissan

Le constructeur américain avancera avec prudence

Le groupe Renault-Nissan estime que les conditions sont désormais réunies pour démarrer les «discussions exploratoires» sur une possible alliance avec l'américain General Motors.

Photo: Agence France-Presse

Detroit -- Le constructeur automobile américain General Motors (GM) a annoncé hier qu'il était d'accord pour entamer des discussions avec le groupe franco-japonais Renault-Nissan en vue d'une alliance éventuelle, tout en faisant preuve d'une certaine prudence.

«Le conseil d'administration a autorisé la direction à prendre en considération les idées que les deux autres groupes ont et à étudier les bénéfices potentiels d'une telle alliance, afin d'aider les administrateurs à prendre leur décision», a indiqué George Fisher, l'un des membres du Conseil d'administration, cité dans un communiqué.

«Nous allons entrer en discussions avec les directions de Renault et de Nissan avec un esprit ouvert», a pour sa part déclaré le p.-d.g. de GM Rick Wagoner, cité dans le même communiqué.

Le groupe Renault-Nissan estime que les conditions sont désormais réunies pour démarrer les «discussions exploratoires» sur une possible alliance avec l'américain General Motors, a indiqué de son côté Renault dans communiqué publié hier.

Lorsque l'idée de rejoindre l'alliance Renault-Nissan a été soumise à M. Wagoner par Kirk Kerkorian, l'un de ses actionnaires, le p.-d.g. de GM a «aussitôt contacté Carlos Ghosn [patron de Renault et Nissan] et les deux dirigeants sont convenus de se rencontrer à une date ultérieure afin d'avoir une discussion exploratoire», a par ailleurs précisé le groupe, sans dévoiler de date pour une telle rencontre.

«GM a beaucoup d'expérience en matière d'alliances», a rappelé Rick Wagoner, «et certaines ont apporté des bénéfices significatifs à GM au niveau de la concurrence et de la force financière» du groupe.

Mais «étant donné la complexité de toute relation potentielle [entre les trois groupes], ce projet doit être étudié avec soin quant à ses avantages avant d'arriver à toute conclusion», a-t-il nuancé.

Un second élément de modération avancé par le groupe est celui du plan de restructuration de ses activités automobiles en Amérique du Nord, qui court jusqu'en 2008. «Il est crucial pour GM de rester concentré sur la mise en oeuvre de notre plan de restructuration», car celui-ci «reste une priorité de premier ordre», a fait valoir GM.

L'idée initiale d'un rapprochement entre les trois constructeurs a été lancée il y a une semaine par Kirk Kerkorian, qui détient 9,9 % de General Motors, mais elle n'avait pas reçu jusqu'alors l'assentiment du Conseil d'administration de GM et de Rick Wagoner.

Carlos Ghosn avait réagi lundi favorablement à l'initiative de Kirk Kerkorian en demandant aux Conseils d'administration respectifs des groupes français et japonais de l'étudier.

«Des discussions avec General Motors, concernant une alliance potentielle, pourraient être engagées dès lors que General Motors en ferait la proposition», avaient indiqué lundi les administrateurs français et japonais.

GM a perdu 10,6 milliards de dollars l'an dernier mais a réussi à sortir du rouge lors du 1er trimestre de cette année, recueillant les premiers fruits de son plan de redressement, qui prévoit la suppression de quelque 30 000 emplois et la fermeture d'une douzaine d'usines.

Industrie en recomposition

Cette ouverture en vue d'une alliance entre Renault-Nissan et GM illustre la recomposition douloureuse de l'industrie automobile, sur fond de stagnation des principaux marchés, de montée des pays émergents et de quête de faibles coûts de production.

Mariages éventuels et ruptures d'alliances, délocalisations vers les pays low cost, ventes en berne en Occident mais en essor ailleurs, «l'automobile est en mutation permanente depuis la fin des années 1970, avec des retournements rapides et violents», explique à l'AFP l'économiste Yannick Lung.

«Cette industrie est en proie à des recompositions, avec une fuite en avant vers des regroupements pour bénéficier d'économies d'échelle car la pression concurrentielle est très forte et les surcapacités de production structurelles», ajoute M. Lung, coprésident du Groupe d'études et de recherches permanent sur l'industrie et les salariés de l'automobile.

Comme les coûts fixes sont élevés, le moindre essoufflement de marché comprime les marges bénéficiaires. «Or la conjoncture économique actuelle est défavorable à l'automobile en général et fragilise les constructeurs ayant des difficultés d'organisation et de gestion», selon lui.

Les ventes de voitures devraient stagner cette année sur les marchés américain, européen et japonais, intensifiant la compétition entre constructeurs pour préserver les parts de marché, pronostique une récente étude de Standard and Poor's. La guerre des prix, à coup de rabais massifs, promet donc de continuer.

«La stagnation de la demande et la forte concurrence sur les marchés automobiles des pays développés va accentuer la pression sur la rentabilité des constructeurs mondiaux en 2006», prévient S&P.

Tant aux États-Unis, premier marché mondial, qu'en Europe, les constructeurs domestiques doivent affronter la concurrence grandissante des asiatiques, qui ne cessent de gagner du terrain avec des modèles de plus en plus adaptés aux goûts locaux. Après les japonais, à commencer par Toyota, et les coréens, les chinois, voire les indiens, se profilent à plus long terme.

Du coup, les constructeurs européens et américains, soucieux d'accroître leurs ventes et de préserver leurs marges, se tournent de plus en plus vers l'international pour trouver de nouveaux débouchés dans des marchés en plein essor comme la Chine, mais surtout pour produire à moindres coûts.

Après avoir délocalisé une partie de leurs activités en Europe du Sud, les européens changent désormais de cap, misant massivement sur l'Europe de l'Est et l'Asie. Quant aux américains, ils continuent de développer leurs usines mexicaines mais aussi chinoises.

«Les constructeurs automobiles sont dos au mur, il semble qu'enfin on va s'attaquer au problème des surcapacités de production automobile dans le monde, qui avoisinent 20 millions d'unités. Je vois maintenant quelques bonnes décisions, notamment des fermetures d'usines dans des pays à coûts élevés», déclarait fin avril le p.-d.g. de Valeo, Thierry Morin. Il faisait référence à l'annonce de la fermeture d'ici 2008 de la seule usine britannique de Peugeot, située à Ryton.

Autant d'évolutions qui affectent les salariés des pays industrialisés comme l'Allemagne, la Grande-Bretagne ou les États-Unis, victimes de nouvelles vagues de restructurations massives. Mais même des pays considérés comme low cost il y a quelques années, comme l'Espagne et le Portugal, souffrent désormais de la mise en concurrence salariale.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com