Vos réactions

Une erreur de perspective

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Envoyé Le mercredi 21 juin 2006 17:00



La réforme, la réforme de la réforme, la réforme de la réforme de la réforme. Et tout ce temps-là, nombreux sont ceux qui pensent que « ce n'est pas en se cachant la tête dans le sable que le ministère arrivera à faire face à la musique. » Il y a là erreur de perspective. Les haut fonctionnaires qui décident des réformes pédagogiques et de la pédagogie des programmes d'étude qui devraient en assurer la réussite n'ont rien à branler de ce que peuvent penser les acteurs de l'éducation, notamment le ministre de l'Éducation. Le présent comme tous ceux et celles qui l'ont précédé n'ont en fait aucune espèce de contrôle sur les penseurs et ingénieurs de l'enseignement primaire et secondaire.

Il tarde que des journalistes éveillés se mettent à la tâche de fouiller dans les magnifiques bureaux de ces nouveaux curés qui décident de ce que les enfants de Monsieur et Madame Tout-le-monde doivent apprendre ou ignorer à l'école. Qui sont ces décideurs non élus qui font et imposent ces choix ?

Il est vrai que l'évolution (capitaliste) de la société québécoise requiert que l'école soit redéfinie. En plus de faire acquérir des savoirs (les compétences transversales...), elle doit éduquer, c'est-à-dire faire par sa pédagogie ce que nombre de parents ne savent plus ou ne peuvent plus faire. Mais il ne faut rien comprendre à ce changement pour penser que l'école n'a qu'à compresser l'acquisition des connaissances pour faire place à l'éducation par le biais de la pédagogie de cette acquisition. Ce que les nouveaux nouveaux programmes d'étude proposent, en fait imposent, c'est une merveille... dans des classes d'au plus 15 élèves, notamment durant les premières années de la scolarisation.

Il n'y a très peu d'enseignants qui peuvent faire intégrer les connaissances et habiletés (pardon, les compétences) obligatoires en les faisant « intuitionner » par leurs élèves. Pourquoi ? Parce qu'une telle compétence professionnelle tient pratiquement du miracle. Les enseignants du primaire comme du secondaire ne sont pas des thaumaturges, et ils le savent fort bien. Il ne faut pas s'étonner de leur réaction négative à la réforme actuelle, laquelle, pour une minorité d'entre eux, est la deuxième, sinon la troisième.

Reste à savoir pourquoi la majorité des enseignants ne peuvent pas accomplir le beau miracle de la belle réforme. Parce que la formation des maîtres, tout aussi universitaire qu'elle soit, leur apprend plutôt le contraire de ce que la réforme leur demande de faire. Au nom de la sacro-saint liberté académique des universités.

Roland Berger

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com