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Une erreur de perspective
Il tarde que des journalistes éveillés se mettent à la tâche de fouiller dans les magnifiques bureaux de ces nouveaux curés qui décident de ce que les enfants de Monsieur et Madame Tout-le-monde doivent apprendre ou ignorer à l'école. Qui sont ces décideurs non élus qui font et imposent ces choix ?
Il est vrai que l'évolution (capitaliste) de la société québécoise requiert que l'école soit redéfinie. En plus de faire acquérir des savoirs (les compétences transversales...), elle doit éduquer, c'est-à-dire faire par sa pédagogie ce que nombre de parents ne savent plus ou ne peuvent plus faire. Mais il ne faut rien comprendre à ce changement pour penser que l'école n'a qu'à compresser l'acquisition des connaissances pour faire place à l'éducation par le biais de la pédagogie de cette acquisition. Ce que les nouveaux nouveaux programmes d'étude proposent, en fait imposent, c'est une merveille... dans des classes d'au plus 15 élèves, notamment durant les premières années de la scolarisation.
Il n'y a très peu d'enseignants qui peuvent faire intégrer les connaissances et habiletés (pardon, les compétences) obligatoires en les faisant « intuitionner » par leurs élèves. Pourquoi ? Parce qu'une telle compétence professionnelle tient pratiquement du miracle. Les enseignants du primaire comme du secondaire ne sont pas des thaumaturges, et ils le savent fort bien. Il ne faut pas s'étonner de leur réaction négative à la réforme actuelle, laquelle, pour une minorité d'entre eux, est la deuxième, sinon la troisième.
Reste à savoir pourquoi la majorité des enseignants ne peuvent pas accomplir le beau miracle de la belle réforme. Parce que la formation des maîtres, tout aussi universitaire qu'elle soit, leur apprend plutôt le contraire de ce que la réforme leur demande de faire. Au nom de la sacro-saint liberté académique des universités.
Roland Berger
