Paradis sème la pagaille
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Le député a voté contre la privatisation partielle du mont Orford; fin de session chaotique pour le gouvernement Charest
Québec -- Au lendemain de l'adoption du bâillon, le caucus libéral s'est déchiré à propos du sort qu'il infligera à son mutin, le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, qui a défié la ligne du parti dans la nuit de lundi à hier en votant contre le controversé projet de loi 23 sur la privatisation partielle du parc national du Mont-Orford.Pressé de questions, le «préfet de discipline» MacMillan a livré quelques bribes d'information en pâture, indiquant d'une part qu'il ne «passait pas l'éponge», mais d'autre part qu'il ne serait «pas question de l'avenir du député» lors de la rencontre, pour ensuite affirmer: «Je vais rencontrer M. Paradis et je vais discuter de choses très précises»... sans préciser lesquelles.
Interrogé sur la question de savoir si M. Paradis a toujours sa place dans le caucus, M. MacMillan a toutefois répondu: «Pour moi, oui.»
Et pour les autres? Certains collègues de l'ancien ministre de l'Environnement -- élu pour la première fois en 1980 -- aimeraient bien le voir quitter le navire. Non surpris du vote de son collègue Paradis, puisqu'il «correspond à ses prises de position» récentes, le ministre de l'Environnement, Claude Béchard, a insisté sur le fait que les élus libéraux formaient une «équipe». Pour lui, en définitive, chacun d'eux «représente non seulement un comté, mais aussi un parti. [...] On prend des décisions ensemble, on les défend ensemble», a-t-il dit, rappelant que, au Conseil général, le PLQ avait voté massivement en faveur de la décision du gouvernement au sujet d'Orford.
Le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, faisait tout son possible hier pour entretenir les médias d'un autre sujet (il réclamait en fait du chef péquiste, André Boisclair, une position claire sur le manifeste www.QuebecPlusDemocratie.org). Il ne s'est toutefois pas fait prier pour rappeler ses propos du conseil national tenu à la fin mai à Trois-Rivières, où le député Paradis mais aussi Thomas Mulcair avaient joué les empêcheurs de danser en rond sur la question d'Orford. À cette occasion, «ce que j'ai dit, c'est que nous devions tous ramer dans la même direction. Je le crois encore, je le pense encore», a-t-il insisté. Devant l'acte de défiance du député Paradis, la patience, bien qu'elle «demeure une vertu», n'est toutefois pas une «ressource inépuisable», a indiqué le ministre. En anglais, après avoir mis l'accent sur la «nécessité de la cohésion» au sein du parti, M. Pelletier est allé jusqu'à dire qu'un élu du Parti libéral devrait «y penser à deux fois avant de contredire les positions officielles du parti en chambre». Quant au premier ministre Charest, au terme du caucus, il est sorti en trombe de la salle Louis-Hippolyte-LaFontaine en refusant d'émettre tout commentaire.
M. Paradis a lui-même abordé le sujet de sa possible expulsion hier midi à l'émission Maisonneuve en direct, sur les ondes de Radio-Canada. Il a d'abord souligné que sa liberté de «voter comme bon lui semble» était garantie par la loi de l'Assemblée nationale. Ensuite, il a soutenu qu'il serait exagéré de l'expulser pour un dossier comme celui du mont Orford, car cette mesure est plutôt réservée aux différends plus fondamentaux comme ceux qui relèvent des questions constitutionnelles et linguistiques.
L'autre dissident, ancien ministre de l'Environnement et actuel député de Chomedey, Thomas Mulcair, était absent au moment du vote crucial, dans la nuit de lundi à hier. Mais il a participé à la réunion du caucus libéral tenue hier. Cherchant à fuir la controverse, il a simplement lancé: «Ma position a été claire là-dessus tout au long [du débat] et, pour l'instant, je n'ai rien à ajouter là-dessus.» À son bureau, on a justifié son absence en disant qu'il avait «autre chose» et qu'il n'avait pu être présent. Par ailleurs, on insistait pour dire que M. Mulcair allait continuer à «représenter les gens de Chomedey comme député libéral à l'Assemblée nationale».
Soupçons et enquêtes
Le dossier d'Orford a, d'une autre façon, mis le gouvernement dans l'embarras, l'opposition allant jusqu'à réclamer une enquête dans cette affaire, comme dans celle de la privatisation des hippodromes.
Le PQ est en effet revenu à la charge sur «l'apparence de favoritisme» au profit de l'ancien ministre libéral, Paul Gobeil. Ce dernier détient la quasi-totalité des actions de Mont-Orford inc., une entreprise qui pourrait remporter l'appel d'offres public que le gouvernement entend effectuer à la fin de l'été pour vendre le domaine skiable et le golf.
Paraissant indigné par les questions de l'opposition, le premier ministre s'est levé et, adoptant un ton solennel, a commencé par mettre en relief «l'immense privilège» de l'immunité parlementaire, lequel s'accompagne à son dire d'une très «lourde responsabilité»: celle «de s'en tenir aux faits». Il a ensuite déclaré: «Dans le dossier de l'agrandissement du parc du Mont-Orford comme dans tous les autres dossiers, la seule chose qui a guidé le gouvernement, c'est l'intérêt public», avant de mettre au défi la chef de l'opposition, Louise Harel, de répéter ses propos «à l'extérieur de la chambre».
Plus tôt, le PQ avait déjà commencé à mettre le chef du gouvernement hors de lui lorsqu'il avait souligné son absence, lors du vote nocturne (il est rentré au bureau vers 19h45 lundi). Notons que M. Charest a aussi raté, hier en matinée, la cérémonie de la première pelletée de terre à la promenade Samuel-de-Champlain, en bordure du fleuve à Québec. Or, une plaque commémorative dévoilée sur place indique que le premier ministre Jean Charest était présent à l'événement. «S'il y a juste ça qui les préoccupe dans la vie, ça veut dire que le Québec ne va pas trop mal», a-t-on raillé au bureau du premier ministre.
L'opposition officielle a aussi réclamé une enquête du vérificateur général sur la privatisation des hippodromes, alléguant que, avec les modifications apportées à la loi par le ministre des Finances, Michel Audet, le sénateur libéral Paul Massicotte obtiendrait «125 millions de plus». M. Audet a dit accueillir avec «beaucoup d'ouverture» la proposition du péquiste François Legault. Mais il a souhaité qu'une éventuelle enquête se penche aussi sur les agissements de l'ancien gouvernement, «lequel a investi au total 300 millions dans cette aventure».
Vos réactions
le vrai rôle d'un député - par Benoit Joubert (benoitjoubert@hotmail.com)
Le jeudi 15 juin 2006 21:00
Paradis - un enfant d'école qui boude - par FARID KODSI (farid.kodsi@sympatico.ca)
Le mercredi 14 juin 2006 09:00

