Opinion

Libre opinion: Un lien de confiance brisé

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Yves Dugré, Président, Fédération des médecins spécialistes du Québec

Édition du mercredi 14 juin 2006

Mots clés :

Le gouvernement Charest-Couillard vient de mettre fin à tout effort d'en arriver à une entente négociée avec les médecins spécialistes du Québec en recourant à une loi spéciale. Le lien de confiance qui existait entre la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et le gouvernement est rompu.

D'une part, il y a quatre ans, nous nous sommes engagés à rectifier le déséquilibre malsain qui existe entre les conditions de pratique des spécialistes québécois et nos confrères des autres provinces. Depuis le tout début de nos efforts, nous avons respecté notre promesse de ne pas prendre les patients en otages et de ne pas recourir à des actions illégales pour faire avancer notre cause et nos droits professionnels. Il doit être clair pour tous que nous respecterons cette loi spéciale, si odieuse et si méprisante soit-elle.

D'autre part, la FMSQ et ses 8000 membres tirent du même coup des conclusions incontournables. Nous avons désormais la preuve éloquente que la parole donnée par le gouvernement est signée au crayon de plomb pour être plus facilement effacée lorsque les enjeux électoraux le justifient. Cette loi spéciale s'inscrit dans la même logique que tous les autres échecs législatifs et administratifs de ce gouvernement, pour lequel mieux vaut sévir que guérir. Je citerai en preuve Orford, le Suroît, le CHUM, les prêts aux étudiants, les ports méthaniers et le dossier des VTT et des motoneiges.

Les efforts de la FMSQ pour obtenir la nomination d'un médiateur prévue dans notre entente signée, par des appels répétés au ministre, par des négociations intensives et, en désespoir de cause, par un recours en justice, ont heurté un refus. Le gouvernement a recherché systématiquement la provocation pour justifier une loi spéciale et nous a proposé une médiation tronquée qui empêchait un éventuel médiateur de remettre son rapport avant septembre 2008.

De plus, ces mêmes efforts ont été confrontés à l'ordre du jour gouvernemental : faire table rase de tous les irritants pour préparer un automne de bonnes nouvelles superficielles et, bien entendu, pour élaborer une campagne électorale subséquente.

Des conséquences

Au lieu de négocier dans les règles de l'art, le gouvernement a préféré agir en dictateur et sans considération des conséquences inévitables pour le système de santé. En effet, un acte de la sorte ne peut faire autrement que d'amener les médecins spécialistes à se questionner quant à leur rôle et à leur contribution.

Bien sûr, nous ne participerons pas à des actions concertées. Mais, sur un plan individuel, déjà plusieurs de nos membres nous indiquent qu'ils n'accepteront plus de tenir à bout de bras un système de santé fragile, de se battre continuellement pour obtenir que le système livre ce qu'il doit livrer et d'en faire toujours plus au détriment de leurs propres santé et bien-être. On ne pourra le leur reprocher.

Contrairement au gouvernement, je me dois de rappeler que les membres de la FMSQ ont, pour leur part, investi beaucoup dans ce dernier espoir de trouver une solution négociée. Nous avons toutefois compris la leçon. Nous sommes des médecins spécialistes, mais le gouvernement nous impose dorénavant de nous questionner davantage sur nos conditions de pratique au Québec.

Pour certains d'entre nous, le gouvernement a donné une douche froide sur des sentiments de motivation, d'engagement, d'enthousiasme et de passion envers leur pratique dans un système d'une froide rigidité pour les personnes qui y travaillent. Pour d'autres, le gouvernement libéral a envoyé un signal très clair: l'avenir est ailleurs. Chose certaine, la médecine spécialisée vient de changer à jamais au Québec.

Toutes les lois spéciales, tous les bâillons, tous les carcans ne changeront rien à un simple état de fait: le lien de confiance est brisé. Lorsque ce gouvernement, ou un autre qui lui succédera, viendra demander à la FMSQ ou à ses membres d'en faire encore davantage pour améliorer le réseau de la santé, il sera confronté à plus que du scepticisme ou du défaitisme, il découvrira que nous avons bien appris notre leçon.

Nous serons prêts.


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