FrancoFolies - L'appât Pierre Lapointe

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Philippe Papineau
Édition du samedi 03 et du dimanche 04 juin 2006

Mots clés : francofolies

Le musicien profite de son succès actuel pour faire découvrir au grand public ses coups de coeur du moment

Photo: Jacques Grenier

Juin, et déjà les FrancoFolies qui sont à nos portes. Dans quelques jours, soit jeudi, ce sera l'ouverture de cette grande fête de la musique francophone, qui se terminera le 18 juin. Pour lancer le bal, Le Devoir a choisi de mettre l'accent sur deux des spectacles les plus attendus, soit ceux de Pierre Lapointe, qui recevra pour l'occasion plusieurs étoiles montantes de la scène musicale. Entretien non seulement avec le «capitaine adoré» mais aussi avec trois des membres de l'équipage.

De l'attention, on ne peut pas dire que Pierre Lapointe en ait manqué ces dernières semaines. Si son premier disque éponyme avait déjà bien lancé son aventure, les 80 000 copies vendues de son second, La Forêt des mal-aimés, l'ont propulsé dans une autre dimension: celle où un musicien peut gagner sa vie de son art et disposer d'une large tribune. Pour ses deux spectacles en salle aux FrancoFolies, le chanteur n'a pas fait l'égoïste, profitant de sa nouvelle notoriété pour inviter une poignée d'artistes aux qualités indéniables mais qui manquent souvent de visibilité.

L'inspiration initiale de ces deux spectacles style «carte blanche», c'est Laurent Saulnier, programmateur du festival, qui l'a eue. «On s'est croisés à quelques reprises dans des spectacles de groupes comme LCD Soundsystem, et chaque fois il était surpris parce qu'il croyait que ce n'était pas trop mon genre de musique, raconte Pierre Lapointe. Oui, j'ai ben trippé sur la grande chanson française, et je voulais commencer par ça, mais j'écoute aussi plein d'affaires!» Saulnier, qui n'a pas non plus oublié la sortie de Lapointe au gala de l'ADISQ contre les radios privées, lui donne donc le mandat de faire découvrir au public des FrancoFolies de nouveaux artistes.

Les idées se sont donc mises à bouillonner dans la tête du jeune homme de 25 ans et dans celles de sa bande de musiciens. Autour de la table, il y a Philippe B., provenant du rock et du folk, une «véritable encyclopédie musicale», dixit Lapointe. Il y a aussi Josianne Hébert, pianiste et accordéoniste issue du milieu de la musique trad. L'arrangeur Philippe Brault a un fort penchant pour le hip-hop et Guido Del Fabro carbure à la musique actuelle.

Rouge et bleu

De ce choc des mondes sont nés les deux concerts: Pierre Lapointe voit bleu et Pierre Lapointe voit rouge. La version azurée sera faite dans un esprit acoustique et réunira au Spectrum le Français Albin de la Simone, Dany Placard (Plywood 3/4) et Damien Robitaille, tout en mettant en avant-plan le s projets solos de ses collaborateurs Philippe B. et Josianne Hébert. Du côté enflammé, ancré dans une ambiance rock, Lapointe a invité Louis-Jean Cormier (Karkwa), Julien Mineau (Malajube), Ghislain Poirier, les éclectiques Geneviève et Mathieu ainsi que Lederhosen Lucille.

C'est toute une liste d'invités, dont certains noms, comme Malajube, sont plus connus du grand public mais dont d'autres peuvent laisser de grands points d'interrogation dans les yeux des amateurs de Pierre Lapointe. «Je pense que le public des FrancoFolies s'attend à être surpris, à voir des trucs qu'il va aimer moins, ou alors beaucoup, explique le pianiste. Mais j'espère que les gens viennent autant m'écouter qu'écouter les autres. Je suis l'appât pour amener du monde!»

Sur scène, Lapointe interprétera évidemment plusieurs de ses textes et quelques reprises, mais il laissera une grande place à ses invités, et surtout à leurs chansons, qui seront réarrangées pour l'occasion. «L'idée, c'est de faire un band, avec des musiciens constamment présents sur scène et qui connaissent autant les chansons de Pierre Lapointe que celles de Karkwa et de Malajube», résume celui qui domine maintenant plus les palmarès des radios commerciales que ceux des radios alternatives.

Chocs créateurs

Le chanteur Dany Placard, qui n'avait jamais même rencontré Lapointe avant leur première répétition, est ravi de l'invitation. «Je trouve que c'est une osti de bonne idée. Je vois ça comme un coup de pouce; ça m'amène une très grande visibilité, explique celui qui gagne l'essentiel de sa croûte grâce à son métier de menuisier. Je ne l'ai jamais vu en show, mais là je vais le voir de proche!»

Ce qui n'est pas le cas du meneur de Karkwa, Louis-Jean Cormier, qui a croisé son hôte à plusieurs reprises alors qu'il accompagnait Chloé Sainte-Marie sur scène. «Lui et sa bande de musiciens, c'est pas mal des amis.» Copains ou pas, l'initiative de Lapointe lui plaît. «Il surfe sur la vague des belles critiques, des disques qui vendent bien; je trouve que le meilleur réflexe, c'est d'aider ceux que t'aime mais qui n'ont pas eu cette chance-là.»

Ghislain Poirier, lui, n'est pas un intime -- ils se sont à peine croisés lors d'une de ses soirées DJ au Zoobizare, à Montréal --, ni un initié du travail de Lapointe. «Je ne suis pas un énorme partisan de la chanson française», explique Poirier, qui fait plutôt ses choux gras en déconstruisant les rythmes du hip-hop. «Mais sur son deuxième album, il y a une richesse musicale qui va me permettre d'amener autre chose à ses morceaux. Pour moi, c'est un festin d'aller jouer dans les arrangements de cordes!»

L'auteur du Colombarium aime bien ces chocs entre les univers musicaux, qui créent nécessairement des situations légèrement inconfortables pour lui et les musiciens. «Plus c'est éclectique, plus les gens sont trippeux, plus ça risque de donner quelque chose d'intéressant. Ça donne naissance à une effervescence, un situation un peu paniquante parce qu'il y a plein de nouveaux paramètres d'un coup. C'est comme ça que j'avance.»

Les artistes n'auront d'ailleurs pas beaucoup de temps pour se préparer: une répétition, la générale et... c'est tout! «Il va y avoir des trucs tout croches, des trucs qui vont se placer sur le tas, il va falloir prendre ça en riant, dit Lapointe. Il faut ramener l'énergie et l'attention à une chose: les chansons.» Ghislain Poirier n'est pas inquiet non plus: «On est des pros», résume-t-il avant d'éclater de rire. «Ça va être une journée de rush créatrice, pis après on va se faire lancer des roches!», ajoute Louis-Jean Cormier.

Même si les billets des deux spectacles se sont tous envolés à une vitesse folle, Pierre Lapointe a refusé d'offrir des supplémentaires. «Il faut que les gens soient conscients qu'ils viennent voir un événement qui a lieu une fois, et c'est tout. J'aime l'idée du spontané. Tant mieux pour les gens qui étaient là. C'est aussi ça le thrill de voir un spectacle.»

***

Pierre Lapointe voit bleu

Mercredi 14 juin à 19h au Spectrum

Avec Albin de la Simon, Dany Placard, Damien Robitaille, Philippe B et Josianne Hébert

***

Pierre Lapointe voit rouge

Jeudi 14 juin à 21h au Metropolis

Avec Louis-Jean Cormier (Karkwa), Ghislain Poirier, Julien Mineau (Malajube), Geneviève et Mathieu, ainsi que Lederhosen Lucille


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