Les six grands s'entendent sur l'Iran
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Selon des diplomates, Téhéran aurait interrompu ses activités d'enrichissement d'uranium

Photo: Agence Reuters
«Je suis heureuse d'annoncer que nous sommes convenus de propositions de grande portée», a annoncé la ministre britannique des Affaires étrangères, Margaret Beckett, à l'issue de la réunion.
Les Européens sont «prêts à reprendre les négociations si l'Iran en revient à la suspension de toutes les activités liées à l'enrichissement et au retraitement» de l'uranium, a-t-elle dit.
«Nous sommes convenus que si l'Iran décide de ne pas engager la négociation, d'autres mesures devront être entreprises au Conseil de sécurité», a-t-elle ajouté en faisant allusion à des sanctions.
La secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice avait créé la sensation mercredi en annonçant que les États-Unis, contrairement à leurs positions antérieures, participeraient directement aux négociations de l'Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne (UE3) avec l'Iran à condition que ce dernier pays suspende d'abord ses activités d'enrichissement d'uranium, commencées ce printemps.
La décision prise par Washington rompt avec une politique vieille de 25 ans et consistant à éviter tout contact officiel direct avec la république islamiste.
Tout en saluant la possibilité d'un «dialogue impartial» avec Washington, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a déclaré que la suspension de l'enrichissement d'uranium était hors de question.
Mais des sources diplomatiques ont affirmé que l'Iran avait ralenti ses activités dans ce domaine, ce qui pourrait ouvrir la voie à un compromis.
Selon un diplomate, les Iraniens «n'alimentent plus actuellement en UF6», le gaz (hexafluorure d'uranium) tiré du minerai d'uranium, les centrifugeuses utilisées pour l'enrichissement. On ne sait pas avec certitude s'il s'agit d'une simple pause technique pour vérifier le fonctionnement des centrifugeuses ou s'il s'agit d'un geste politique.
Dans l'après-midi, la secrétaire au Foreign Office avait averti les journalistes qu'il n'y aurait pas de détails sur l'offre avant qu'«elle ne soit d'abord présentée à l'Iran».
On sait déjà que l'UE3 a préparé un ensemble de mesures maniant le bâton et la carotte: d'une part, une offre de coopération commerciale technologique et sécuritaire, dont l'aide à l'acquisition d'un réacteur à eau légère; d'autre part, des sanctions allant d'un embargo sur les armes à un gel des avoirs de personnalités et d'organisations liées au régime islamique.
Le président George W. Bush a mis en garde l'Iran contre l'entrée en action du Conseil de sécurité si ce pays refuse de suspendre l'enrichissement.
«Nous verrons s'il s'agit ou non de la décision ferme de leur gouvernement, a dit M. Bush à la presse. Et si telle est leur décision, la prochaine étape, bien sûr, consistera pour nos partenaires de la coalition à aller devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Et le choix appartient aux Iraniens.»
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a salué hier l'offre sous conditions formulée par Washington tout en appelant la communauté internationale à ne pas «perturber» les négociations sur le nucléaire iranien, notamment par des «menaces».
Le président chinois Hu Jintao a parlé de l'Iran au téléphone hier avec George W. Bush, se félicitant de la proposition de Washington de se joindre aux discussions, a indiqué un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères. La Chine s'est auparavant déclarée hier contre «l'utilisation arbitraire des sanctions».
De nombreux pays ont accueilli favorablement l'offre américaine de dialogue avec Téhéran. Le premier ministre français Dominique de Villepin a qualifié la proposition américaine d'«étape importante, pour ne pas dire décisive». La Grande-Bretagne, la Russie et la Chine ont également exprimé leur satisfaction.
Après l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le Conseil de sécurité des Nations unies a vainement demandé fin mars à l'Iran de suspendre tout enrichissement d'uranium car ce combustible peut ensuite servir à la fabrication de l'arme nucléaire.
Washington a choisi de présenter son offre de dialogue pour empêcher l'Iran de construire 3000 centrifugeuses d'ici la fin de l'année, ce qui lui donnerait une maîtrise quasi irréversible de l'enrichissement, indique-t-on dans la délégation américaine.
Rompant la négociation avec l'UE3, l'Iran a d'abord converti du minerai d'uranium en gaz UF6 en août 2005. Puis, en février dernier, il a introduit ce gaz dans des centrifugeuses à son centre de Natanz avant d'annoncer en avril que l'enrichissement à des fins de recherche avait effectivement commencé.
D'après l'Agence France-Presse

