Air pur ?

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Josée Boileau
Édition du mercredi 31 mai 2006

Mots clés :

On peut saluer l'entrée en vigueur de la loi bannissant les cigarettes des lieux publics du Québec, mais faut-il pour autant élever la nouvelle au rang de «jour historique», de «début d'un temps nouveau», de concrétisation d'un «rêve»? Cette surenchère de qualificatifs masque mal une intolérance qui n'est pas le fait des fumeurs, plutôt résignés, mais d'une quête de pureté qui est loin d'avoir atteint ses limites.

La phrase ne manquait pas d'ambition, ni le ton d'enthousiasme: «Demain, on va tous sortir et aller prendre de l'air pur!», a-t-on entendu hier en conférence de presse. S'agissait-il de la réalisation de la boutade du gouvernement Harper de stopper sur-le-champ voitures et camions pour atteindre les objectifs de l'accord de Kyoto? Pas du tout. C'était le cri du coeur de l'un des nombreux porte-parole de la coalition antitabac qui, comme tous ceux qui l'entouraient, applaudissait à cette aube nouvelle qui, ce matin même, allait se lever sur le Québec. Que roulent les automobiles, que polluent les cheminées d'usine, il suffit que la cigarette n'ait plus droit de cité pour que la santé publique soit sauve...

Enfin non, pas vraiment: à des yeux militants, la lutte sera finale quand le dernier fumeur aura écrasé. On nous l'a répété hier: le combat n'est pas fini! Déjà, aux États-Unis, quelques employeurs ont mis les choses au clair: ou l'employé écrase, au travail comme à la maison, ou il doit démissionner. À moins de ne tout simplement pas être embauché. Question des employés concernés: est-ce que la prochaine cible sera le contenu de notre boîte à lunch?

Puis, il y a d'autres fronts à développer. Il n'y a qu'à regarder Ottawa -- qui joue un rôle d'avant-garde en ces matières --, qui a été l'une des premières villes canadiennes à bannir la cigarette des lieux publics en 2001. Il y est maintenant question de légiférer pour interdire partout l'usage des parfums ainsi que des savons, produits de nettoyage ou déodorants parfumés. Question de santé publique, évidemment: parfums et asthme font très mauvais ménage, et les asthmatiques sont si nombreux... Pour le moment, la proposition est défendue par un comité de citoyens et n'est qu'à l'étape de l'étude auprès des élus municipaux. Mais il n'est pas farfelu de croire que ce rêve d'une société aseptisée puisse donner lieu, dans 20 ans, à une autre journée «historique».

Il n'est pas question ici de sous-estimer des enjeux de santé. Sur la seule cigarette, le procès est fait depuis si longtemps que son encadrement est accepté par tous. Le tourbillon médiatique qui a entouré le décompte de l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions de la Loi sur le tabac a d'ailleurs bien fait voir à quel point les fumeurs québécois sont beaux joueurs, prêts à s'accommoder des nouvelles contraintes. Il y a bien quelques discours inquiets sur des fermetures de bars et des pertes d'emplois appréhendées, mais ces prédictions restent à prouver. Les craintes exprimées sont donc loin de l'appel à la désobéissance civile.

À l'inverse, le discours officiel de la lutte contre le tabac n'arrive à décoller ni de la démesure -- non, l'air pur ne dépend pas que de cigarettes qui s'envolent en fumée --, ni de la méfiance érigée en système. Fumeurs de bars et de bingos, attention: non seulement le gouvernement vous a à l'oeil, ciblant d'ores et déjà les établissements présumés récalcitrants, mais l'amende suivra automatiquement. En Ontario, où une loi semblable entre en application en même temps que la loi québécoise, on remettra plutôt des avertissements, histoire d'assurer une transition. Cette façon de faire aurait été tout aussi appropriée au Québec, d'autant que la pression sociale a déjà largement contribué à faire chuter le nombre de fumeurs et que le tabac... est encore un produit légal.


Vos réactions


Bien dit - par Robert Senet
Le mercredi 31 mai 2006 17:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com