Air pur ?
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On peut saluer l'entrée en vigueur de la loi bannissant les cigarettes des lieux publics du Québec, mais faut-il pour autant élever la nouvelle au rang de «jour historique», de «début d'un temps nouveau», de concrétisation d'un «rêve»? Cette surenchère de qualificatifs masque mal une intolérance qui n'est pas le fait des fumeurs, plutôt résignés, mais d'une quête de pureté qui est loin d'avoir atteint ses limites.
Enfin non, pas vraiment: à des yeux militants, la lutte sera finale quand le dernier fumeur aura écrasé. On nous l'a répété hier: le combat n'est pas fini! Déjà, aux États-Unis, quelques employeurs ont mis les choses au clair: ou l'employé écrase, au travail comme à la maison, ou il doit démissionner. À moins de ne tout simplement pas être embauché. Question des employés concernés: est-ce que la prochaine cible sera le contenu de notre boîte à lunch?
Puis, il y a d'autres fronts à développer. Il n'y a qu'à regarder Ottawa -- qui joue un rôle d'avant-garde en ces matières --, qui a été l'une des premières villes canadiennes à bannir la cigarette des lieux publics en 2001. Il y est maintenant question de légiférer pour interdire partout l'usage des parfums ainsi que des savons, produits de nettoyage ou déodorants parfumés. Question de santé publique, évidemment: parfums et asthme font très mauvais ménage, et les asthmatiques sont si nombreux... Pour le moment, la proposition est défendue par un comité de citoyens et n'est qu'à l'étape de l'étude auprès des élus municipaux. Mais il n'est pas farfelu de croire que ce rêve d'une société aseptisée puisse donner lieu, dans 20 ans, à une autre journée «historique».
Il n'est pas question ici de sous-estimer des enjeux de santé. Sur la seule cigarette, le procès est fait depuis si longtemps que son encadrement est accepté par tous. Le tourbillon médiatique qui a entouré le décompte de l'entrée en vigueur des nouvelles dispositions de la Loi sur le tabac a d'ailleurs bien fait voir à quel point les fumeurs québécois sont beaux joueurs, prêts à s'accommoder des nouvelles contraintes. Il y a bien quelques discours inquiets sur des fermetures de bars et des pertes d'emplois appréhendées, mais ces prédictions restent à prouver. Les craintes exprimées sont donc loin de l'appel à la désobéissance civile.
À l'inverse, le discours officiel de la lutte contre le tabac n'arrive à décoller ni de la démesure -- non, l'air pur ne dépend pas que de cigarettes qui s'envolent en fumée --, ni de la méfiance érigée en système. Fumeurs de bars et de bingos, attention: non seulement le gouvernement vous a à l'oeil, ciblant d'ores et déjà les établissements présumés récalcitrants, mais l'amende suivra automatiquement. En Ontario, où une loi semblable entre en application en même temps que la loi québécoise, on remettra plutôt des avertissements, histoire d'assurer une transition. Cette façon de faire aurait été tout aussi appropriée au Québec, d'autant que la pression sociale a déjà largement contribué à faire chuter le nombre de fumeurs et que le tabac... est encore un produit légal.

