Procès pour fraude - Guité n'appellera aucun témoin
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Le jury pourra entreprendre ses délibérations dès mercredi

Photo: Jacques Nadeau
Au départ, le procès devait durer six semaines.
Pour sa part, le procureur de la Couronne, Jacques Dagenais, aura fait entendre plus d'une trentaine de témoins pour exposer la preuve détenue contre l'ex-haut fonctionnaire fédéral. Le dernier témoignage entendu hier, celui de Jacques Nantel, expert en marketing et en stratégie de communication, a réduit en pièces le sérieux de trois rapports faits par Groupaction sur la visibilité du gouvernement fédéral, une dépense autorisée par M. Guité de 1,5 million de dollars.
L'expert a comparé le premier rapport à un livre qui ne contiendrait «que la table des matières, sans contenu», un rapport qu'il a qualifié de «coquille vide».
M. Nantel a fait remarquer que le montant initial de 250 000 $ accordé pour le premier mandat a été porté à 500 000 $ sans que la nature du mandat ait été modifiée.
Du mauvais travail
Plus encore, le rapport ne correspond pas au mandat donné par M. Guité, qui voulait connaître les possibilités de visibilité du gouvernement fédéral au Québec et dans les Maritimes alors que Groupaction écrit dans son rapport que son étude porte sur une stratégie de communication visant à «repositionner le Canada dans l'esprit et le coeur des Québécois».
M. Nantel a également souligné l'absence d'informations sur la recherche menée, les experts rencontrés, le profil de la population visée, des données qu'il juge essentielles pour établir le plan stratégique de communication et «permettre au client de savoir s'il en a pour son argent».
Le rapport est «assez particulier», a lancé le spécialiste. «On n'y trouve aucune trace de ce qui a été fait, aucun nom et aucune date», a-t-il ajouté.
«Et ce qui est plus embêtant, c'est qu'il n'y a pas de synthèse», a renchéri l'expert, qui a fait valoir que, dans un cours d'introduction au marketing, si un étudiant présentait un tel travail, il aurait «un échec».
M. Nantel a fait remarquer que, si on cherchait à accroître la visibilité du gouvernement, il aurait été bien utile de savoir à quel niveau se trouvait cette visibilité, de la même façon que quelqu'un qui cherche à perdre du poids ferait bien de se peser au départ avant d'entreprendre une diète.
«Le plan de communication est tellement général qu'il aurait pu être suggéré par un mauvais élève», a lancé M. Nantel, qui a conclu que le rapport ne valait certainement pas le montant qu'il a coûté, soit 500 000 $, et n'avait pas requis les 4000 heures de travail à un taux horaire de 100 $ à 150 $.
M. Nantel considère que 25 heures de travail auraient suffi à deux étudiants, l'été, «qui l'auraient sorti vite, vite, vite».
Au sujet du troisième rapport, M. Nantel n'a pas été plus élogieux. Il a jugé que la rédaction de ce «catalogue» ne requérait pas autre chose que «d'être bon sur Excel».
M. Guité a demandé au témoin s'il était bien utile de mener une telle recherche de base préalable quand l'ensemble de la population était visée.
«Si je veux rejoindre tout le monde de la Belle Province, du Québec, ai-je besoin d'une recherche?», a demandé M. Guité.
L'expert a répondu qu'on ne peut rejoindre tous les segments de la population avec les mêmes moyens. Un peu comme on ne peut faire plaisir à tous les enfants d'une même famille en achetant le même jouet.
M. Guité est revenu là-dessus en parlant d'un changement dans l'opinion publique qui, selon lui, serait passée de 49 % (le résultat du référendum de 1995) à 29 %.
«Quel montant consacreriez-vous pour faire changer l'attitude d'une population? N'est-il pas vrai que certains résultats ne peuvent être mesurés et que vous ne pouvez mettre un prix là-dessus?»
«Je suis en désaccord avec ça, a répliqué l'expert. J'ai combattu durant toute ma carrière pour que les gens qui font du marketing rendent des comptes.»
Le juge Fraser Martin a donné congé aux membres du jury jusqu'à mardi, jour des plaidoiries qui devraient durer quatre heures. M. Guité a indiqué qu'il ne dépasserait pas 45 minutes à une heure.

