Accord en vue avec les omnipraticiens

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Clairandrée Cauchy
Édition du vendredi 26 mai 2006

Mots clés : omnipraticiens

7800 médecins se prononceront d'ici le 14 juin sur l'offre de Québec

Maria Perrone figure parmi les 7800 médecins qui se prononceront sur l'offre de Québec.

Photo: Jacques Nadeau

Un accord semble en vue entre les médecins omnipraticiens et le gouvernement du Québec. La Fédération représentant les 7800 omnipraticiens a jugé hier la dernière offre gouvernementale «suffisamment sérieuse» pour la soumettre à ses membres.

Contrairement à la procédure habituelle, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) consultera l'ensemble de ses membres et non seulement les 132 délégués qui forment le conseil général. L'association s'abstient cependant de leur recommander officiellement de ratifier l'offre.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, s'est réjoui hier lors d'une brève déclaration aux médias de la «tournure favorable à la table de négociations».

«Le gouvernement a présenté des offres sur les paramètres tarifaires et sur l'amélioration des services à la population. Elles ont été jugées suffisamment intéressantes par nos interlocuteurs pour qu'elles soient soumises à leurs instances pour ratification», a déclaré Philippe Couillard.

Le litige au sujet de l'écart salarial entre les médecins québécois et ceux des autres provinces demeure cependant en suspens. Les fédérations de médecins omnipraticiens et spécialistes ont toutes deux en main des lettres d'entente dans lesquelles le gouvernement s'engageait à assurer un rattrapage salarial. Les omnipraticiens estiment qu'il y a un écart de 35 % entre leur rémunération et celle de leurs collègues canadiens, alors que Québec évalue l'écart à seulement 10 %. «Cette question sera traitée de façon rigoureusement équitable entre les deux fédérations médicales», a déclaré à ce sujet le ministre Couillard.

«La tournure favorable des négociations nous laisse présager des services de première ligne en plus grande quantité et plus accessibles pour tous les Québécois», a ajouté M. Couillard.

On précise à Québec que la dernière proposition respecte le cadre financier de 12,6 % sur six ans imposé jusqu'à présent aux autres groupes d'employés du secteur public.

La prudence est de mise à la Fédération des médecins omnipraticiens, où on s'abstient de fournir le détail de la proposition qui sera soumise aux membres au cours d'un vote postal qui se tiendra d'ici au 14 juin.

Le président Renald Dutil a d'ailleurs jugé bon de diffuser un communiqué pour préciser qu'il n'y avait pas encore d'entente de principe formelle entre son organisation et le gouvernement.

La Fédération confirme cependant que «les dernières offres gouvernementales ont été jugées suffisamment intéressantes pour qu'on les soumette à la consultation de tous les omnipraticiens», précise le responsable des communications, le Dr Jean Rodrigue.

En soumettant la proposition gouvernementale au vote de l'ensemble des membres, la Fédération a recours à une procédure inhabituelle. «C'est une consultation qui est déterminante. On est dans une situation un peu délicate où on ne veut pas diriger le processus démocratique enclenché, souhaité par nos membres», indique le Dr Rodrigue.

La décision finale quant à l'acceptation ou au rejet de l'offre sera formellement prise par le conseil général de la Fédération, le 14 juin prochain. Des assemblées d'information sont également prévues le 1er juin à Montréal et à Québec.

Le conseil général de la FMOQ avait rejeté en avril une offre prévoyant un gel des tarifs pour les médecins en cabinet privé assortie des primes pour la prise en charge de clientèles vulnérables, tels des personnes âgées et certains malades chroniques. On soutenait alors qu'un gel des tarifs équivalait à un recul salarial pour les médecins en cabinet, puisque les frais de pratique augmentaient d'environ 1 % par année.

La dernière proposition ne permettait pas d'honorer la lettre d'entente signée en 2003 prévoyant un rattrapage salarial avec les médecins du reste du Canada.

Les spécialistes négocient toujours

Si un dénouement est en vue du côté des omnipraticiens, il en va autrement pour les médecins spécialistes, qui ont essuyé cette semaine les foudres du ministre pour leur publicité-choc qui faisait un parallèle entre le cancer et les difficultés du système de santé.

Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le docteur Yves Dugré, rappelait hier qu'il était hors de question de conclure une entente sur le renouvellement des contrats de travail tant que le litige sur le rattrapage salarial avec les autres spécialistes du Canada ne sera pas résolu.

Le ministre de la Santé a répété plusieurs fois ces dernières semaines que la lettre d'entente sur ce sujet, signée par le précédent gouvernement, n'était «pas applicable» à moins d'amputer les services à la population.

Les médecins spécialistes québécois gagnent en moyenne 232 000 $, soit environ 100 000 $ de moins que la moyenne canadienne. La FMSQ estime que l'écart est actuellement de 44 % et qu'il pourrait se creuser pour atteindre 60 % d'ici 2010 si Québec ne consent pas à un redressement.

Le docteur Dugré s'est tout de même réjoui hier de la perspective d'une entente avec ses confrères omnipraticiens. «Je trouve intéressante la volonté du ministre de régler. [...] Je prends cela comme un signal positif pour ma fédération et les médecins spécialistes, que le ministre, malgré ses sautes d'humeur, il veut régler.»

Un règlement avec les omnipraticiens pourrait éventuellement marginaliser les médecins spécialistes dans l'opinion publique. Hier, l'ancien premier ministre péquiste, Bernard Landry, a d'ailleurs enfoncé le clou planté par le ministre Couillard en dénonçant à son tour la campagne de publicité agressive du syndicat de médecins. «Vraiment, je n'ai pas aimé ça. Voir des médecins spécialistes qui comparent la crainte du cancer et celle du fonctionnement du système de santé, ça m'a profondément déplu, pour rester poli. [...] On n'a pas une médecine du Tiers-Monde ici», s'est exclamé l'ancien premier ministre du Québec.


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