Orford: les dés sont jetés

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Antoine Robitaille
Édition du mercredi 24 mai 2006

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La décision est prise, dit Béchard

Rien ne peut empêcher la privatisation du mont Orford, selon le ministre de l'Environnement Claude Béchard, ce qui fait dire aux opposants que la consultation sur le projet de loi 23 est un «simulacre de démocratie».

Photo: Jacques Nadeau

Québec -- Les opposants au projet de loi 23 ont mitraillé d'arguments le ministre de l'Environnement Claude Béchard, hier, lors de la première journée de consultations sur le projet de loi 23, qui balise la privatisation partielle du parc national du Mont-Orford. Mais M. Béchard a indiqué d'emblée que rien ne le ferait reculer.

«C'est une décision qui est prise», a affirmé le ministre dans un point de presse en marge de la commission. Selon lui, il y a plus de quatre ans que le gouvernement participe à «toutes sortes de consultations» et que «toutes sortes de projets [...] ont été mis sur la table [...]. l'Association récréo-touristique [de la région] nous demandait au mois de février de décider. Tout le monde nous demande de prendre une décision». Selon lui, le projet de loi 23 est la solution et la consultation ne peut que la «bonifier».

M. Béchard a aussi expliqué en ces termes les raisons pour aller de l'avant: «Ce qui nous motive, je l'ai déjà mentionné, c'est toujours la même menace, c'est qu'il n'y ait pas d'opération du centre de ski à l'automne prochain et moi je veux que ce dossier-là soit réglé pour la prochaine saison parce que les gens de la région veulent du ski».

Dans les rangs de la Coalition SOS Orford, les principaux opposants au projet du gouvernement, on qualifiait l'exercice de «simulacre de démocratie», selon les termes employés par une porte-parole, Gisèle Lacasse-Benoît, épouse de l'ancien député libéral d'Orford Robert Benoît (qui a aussi été président du parti libéral du Québec). La coalition, qui déposait hier à l'Assemblée nationale une pétition de quelque 75 000 signataires, échangeait pour la première fois avec le ministre. Elle avait refusé de rencontrer M. Béchard (qui avait sollicité une rencontre avec la coalition) il y a quelques semaines puisqu'elle n'y voyait qu'une manoeuvre de ce dernier pour tenter de légitimer son projet de loi.

La coalition a fait valoir devant la commission que contrairement à ce que le ministre a déclaré, rien n'urge dans ce dossier. «En ce moment, a dit Mme Lacasse-Benoît, on semble aller très, très vite, il semble y avoir une urgence. Comme le disait un des grands éditorialistes: "Il n'y a de l'urgence que dans la tête d'un promoteur" et [...] il y a peut-être une urgence électorale, puisqu'on aimerait bien se débarrasser de ce problème».

Toujours selon Mme Lacasse-Benoît, le gouvernement n'a pas fait la preuve que le territoire qui serait cédé en vertu du projet de loi 23 «n'a plus de valeur écologique», comme le laisse entendre le ministre, qui répète que le coeur de la montagne est «dégradé». Mme Lacasse-Benoît estime que le site a son lot de problèmes écologiques, «mais est-il besoin de vendre toute la montagne parce qu'on a des problèmes actuellement?» À ses yeux, le plan directeur du parc national est déjà «suffisamment sévère» et il suffirait d'appliquer les normes pour que l'intégrité de la montagne soit préservée.

Une autre membre de la coalition, Suzanne Comtois, professeur de droit à l'Université de Sherbrooke, a fait remarquer qu'à écouter le ministre Béchard, il semble que les territoires que le projet de loi 23 céderait seraient mieux protégés s'ils étaient cédés au privé. Or, si l'on veut protéger la montagne, comme le ministre l'affirme, il suffirait de mieux appliquer la loi sur les parcs. Ce n'est pas un projet de loi «qui vise à protéger la montagne, c'est du camouflage. Ce qu'on veut, c'est essentiellement de vendre à des intérêts privés une partie de notre patrimoine commun» de la taille de 175 terrains de football, a-t-elle précisé.

Un autre membre de la coalition, l'universitaire Jacques Saint-Pierre, professeur de gestion à l'UQAM, a répété que selon lui, le centre de ski n'est pas vraiment déficitaire, comme le locataire André L'Espérance le soutient. Il est selon lui «viable», mais a entraîné des pertes financières dans les dernières années parce qu'il a été mal géré par M. L'Espérance (qui doit témoigner devant la commission demain). La coalition affirmait la semaine dernière que ce dernier, qui prétend que la construction de condominium au bas des pentes est la seule solution au problème de la montagne, pourrait empocher des profits potentiels de 67 millions de dollars s'il devenait propriétaire des terrains mis en vente par l'opération du projet de loi 23.

Sans surprise, la coalition a réclamé de «surseoir à l'adoption du projet de loi» et de «créer une table de concertation véritable» pour trouver une solution. Du reste, lorsque le ministre a demandé à SOS Parc Orford «c'est quoi votre solution à vous?», M. St-Pierre a répondu: «Je pense que la vraie solution est dans le statu quo amélioré».

Mulcair et Paradis

Les députés dissidents -- et tous deux anciens ministres de l'Environnement -- Thomas Mulcair et Pierre Paradis ont participé aux échanges hier. M. Paradis a souligné que Fernand Magnan, l'ancien propriétaire de la station de ski du Mont-Orford s'est totalement désisté et ne participera pas à la commission. M. Magnan n'a jamais fait «faillite», comme l'a souvent affirmé le ministre Béchard, mais a décidé de se débarrasser du centre de ski après la saison catastrophique qui a suivi la tempête de verglas de 1998. Selon des sources, il aurait remis en question l'interprétation du gouvernement au sujet de la non-rentabilité du centre. Quant à Thomas Mulcair, il a rappelé hier que tout projet qui s'inscrit dans le cadre du développement durable doit recevoir «un fort appui du milieu». Il a remis en question la nécessité d'adopter une nouvelle loi si le but est de mieux protéger la biodiversité ou d'agrandir le parc: «La vraie question qui est devant nous aujourd'hui: Qu'est-ce qu'on est en train de faire et pourquoi?»

Raymond Cloutier, un consultant en environnement de l'Estrie qui a déjà été sous-traitant pour M. L'Espérance, est venu en fin d'avant-midi témoigner en faveur de l'adoption de la loi. Selon lui «l'agrandissement proposé vient redresser la situation [de dégradation environnementale] et ajoute des espaces naturels au parc du Mont-Orford».


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Le saint homme! - par Richard Vaillancourt (r-_vaillancourt@videotron.ca)
Le jeudi 25 mai 2006 22:00

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