L'ONU dénonce Guantánamo et les prisons secrètes américaines

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AFP
Édition du samedi 20 et du dimanche 21 mai 2006

Mots clés : onu

Genève -- Les États-Unis doivent «prendre des mesures énergiques pour éradiquer toute forme de torture» par leurs forces de sécurité en Afghanistan et en Irak et fermer leurs centres de détention secrets de suspects de terrorisme, selon un rapport du Comité de l'ONU contre la torture.

Les États-Unis «doivent cesser de détenir des personnes dans des sites de détention secrets, que ce soit sur leur territoire, sur des territoires sous leur responsabilité ou sur des sites sous leur contrôle de facto», a estimé le comité dans des recommandations adressées à Washington et publiées hier.

Ce comité, composé d'une dizaine d'experts indépendants, a étudié le respect par les États-Unis de la Convention de l'ONU contre la torture de 1984, comme il le fait régulièrement avec tous les États signataires. «L'État partie doit reconnaître que le fait de détenir des personnes dans des installations secrètes constitue en soi un acte de torture ou un traitement ou un châtiment cruel, inhumain ou dégradant selon sa nature exacte, son objectif ou sa sévérité», a estimé le comité dans ses conclusions.

Le rapport du comité est le premier à viser les États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001 et le lancement de la «guerre contre le terrorisme» qui a vu notamment l'ouverture de la prison de Guantánamo Bay à Cuba, où des centaines de suspects sont détenus en dehors de tout cadre juridique.

«L'État partie doit cesser de détenir quiconque à Guantánamo Bay et fermer ce centre de détention, permettre aux détenus d'être jugés ou bien les relâcher le plus vite possible, s'assurer qu'ils ne sont pas renvoyés vers un pays où ils pourraient courir un risque réel de torture», réclame le comité.

Les États-Unis sont également soupçonnés de «délocaliser» la torture en transférant des suspects de terrorisme dans d'autres pays en vue de les interroger.

«Les prisons secrètes sous contrôle américain ou dans d'autres pays et à propos desquelles il y a des renseignements sont contraires à la convention», a déclaré à l'AFP le président du comité, l'Espagnol Fernando Marino Menendez. «Elles doivent être démantelées.» Le simple fait de détenir secrètement une personne signifie que la «probabilité de la torture est très élevée», a-t-il souligné.

Le comité a également condamné certaines techniques d'interrogatoire que les Américains ne considèrent pas comme de la torture, comme celle du «sous-marin», qui consiste à plonger un suspect dans une baignoire, ou encore le recours à des chiens ou bien à des menottes très serrées.

Le comité, dont les conclusions ne sont pas contraignantes, donne un an au gouvernement américain pour prendre des mesures correctrices et l'en informer. Le comité a peu de pouvoirs, si ce n'est de dénoncer des problèmes qui doivent selon lui être rectifiés.

Le conseiller juridique du département d'État américain, John Bellinger, a affirmé que le rapport contient «un certain nombre d'inexactitudes factuelles et juridiques» et ne prend pas assez en compte les progrès «importants» faits par Washington dans ce domaine. «Nous prenons au sérieux nos obligations aux termes de la convention» contre la torture, a-t-il déclaré.


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