Les parents veulent aller à l'école

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Marie-Andrée Chouinard
Édition du samedi 20 et du dimanche 21 mai 2006

Mots clés :

Les groupes ethniques et les parents ont commencé cette semaine à discuter de politique interculturelle

La CSDM tente de mieux intégrer les élèves issus des communautés culturelles.

Photo: Jacques Grenier

Montréal, berceau de l'immigration au Québec, accueille chaque année des milliers d'écoliers venus d'ailleurs. Décidée à tracer les contours d'une politique pour mieux intégrer ces enfants, la Commission scolaire de Montréal a reçu de la part des parents issus des communautés culturelles une confession brûlante: avant de s'ouvrir sur le monde, les écoles devront s'ouvrir au monde, tout simplement...

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a ouvert ses portes cette semaine aux parents et aux groupes ethniques pour discuter de politique interculturelle. En se campant ainsi devant le miroir de l'opinion publique, s'attendait-elle à l'image qu'on lui a balancée au visage, celle d'un lot d'écoles atteintes du grand mal de la communication, incapables même d'ouvrir la porte aux parents, peu importe leur origine?

Lors de la toute première soirée de consultation publique orchestrée par la CSDM, lundi soir à l'école secondaire Georges-Vanier, ce reproche a été plusieurs fois répété au micro et maintes fois entendu aux tables où discutaient les parents. D'abord invités à réagir aux grandes lignes de la politique, puis à soumettre des idées pour sa mise en oeuvre, ces pères et mères ont placé la communication école-parents au banc des accusés.

«La première phrase que j'ai entendue d'un directeur d'école à mon arrivée ici, c'était: "Chers parents, vos enfants ne sont plus des bébés, restez donc derrière la clôture!"», a dénoncé un père d'origine latino-américaine, pointant le fait que les questions de sécurité n'étaient après tout qu'une belle excuse pour absoudre l'école d'ouvrir ses portes aux parents. «Laissez-nous entrer dans la classe! On ne va pas déranger, on va aider! Ouvrez-nous les portes!», scandait ce père, un brin emporté.

Sur les 73 000 élèves qu'accueille la CSDM chaque année, seulement 50 % répondent «français» lorsqu'on les interroge au sujet de leur langue maternelle. Les trois quarts sont pourtant nés au Québec, mais les écoliers proviennent de 180 pays et, ensemble, maîtrisent quelque 150 langues et dialectes.

Une mosaïque interculturelle «d'une richesse inouïe» pour la CSDM, de son propre aveu, mais «une diversité ethnoculturelle qui engendre la nécessité de développer davantage des pratiques qui traduisent les valeurs éducatives de respect de l'autre dans sa différence, d'accueil de sa pluralité, de maintien de rapports égalitaires et de rejet de toute forme d'exclusion et de violence», comme l'indique le préambule de la politique présentée aux parents cette semaine.

En tout, pour tâter le pouls de la population, la commission scolaire a prévu trois soirées de discussions destinées aux parents (la première a déjà eu lieu, les deux prochaines sont prévues les 23 et 30 mai) et un forum de discussion pour les groupes communautaires, lequel s'est tenu mercredi à l'École des métiers de la construction de Montréal.

Une constante

D'un peu partout, le même écho s'est fait entendre cette semaine, parfois entonné sur des timbres différents. «J'ai appris par hasard, par ouï-dire, qu'il était possible pour un parent d'assister à une classe», expliquait une mère haïtienne lundi soir. «Il y a donc des mécanismes prévus pour nous permettre d'entrer dans l'école, mais on ne les connaît pas!»

Si l'école ne parvient pas à établir des canaux de communication efficaces avec ses parents-partenaires, quelle que soit leur origine, quelle route semée d'embûches attend donc les nouveaux arrivés, eux qui n'ont aucun repère sur la planète Québec et pas l'ombre des rudiments de base en français?

Analysant sommairement les premiers pas de la consultation publique, la présidente de la CSDM elle-même s'étonnait cette semaine de cette accusation répétée et dirigée contre la courroie de transmission parents-école. «On a appris cette semaine que le besoin de base n'est même pas comblé, la communication la plus élémentaire n'est pas garantie», affirmait mercredi Diane De Courcy lors du deuxième temps de la démarche, effectué auprès des organismes communautaires. «C'est donc signe qu'il faudra relever nos manches!»

Au micro cet après-midi-là, un certain Jean Dorion, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, avait un témoignage étonnant à rapporter. Après quelques années passées au Japon, la petite famille Dorion est de retour au bercail. «Nos deux enfants sont arrivées au Québec et avaient été éduquées en japonais», a-t-il raconté mercredi. «Nous avons donc dû les placer dans des classes d'accueil», des groupes destinés aux nouveaux arrivants et permettant, pendant un certain laps de temps, une intégration culturelle et l'apprentissage de la langue française.

Désir d'apprendre

Mais cette formule n'a pas été bien expliquée aux parents, qui n'ont pas vraiment compris ce qui attendait leurs filles après cette classe d'accueil, ni non plus combien de temps ladite intégration durerait. Cette «absence totale d'information» a suscité un profond malaise. «Si ç'a traumatisé un "de souche" comme moi, alors que je connais très bien la langue française et ne me sens pas perdu ici, imaginez ce que c'est pour quelqu'un qui immigre!»

Lundi soir à Georges-Vanier, sur les quelque 125 personnes venues «communiquer» avec les dirigeants de la CSDM, environ le quart semblait représenter ces «de souche, blancs et francophones» à qui s'adresse aussi la politique. Les autres, venus de l'Inde, du Sri Lanka, d'Haïti, du Cambodge ou des pays latino-américains, ont insisté sur leur grand désir d'apprendre le français -- «Aidez-nous à aider nos enfants, donnez-nous des cours!» -- et sur l'importance de trouver des «agents de liaison» issus de diverses origines pour tricoter des liens entre les familles et l'école. Ils ont demandé qu'on fournisse des services d'interprète pour les aider à comprendre les échanges scolaires, acquiescé à l'idée d'embaucher du personnel d'origines diverses et effleuré la question des conflits interraciaux.

En plus de revendiquer une ouverture de l'école à leurs différents bagages culturels, ils ont surtout réclamé haut et fort qu'on insiste sur le patrimoine culturel québécois, histoire de fournir un sentiment d'appartenance à leurs enfants. «Je dis à mes enfants: "Vous êtes nés en Haïti, mais c'est ici votre chez-vous maintenant"», relatait lundi une mère arrivée il y a quatre ans. «Si vous ne vous attachez pas à la culture de ce pays, un bon jour, vous allez vous retrouver étrangers partout. Chez vous et en Haïti. Vous n'aurez plus de patrie.»

Pour cette mère, la demande était claire: en plus d'initier les Québécois dits de souche aux cultures d'ailleurs, l'école doit inscrire davantage le patrimoine culturel québécois dans les habitudes scolaires. «Je leur fais écouter de la musique d'ici, mais pour l'instant, ça ne leur dit rien, ils ne trouvent pas que c'est de la vraie musique... »

En effet, ouvrir les coffres culturels québécois aux nouveaux arrivants n'est pas une garantie de succès immédiat. L'école secondaire Saint-Henri l'a appris à la dure il y a une dizaine de jours. Lors d'une soirée destinée à célébrer un «projet de charte multiculturelle», la prestation du groupe rap québécois Attache ta tuque n'a pas soulevé les passions chez une centaine d'élèves de l'école, issus de la communauté noire. Et si elle a soulevé quelque chose, ce n'était pas l'admiration folle mais plutôt un bruyant manque de respect, qui en a choqué plus d'un.

«Ça n'a pas passé du tout pour ces jeunes-là. Il y en a un ou deux qui ont dit: "C'est plate, ça! Ça veut rien dire pour nous!", et ils ont entraîné tous les autres à le dire, à faire du bruit. C'était vraiment pas joli de voir ça.» Michael P. Farkas raconte cet incident avec coeur, expliquant que «ce n'est

pas parce qu'ils parlent le français que le rap québécois est une référence pour eux, même que ça les dérange parce que c'est comme si on leur enlevait quelque chose».

Michael est «médiateur urbain» pour le Burgundy Urban Mediation Project (BUMP). Sorte de courroie de transmission, espèce d'agent de paix invité à intervenir entre autres à l'école mais aussi dans d'autres sphères de la Petite-Bourgogne, le médiateur, lui-même issu de la communauté noire, prône les actions incarnées dans le quartier et se méfie des grandes politiques.

«Nous, dans la Petite-Bourgogne, on est partis d'une réalité très concrète, du fait qu'il y avait des meurtres dans le quartier, un gros malaise», explique Michael P. Farkas. «Il faut que ce soit vrai, que ça parte du vrai monde et de leurs vraies réalités pour que ça fonctionne.»

Invités de la sorte à venir vider leur sac au micro, les parents ont-ils tout dit? Alors que les médias font leurs choux gras des kirpans, des fourchettes, des voiles et des salles de prière, les questions d'intolérance, voire de racisme, si peu nommées lors de ces deux premières journées de consultation, ne seraient-elles finalement que l'affaire des tribunaux et des journaux?

Pour Bergman Fleury, coquinement surnommé «Monsieur accommodement raisonnable» à la CSDM, ces histoires sont pourtant monnaie courante. C'est à lui qu'on demande de trouver des terrains d'entente lorsqu'une direction, une enseignante ou un parent lui soumet une zone de friction à adoucir, qu'il s'agisse de religion, de culture ou tout simplement de valeurs.

«Oui, on me soumet des cas régulièrement», explique le conseiller pédagogique, lui-même issu de la communauté noire. «Mais la majorité de ces histoires se règlent en dehors de la scène publique. Il y a des cas où la recherche d'un accommodement raisonnable est pertinente, mais parfois, elle ne l'est pas. Ce n'est pas parce qu'on est ouvert qu'on doit tout tolérer.»

C'est en juin que les commissaires de la CSDM, très présents aux activités de cette semaine, devront brasser toutes ces idées et en faire un plan d'action soumis au vote. «Je suis ravie. Je suis très touchée de voir tous ces gens qui ont répondu à l'appel», expliquait Diane De Courcy cette semaine. «C'était un pari risqué, mais nous l'avons pris. Je suis contente de voir que ça peut déjà porter des fruits.»


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Non merci - par Fernand Falardeau
Le lundi 22 mai 2006 10:00

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