La nouvelle université

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Normand Thériault
Édition du samedi 20 et du dimanche 21 mai 2006

Mots clés : uqam, teluq

Le Québec se retrouve en première position tant pour ce qui est de l'introduction des nouvelles technologies que pour l'organisation de l'université virtuelle.

Accueillir et enseigner. Le monde de l'éducation est confronté à un double défi: les études perdurent et les moyens fournis pour transmettre les connaissances se multiplient et se diversifient. Le temps est venu où le seul fait de bien connaître sa matière ne suffit plus pour garantir un bon enseignement.

Une déferlante submerge le monde de l'éducation. C'est la vague toujours renouvelée des étudiants qui, à tous les niveaux, demandent d'avoir accès aux connaissances. Pour comprendre l'ampleur du mouvement, une seule statistique suffit: la Indira Gandhi Open University, en Inde, rejoint déjà 1,5 million d'étudiants.

Le chiffre fait frémir car il indique par le nombre ce qui était hier encore la population d'une des grandes métropoles de la planète. Et un tel mouvement n'a pas qu'une incidence locale. Ce qui se produit maintenant en Asie se produira demain en Afrique. Et les pays d'Amérique latine s'éveillent aussi: les sociétés indigènes prennent lentement leur place dans les sphères du pouvoir et là aussi, bientôt, la formation ne sera plus réservée à une seule classe, celle de l'élite, occidentalisée.

Sur la planète, il faut donc «ouvrir» des classes, trouver moyen de donner un accès populaire à l'éducation, et ce, jusqu'au niveau supérieur. Et que faire quand les budgets pour des constructions nouvelles ne sont pas au rendez-vous?

Au Québec, on sait déjà l'incidence d'un tel phénomène: le monde de l'éducation s'inscrit en deuxième place dans la colonne des dépenses de l'État et, malgré cela, les universités régulièrement informent d'un besoin de nouveaux espaces.

Nouvelle didactique

Une révolution est donc en cours. Et ce n'est pas non plus seulement celle du nombre. Si les habitudes quotidiennes évoluent, le numérique et ses applications modifiant même le déroulement des jours et les économies traditionnelles, les changements affectent aussi toute la didactique scolaire: un «prof» a plus à faire que de demander à l'élève d'ouvrir son manuel à la page X ou de simplement suggérer un programme d'études.

L'enseignant doit maîtriser plus d'un outil: le «Powerpoint» en classe, Internet pour la gestion des notes et des dossiers ou en tant que moyen d'apprendre pour l'élève (sans tomber dans le copier/coller), tout cela en sachant qu'une autre innovation sûrement le guette (les bibliothécaires qui ont stocké toutes leurs informations sur disquettes en savent quelque chose, eux qui vivent maintenant avec des fichiers compressés et des cédéroms banalisés).

Nouveaux lieux

En fait, une nouvelle génération d'étudiants se met en place. Hier, étudier voulait dire se lever un matin, se rendre en classe, aller peut-être à la bibliothèque, et ce, avant de retourner à la maison pour lire, compter et écrire. Maintenant, cela n'est plus toujours vrai: la Téluq, pour ne nommer que celle-là, compte déjà des diplômés qui, sans avoir jamais eu l'obligation de mettre les pieds sur le territoire québécois, ont quand même complété un baccalauréat.

Et au moment où l'UQAM parle d'une convergence entre l'enseignement traditionnel et l'univers numérique, l'université Laval informe de la taille imposante de son propre programme de formation à distance et le CEFRIO indique que, déjà, des programmes de même nature sont en place pour l'éducation de niveau collégial ou en formation continue.

Le Québec se retrouve ainsi en première position tant pour ce qui est de l'introduction des nouvelles technologies que pour l'organisation de l'université virtuelle. Ce n'est donc pas par hasard que des organismes canadiens comme l'ACED-CADE, l'Association canadienne d'éducation à distance, et l'AMTEC, l'Association pour les médias et la technologie en éducation au Canada, profiteront de la rencontre de Montréal pour mettre leurs ressources en commun et se fondre.

Un colloque aura donc lieu à l'UQAM. Son objectif est double et il sera question des défis actuels auxquels sont confrontés éducateurs et gestionnaires: comment, d'une part, les technologies éducatives transforment les pratiques et l'éducation, et comment aussi la formation à distance influe sur l'avenir des institutions d'enseignement.

La révolution dont parlaient Töffler et McLuhan a donc eu lieu: le nouveau village virtuel décrit une étonnante réalité.


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