Le français est mal en point aux JO

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Christian Rioux
Édition du mercredi 10 mai 2006

Mots clés :

Au mieux une langue seconde ou tierce, constate Lise Bissonnette

Lise Bissonnette, directrice de la Bibliothèque nationale du Québec et grand témoin de la Francophonie aux derniers Jeux olympiques d'hiver tenus à Turin.

Photo: Jacques Grenier

Paris -- Au slogan officiel des Jeux olympiques de Pékin en 2008, «One world, one dream», faudra-t-il bientôt ajouter «one language»? C'est la question que semblait se poser hier Lise Bissonnette alors qu'elle rendait compte à Paris de la mission que lui a confiée la Francophonie aux Jeux olympiques d'hiver de Turin.

La directrice de la Bibliothèque nationale du Québec, nommée grand témoin de la Francophonie, ne cache guère son pessimisme en ce qui concerne la place du français aux Jeux olympiques. Elle avoue avoir quitté Turin «sans optimisme» si les choses devaient demeurer en l'état. «On assiste à la disparition lente d'une tradition culturelle garante de diversité.»

Certes, dit-elle, le français a vécu des jours plus heureux à Turin qu'à Athènes en 2004. Mais cela s'explique essentiellement par la proximité de la France, l'injection de ressources extérieures et le fait que le français est toujours très présent dans le Piémont, la région qui accueillait les Jeux. Pour le reste, «le français [...] est devenu une langue de cérémonie, une étiquette à laquelle on continue à déférer dans les occasions d'élégance, tandis qu'à l'usage, il n'est plus que langue seconde ou tierce, au mieux», écrit Lise Bissonnette.

Pour que le français soit présent, il a fallu que l'ambassade de France en Italie signe une convention avec la Ville de Turin et prévoie un réseau de traducteurs et de bénévoles utilisant les ressources de l'Institut national français du sport et du Centre culturel français. À côté, le comité organisateur de la ville hôte s'est empressé d'assumer tous les frais d'utilisation de l'anglais sans se poser la moindre question. Il y a là «un traitement incompatible avec l'égalité théorique du statut» des deux langues, écrit Lise Bissonnette.

Même pour les Jeux de Vancouver, qui auront lieu en 2010, le comité organisateur a signé des accords avec le gouvernement du Québec. «N'est-il pas bizarre de devoir s'en remettre à une action extérieure pour assurer la présence d'une des deux langues officielles de l'olympisme?»

Grâce aux efforts déployés à Turin, il ne manquait pas de bénévoles parlant français. La plupart des affiches et des informations officielles, dont le journal quotidien et le site Internet, étaient aussi disponibles en français.

C'est sur le plan symbolique que le bât blesse. Le spectacle d'ouverture s'est déroulé exclusivement en anglais et en italien. Le slogan des jeux, «Passion lives here», n'a pas même été traduit en italien. Les activités commerciales entourant les jeux n'étaient généralement pas en français. Quant aux activités culturelles, elles avaient pour slogan «Italy Art», et personne ne s'en est ému.

Dans le centre de presse, seul l'anglais avait droit de cité, l'information «à chaud» n'étant fournie que dans cette langue. Dans l'organisation interne, Lise Bissonnette constate une «tendance à utiliser l'anglais comme langue de travail dès que s'achève toute phrase officielle ou protocolaire», et ce, même chez les participants francophones.

De nombreux pays membres de la Francophonie n'hésitent pas à demander que l'information en provenance du CIO leur soit fournie exclusivement en anglais. «Comment la vocation internationale du français peut-elle être sauvegardée si les francophones eux-mêmes lui préfèrent l'anglais?», demande Lise Bissonnette.

En fait, ce n'est pas tant les Jeux d'hiver de Turin que ceux qui se dérouleront à Pékin en 2008 qui inquiètent la directrice de la Bibliothèque nationale du Québec. Elle a pu constater que le comité d'organisation n'a pas encore vraiment réfléchi à la place du français dans ces jeux, tout occupé qu'il est à former des milliers de jeunes Chinois à la pratique de l'anglais. «Les choses vont être très difficiles, je le crains.» Les Jeux de Vancouver se présentent évidemment sous de bien meilleurs auspices, mais ils pourraient n'être qu'un feu de paille.

Pour remédier à la situation, le grand témoin propose une réglementation plus stricte fixant les modalités de la place du français aux jeux et un examen des solutions techniques permettant d'assumer la simultanéité des informations en français. Même si les coûts sont considérables, il faut accepter de les assumer «si on veut demeurer fidèle à l'esprit de la charte olympique», dit-elle. «Quand on pense à ce que coûtent les jeux, ce ne sera qu'une goutte d'eau dans l'océan.»

Malgré ces mauvaises nouvelles, Lise Bissonnette n'en est pas moins convaincue qu'un «coup de barre» est non seulement possible mais plus facile qu'on le croit, à la condition que s'exprime une volonté politique. «La Francophonie doit envoyer le signal que le français n'est pas un poids mais un avantage.»

La directrice de la Bibliothèque nationale a par ailleurs profité de son séjour à Turin pour y soutenir le projet de construction d'une grande bibliothèque. Après Montréal, c'est d'ailleurs Turin qui deviendra cette année capitale mondiale du livre.

Correspondant du Devoir


Vos réactions


Quand la mère-patrie s'est déjà vendue, le reste de la famille a peine à survivre - par Paul Paiement (paul.paiement@videotron.ca)
Le jeudi 11 mai 2006 02:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com