Kyoto: le Canada sous surveillance

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du mardi 09 mai 2006

Mots clés : bonn, kyoto

Les écologistes planifient une offensive internationale

Devant la volonté manifeste du gouvernement Harper de ne pas respecter les engagements du Canada dans le cadre du protocole de Kyoto, une coalition de grands groupes écologistes internationaux a décidé la semaine dernière d'amorcer le procès de la position canadienne sur la scène internationale.

Ils vont s'inspirer du modèle rodé par plusieurs d'entre eux à la fin des années 80 pour aider les Cris de la Baie James à finalement faire échec au projet Grande-Baleine en l'attaquant aux États-Unis et sur la scène internationale. La détermination des grands groupes écologistes est telle qu'ils pourraient aller jusqu'à dénoncer la ministre canadienne de l'Environnement, Rona Ambrose, et réclamer sa démission des instances de l'ONU qu'elle présidera la semaine prochaine à Bonn, où les signataires du protocole de Kyoto vont se réunir pour amorcer la deuxième phase de réduction des gaz à effet de serre pour la période de l'après-2012. Le Canada occupera la présidence de la rencontre de Bonn, la première à se tenir depuis la conférence de Montréal en décembre, qui avait alors élu le ministre canadien de l'Environnement pour un an à la présidence des instances du traité international. Mais le ministre à l'époque était Stéphane Dion. Ce dernier incarnait dans ce dossier un leadership qui fait d'autant plus défaut à sa successeure, Rona Ambrose, que le gouvernement Harper répète sur toutes les tribunes qu'il ne respectera pas les échéances du traité, soit de réduire ses émissions de GES à 6 % sous le niveau historique de 1990.

C'est lors d'un sommet très discret, qui s'est tenu durant trois jours la semaine dernière à Ottawa, que des représentants des états-majors de plusieurs grands groupes environnementaux internationaux ont décidé de ne plus assister impuissants à la mise à mort du plan d'action canadien visant l'atteinte des objectifs de Kyoto. Parmi les groupes qui ont participé à la mise au point d'une stratégie destinée à porter le «problème canadien» au niveau international, on retrouvait des représentants de Greenpeace, du Fonds mondial de la nature (WWF-Canada et international), du National Resources Defense Council (NRDC) des États-Unis ainsi que du puissant National Environmental Trust du même pays ainsi que du Sierra Club. On retrouvait aussi à ces rencontres, qui ont eu lieu lundi, mardi et mercredi soir dernier dans la capitale fédérale, l'Institut Pembina notamment.

Plusieurs scénarios ont été élaborés lors de ces trois rencontres auxquelles des dirigeants internationaux ont même participé de l'étranger par conférence téléphonique. Chacun dans son domaine et ses spécialités va mettre sur pied des plans d'attaque concertés, qui vont mobiliser médias, intellectuels, politiciens, milieux d'affaires étrangers, etc., pour cibler le «manque de colonne vertébrale» du gouvernement Harper, l'assujettissement de la politique canadienne aux priorités états-uniennes, et le manque de solidarité du Canada envers la communauté internationale. Sans parler de la «perte de valeur» de la signature du Canada au bas d'un traité de premier plan, expliquait au Devoir un des participants à cette importante rencontre d'écologistes.

Ces derniers ont décidé de ne pas prendre pour cible, du moins pour l'instant, les intérêts économiques canadiens à l'étranger, mais à un stade ultérieur du débat, la possibilité demeure dans les cartables des stratèges des grands groupes internationaux, dont le cercle pourrait d'ailleurs s'élargir prochainement à de nouvelles forces environnementales.

La détermination des états-majors d'ici a doublé d'un coup en fin de semaine après que Le Devoir et CBC eurent révélé que le gouvernement Harper allait supprimer totalement les fonds du programme ÉnerGuide qui s'adresse aux plus démunis afin d'améliorer l'enveloppe thermique de leurs résidences, souvent les plus énergivores. Ottawa laisse 270 millions dans le volet d'ÉnerGuide qui s'adresse aux autres groupes sociaux mieux nantis, mais il s'agit d'un budget de transition pour permettre à la Société canadienne d'hypothèques et de logement d'assumer ses obligations en cours, du moins pour l'année 2006.

Plusieurs groupes canadiens ont riposté hier à ces nouvelles compressions qui s'ajoutent à l'avis envoyé par Ottawa à l'Ontario voulant que les engagements de 538 millions pour réduire les émissions des centrales thermiques ne soient plus au rendez-vous.

Pour le Réseau Action Climat, «le gouvernement Harper s'enferme dans l'idée absurde que la conservation n'a pas sa place dans une politique énergétique». Pour David Coon, du RAC, on ne peut pas arriver à réduire significativement les gaz à effet de serre (GES) sans améliorer sensiblement nos politiques de conservation de l'énergie.

Pour Stephen Hazell, du Sierra Club, «si les conservateurs ont besoin d'argent pour financer leurs réductions de taxes, pourquoi ne supprimeraient-ils pas la somme de 1,5 milliard consentie à l'industrie du pétrole et du gaz ou les 200 millions à Énergie atomique du Canada?»

Steven Guilbeault, de Greenpeace, pense que les conservateurs livrent présentement une «bataille purement idéologique» à tout ce qui touche Kyoto et l'ONU car, dit-il, aucune logique politique même élémentaire ne justifie de toucher à un programme qui a rapporté à 130 000 familles canadiennes une subvention moyenne de 3800 $. Matthew Bramley, de l'Institut Pembina, ajoute de son côté que la mesure est d'autant moins rationnelle que les 500 millions investis dans ce programme produisent des économies d'énergies annuelles de 100 millions, soit une économie globale de 2 milliards sur 20 ans, «ce qui est bon socialement et économiquement en plus de l'être sur le plan environnemental», conclut-il.


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Harper agit en se fouttant de la volonté de la majorité - par lise jacques (lisejacq@yahoo.fr)
Le mardi 09 mai 2006 11:00

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