Orford: la grogne s'amplifie
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«Ils viennent de s'acheter deux ans de trouble», estime un ancien président du Parti libéral du Québec

Photo: Jacques Nadeau
Le projet de loi 23 prévoit la vente de quelque 600 hectares du parc national du Mont-Orford, essentiellement le centre de ski et le terrain de golf. Il fixe les modalités de cette privatisation, notamment la procédure de l'appel d'offres. Il balise de multiples façons l'usage qui sera fait des terrains vendus, entre autres la construction d'habitations sur ces mêmes terrains, ce qui, selon le ministre Béchard, en fera le centre de ski et le golf «les plus verts au Québec».
On y oblige par exemple le futur acquéreur à accorder une «servitude perpétuelle de conservation» sur les terrains. Un «organisme de conservation» à être désigné par le ministre deviendra le «chien de garde»
de la qualité environnementale des terres qui faisaient autrefois partie du parc. Le futur propriétaire devra ainsi consulter le groupe écologiste et obtenir l'autorisation du ministre s'il veut procéder à des développements supplémentaires sur sa propriété. Ce dernier devra aussi proposer un plan quinquennal de «réhabilitation» de la montagne -- fortement dégradée, au dire du ministre --, plan qui doit représenter, comme le précise le projet de loi, une valeur de cinq millions de dollars.
Le projet de loi 23 redéfinit le territoire à être vendu: il exclut par exemple un des sommets, le mont Desrochers, et ne permet la construction d'habitations que sur 85 des 600 hectares vendus. La loi prescrira une densité donnée, ce qui limitera le nombre de condominiums qu'on pourra y construire. Alors qu'on envisageait quelque 1600 condos jusqu'à récemment, le ministre a indiqué hier que leur nombre tournera autour de 700 à 800, «vraiment au maximum», a précisé le ministre Béchard. Fait inusité, la loi «cristallise» le plan d'aménagement actuel du site. Ce faisant, elle suspend les pouvoirs de la municipalité (dont le maire actuel est opposé au projet), qui ne pourra pas modifier ce plan.
Le projet de loi impose aussi de sérieuses restrictions dans le «domaine skiable»: le futur propriétaire devra respecter le débit écologique de «l'étang aux Cerises», à haute valeur écologique. Aussi, l'éclairage devra respecter les normes de l'observatoire d'astronomie du mont Mégantic.
Ces nombreuses conditions éloigneront-elles les acheteurs éventuels? Le ministre n'a pas voulu répondre à cette question hier. Quant au gestionnaire actuel du centre de ski et éventuel acquéreur de la montagne, André L'Espérance, il n'a pas rappelé Le Devoir.
Le gouvernement Charest souhaite que le projet de loi 23 soit adopté au cours de la session parlementaire. Il espère pouvoir lancer l'appel d'offres l'automne prochain. Le projet de loi fera l'objet d'une consultation publique en commission parlementaire.
En matinée hier, les opposants ne croyaient pas encore que le gouvernement Charest «oserait» déposer le projet de loi 23: «Avec les sondages [dont le sondage CROP-La Presse, qui indique que 64 % des Québécois s'opposent à la solution Béchard], il faut être pyromane ou vraiment tenir à se frapper la tête sur les murs», a confié Robert Benoît, ancien député libéral d'Orford, ancien président du Parti libéral du Québec et membre de la coalition SOS Parc Orford. Il promet toute une bataille à ses collègues: «Ils viennent de s'acheter deux ans de trouble. Si vous pensez qu'on n'a pas des trucs dans notre poche! On parle de David Suzuki, on parle des étudiants de cégep qui nous donnent leur nom pour s'attacher après les arbres tout nus, etc.! Ils ne sont pas au bout de leurs troubles.» M. Benoît a souligné que depuis lors, l'organisme a pu amasser 18 000 $, notamment lors des manifestions et d'un spectacle-bénéfice. Il se dit fier de compter dans ses rangs des avocats spécialisés en droit de l'environnement, dont un ancien ministre de l'Environnement, Paul Bégin.
N'accordant que «peu de crédibilité» à ce projet de loi, le porte-parole de l'Association des propriétaires riverains du lac Bowker, Pierre Dépôt, a dit envisager des recours judiciaires. Il a fait remarquer que la promesse de doubler la superficie du parc n'est pas formellement réitérée dans le projet de loi. Aussi, selon lui, le fait de suspendre les pouvoirs de la municipalité en matière d'aménagement est «antidémocratique». Selon nos informations, le père de Pierre Dépôt, Jean-Guy Dépôt -- libéral notoire mais farouche opposant au projet--, pourrait déposer en fin de semaine, au conseil général du Parti libéral à Trois-Rivières, une «résolution d'urgence» afin de contrer une autre résolution proposée qui porterait sur l'appui du parti à la «solution Béchard».
Selon l'ex-ministre de l'Environnement Thomas Mulcair, la commission parlementaire qui examinera la loi risque d'être animée: «J'anticipe beaucoup de réactions [...] Je m'attends à beaucoup de présentations très intéressantes de nombreux groupes que je connais bien», a-t-il dit, un ton narquois dans la voix.
Il a dit avoir décidé de s'abstenir non pas parce qu'il n'a «pas eu le temps de lire la loi» -- selon ce que M. Béchard a supputé publiquement avec humour -- mais bien parce qu'il avait toujours eu «des réticences» envers ce type de solution: «Est-ce que la seule manière d'assurer une meilleure protection [de la montagne] consiste à permettre la construction, sur les terres d'un parc national, par un promoteur privé? La question peut se poser honnêtement. [...] Je pense que poser la question, c'est y répondre.»
M. Mulcair ne privilégie pas un retour du projet devant le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE). Selon lui, il faut remplir la condition que le BAPE a prescrite la dernière fois: «Le BAPE a toujours dit qu'une forte adhésion sociale était importante.»
N'étant membre d'aucune commission parlementaire, M. Mulcair a donc droit de parole devant toutes les commissions. «Vous pouvez être sûr que je vais participer activement lorsque les groupes viendront faire leurs présentations», a-t-il dit hier. Par la suite, selon l'évolution du projet de loi, il choisira, lors de son adoption, s'il votera en faveur ou non.
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appel à nos députés - par guy thauvette
Le jeudi 04 mai 2006 12:00

