Étude - 40 % des travailleurs montréalais gagnent moins de 20 000 $
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Après le travail qui tue, abrutit ou mène à l'épuisement professionnel, il faudra ajouter une nouvelle métaphore dans le langage courant: le travail qui appauvrit.
De 1978 à 1998, le salaire minimum a augmenté de 98 %, alors que le coût de la vie a bondi de 127 %. Conclusion? «Le travail salarié ne protège plus contre la pauvreté», tranche l'étude du Forum.
L'organisme est venu jeter une douche d'eau froide sur le 1er mai, jour de la fête internationale du Travail. Même l'augmentation de 15 cents, qui a fait passer hier le salaire minimum à 7,75 $, prend les allures d'une sinistre farce. «L'érosion continue. Avec l'augmentation du coût de la vie de 2,42 % cette année, cette augmentation aurait dû être de 18 cents, et non de 15 cents», affirme Martin-Pierre Nombré, coordonnateur du Forum régional sur le développement social. «C'est la fête des Travailleurs, mais ce n'est pas tout le monde qui fête. Il y a des gens qui n'ont même pas les moyens de s'absenter», ajoute-t-il.
Les travailleurs sous-scolarisés, les femmes chefs de familles monoparentales, les jeunes et les immigrants sont les plus touchés par cet effritement des salaires qui n'épargne aucun pays occidental. La détérioration des conditions de vie des travailleurs au bas de l'échelle est perçue comme l'une des résultantes de la libéralisation des marchés. Dans leur recherche d'une main-d'oeuvre flexible, afin de répondre aux normes de la concurrence mondiale, les entreprises ont engendré une classe d'exclus qui ont pourtant du travail. La recrudescence du travail atypique (à temps partiel ou à contrat) a plus que doublé entre 1976 et 2001, dans l'ensemble de la province, pour représenter maintenant le tiers de tous les emplois. Selon le calcul du Forum, le recours aux emplois atypiques prive entre 313 000 et 376 000 travailleurs (toujours au Québec) de la protection et des avantages auxquels ils auraient droit.
Les résultats de l'étude viennent contredire le dicton populaire selon lequel il faut travailler pour s'enrichir. «L'existence des travailleurs pauvres contredit le discours selon lequel l'emploi est le principal mécanisme de redistribution de la richesse et elle infirme la croyance que la pauvreté ne peut résulter que du non-travail», affirme le document.
L'étude recommande d'ailleurs de revoir de fond en comble les lois sur le travail, notamment en prenant exemple sur certaines villes américaines, qui ont instauré le «living wage» (salaire de vie). En vertu de ce système, les villes et les entreprises au service des gouvernements acceptent de payer plus que le salaire minimum à leurs employés, afin de refléter le coût de la vie dans les grandes villes.
Il faudra aussi renforcer les communautés locales, les doter d'infrastructures adéquates, souligne le document. Dix arrondissements de Montréal abritent trois quarts des quelque 500 000 Montréalais (population active et inactive) vivant sous le seuil de faible revenu. Il s'agit de Ville-Marie, du Sud-Ouest, de Villeray-Saint-Michel-Parc Extension, de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, de Rosemont-Petite-Patrie, de Montréal-Nord, de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, de Saint-Léonard, de Lachine, et de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.
Selon M. Nombré, cette situation «alarmante» risque d'engendrer à terme la création de ghettos, surtout dans les quartiers de Saint-Michel, Montréal-Nord et Parc-Extension. «Il va y avoir de plus en plus de formation de ghettos parce qu'on retrouve les plus pauvres dans les mêmes quartiers. Je ne dis pas qu'on va arriver un jour à la même situation qu'en France, mais il faut y penser. Le climat social pourrait se détériorer à long terme.»
Les chiffres avancés par le Forum, une table de travail sous l'égide de la Conférence régionale des élus de Montréal, sont à prendre avec circonspection. Dans le calcul du nombre de travailleurs vivant sous le seuil de pauvreté, les auteurs ont en effet tenu compte du salaire individuel, et non des salaires des ménages, qui sont plus élevés.
Les données semblent par ailleurs difficiles à concilier avec le Bulletin statistique régional de Montréal, fourni par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ). Le taux de familles à faibles revenus était légèrement supérieur à 15 % en 2001. Le revenu disponible (après impôt) par individu a par ailleurs suivi une tendance à la hausse entre 1995 et 2001, passant de 18 000 à 21 000 $ environ.
L'emploi de méthodes différentes rend les comparaisons difficiles. L'ISQ utilise le revenu familial après impôt pour évaluer la quantité de ménages à faibles revenus. Il considère qu'une famille touche un faible revenu lorsqu'elle gagne la moitié du revenu familial médian au Québec, tout en faisant les ajustements nécessaires compte tenu de la taille et de la composition des familles.
L'étude du Forum utilise le salaire brut des individus dans ses calculs. Il définit les travailleurs à faibles revenus comme étant ceux qui gagnent moins de 10 $ l'heure, ou encore ceux qui occupent des formes d'emplois à bas salaires ne leur donnant pas d'avantages sociaux. Elle assimile donc la pauvreté à la piètre rémunération et au manque d'accès aux droits sociaux.
Il n'en demeure pas moins que les chiffres, de part et d'autre, sont unanimes sur deux grandes réalités. Primo, Montréal est plus pauvre que le reste de la province. Secundo, la proportion des familles à faibles revenus va en augmentant d'une année à l'autre dans la métropole.
Le Devoir
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