Affaire Clearstream - Villepin devant les juges?
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Dans un article titré Le Watergate français, le quotidien espagnol El Pais considérait hier comme «inévitable» une démission du premier ministre.
Alors qu'il était déjà très affaibli par la récente crise du contrat-jeunes, le voilà pris dans la tourmente d'une affaire de dénonciation calomnieuse qui éclabousse le sommet de l'État.
Dominique de Villepin «est dans l'oeil du cyclone, accusé d'avoir ordonné aux services secrets de mettre en cause son rival Nicolas Sarkozy», le ministre de l'Intérieur qui vise la présidentielle de 2007, juge El Pais.
En France, des commentaires ont fleuri tout le week-end dans les médias et parmi les élus pour envisager la démission du premier ministre comme solution à sa position «intenable».
Les juges qui cherchent à trouver un «corbeau» ayant faussement accusé en 2004 plusieurs personnalités, dont Nicolas Sarkozy, de détenir des comptes occultes à l'étranger par l'entremise d'une société basée au Luxembourg, Clearstream, pourraient bien devoir interroger Dominique de Villepin.
En effet, selon un article du Monde citant le procès-verbal de l'audition d'un ancien responsable du renseignement, Dominique de Villepin aurait, «sur instructions» du président Jacques Chirac, demandé une enquête visant notamment Nicolas Sarkozy.
Mais tant Villepin que Chirac ont formellement démenti. Le parquet de Paris a indiqué n'avoir pas connaissance pour l'instant d'une éventuelle demande d'audition du premier ministre. Un cas de figure qui n'a qu'un précédent: l'audition de Lionel Jospin en novembre 2001 dans le cadre d'une affaire de financement occulte présumé du parti socialiste.
Les juges ne pourraient toutefois entendre Dominique de Villepin qu'après un feu vert du Conseil des ministres. S'il était refusé, le premier ministre pourrait toujours faire un témoignage écrit.
L'hypothèse d'une perquisition dans les services de Dominique de Villepin à l'Hôtel Matignon a aussi été avancée, ce qui constituerait une première.
L'affaire «va encore faire des dégâts», prédisait le Journal du Dimanche.
Les proches du premier ministre dénoncent une tentative pour le déstabiliser, alors même que Nicolas Sarkozy est persuadé d'avoir lui-même été victime d'une telle manoeuvre, visant à saper ses ambitions présidentielles.
Le ministre de l'Intérieur, qui s'est constitué partie civile en janvier, veut d'ailleurs être entendu par les juges. «On ne sait plus qui manipule qui», commentait samedi François Hollande, le chef de l'opposition socialiste, souhaitant une audition du premier ministre.
Les partis de la gauche et du centre font monter la pression.
Des socialistes ont demandé la démission de Villepin. D'autres veulent la création d'une enquête parlementaire, comme l'a suggéré également le chef des centristes de l'UDF, François Bayrou, dénonçant un «effondrement des principes démocratiques».
À l'UMP même, certains misent sur un départ prochain de Villepin, faisant valoir que leur électorat est «horrifié» par cette nouvelle affaire, dans laquelle la presse voit un nouveau chapitre de la «guerre» Villepin-Sarkozy.

