Économisez le vin, buvez de l'eau!

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Philippe Mollé
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 avril 2006

Mots clés : eau, perrier

Des formes aux couleurs vives, rien n'est omis pour faciliter la vente très tendance des eaux embouteillées.

Photo: Le Devoir

«Les eaux de Châteldon guériront Votre Majesté quelquefois, la soulageront souvent et la consoleront toujours.»

- Fagon, médecin à la cour de Louis XIV


Jamais les bouteilles d'eau n'ont été aussi belles. Des formes aux couleurs vives, rien n'est omis pour faciliter la vente très tendance des eaux embouteillées. Nous sommes bien loin des bouteilles médicamenteuses qui, dans les années 30, présentaient l'eau minérale comme un bienfait issu des stations thermales, ou encore des eaux offertes dans les maternités d'Europe, dont le rôle pour les mamans consistait à couper les biberons.

In aqua veritas

Les eaux embouteillées n'ont plus la cote seulement en Europe, avec des eaux comme Évian, San Pellegrino ou Perrier, mais partout dans le monde. Toutes n'offrent cependant pas les mêmes bienfaits, et les consommateurs sont parfois bernés par l'attrait de la bouteille ou les arguments publicitaires dont usent abondamment les quelques propriétaires indépendants ou les grandes multinationales comme Danone ou Nestlé, qui achètent la moindre source d'intérêt à travers le monde entier. Les eaux des glaciers, des icebergs ou de Louis XIV offrent autant d'atouts commerciaux que l'eau consommée par le pape ou la reine d'Angleterre. Aquamania, un des meilleurs sites du monde, renseigne sur 2786 eaux sélectionnées à travers la planète. Tout comme pour le vin ou pour l'huile d'olive, l'étiquette doit indiquer l'origine de l'eau achetée mais aussi en donner les caractéristiques: eau embouteillée à la source, eau regazéifiée, eau distillée, eau provenant d'un puits artésien, etc. La bouteille doit aussi indiquer les propriétés physiques de l'eau, par exemple la quantité de sels minéraux, la teneur en fer et plus encore puisqu'on parle désormais de l'obligation d'y ajouter les valeurs nutritionnelles. Ainsi, on peut découvrir sur ce site les eaux minérales Saint-Justin ou Abénakis de Saint-François-du-Lac, qu'on qualifie d'exceptionnelle avec sa faible teneur en sels minéraux, qui la rend très digestive.

Comme pour les parfums

Tout comme dans le cas des grands parfums ou des eaux de Cologne, on rivalise de beauté et de raffinement en présentant les nouvelles eaux, par exemple Tynant ou Finé, dans des habillages très actuels. Fini, la bouteille au style d'un flacon médicamenteux comme la Saint-Justin ou la Vichy. Désormais, la couleur et le verre opaque des bouteilles aux formes multiples garnissent les étalages des grands magasins.

Pierre Guibord, directeur général du magasin indépendant IGA de Louise Ménard à Saint-Lambert, témoigne de l'intérêt des consommateurs pour les eaux embouteillées. Les embouteilleurs se livrent une concurrence féroce en payant des droits d'entrée et de mise en tablettes aux supermarchés. De nouveaux trouble-fêtes apparaissent sur les tablettes: les eaux aromatisées s'ajoutent en effet à la liste déjà longue des eaux offertes. «Pas moins de 70 eaux embouteillées sont présentes, souligne Pierre Guibord, avec des demandes nouvelles presque tous les jours.» Parmi les plus populaires, on retrouve les grands classiques comme Évian qui, depuis quelques années, signe avec sa goutte d'eau l'arrivée des fêtes de fin d'année et illumine les tables de la restauration et des établissements de prestige. À l'hôtel Le Saint James, dans le Vieux-Montréal, on l'offre en cadeau de bienvenue en la servant aux clients.

Dans le même esprit, les cartes d'eaux font désormais partie du paysage de la restauration de qualité, à laquelle l'eau de Badoit doit d'ailleurs toute sa notoriété. Depuis 1839, année de la découverte de cette eau, la restauration a largement contribué à l'accroissement de la marque, connue pour ses effets médicamenteux bienfaisants, en vantant la finesse des bulles. Au Québec, la même croissance se situe aux alentours des 10 %. Cette croissance augmente même chez les jeunes avec l'arrivée des bouteilles nomades ou à bec doseur. Légères et faciles à transporter, elles offrent le format idéal pour la randonnée ou la boîte à lunch.

Toutes les formes de polymères ont déjà été exploitées et concurrencent allégrement le verre pour les petits formats. À titre d'exemple, la nouvelle bouteille verte en plastique de Perrier garde ses bulles presque aussi longtemps que dans un verre. «Il n'en demeure pas moins que le verre reste l'image et que, pour la restauration ou l'hôtellerie de qualité, le verre est irremplaçable», témoigne Jérôme Ferrer, chef et propriétaire de la boutique-espace gourmet Europea. Un bienfait inestimable, comme le confirment les propriétaires du restaurant À l'Os, situé sur le boulevard Saint-Laurent, qui ont délibérément opté pour une restauration sans permis d'alcool, misant sur la possibilité d'apporter son vin et proposant une des plus belles cartes d'eaux de Montréal.

Avec un tel engouement pour les eaux embouteillées et les slogans santé, on pourrait bientôt voir certains restaurants branchés afficher cette mention: «Économisez le vin, buvez de l'eau!»

- www.aquamania.net

Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matin à l'émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d'autre, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

***

La recette de la semaine - Steak tartare haché au couteau

Pour faire cette recette, certaines précautions d'hygiène et de respect de la chaîne de froid s'imposent. Au préalable, il faut bien nettoyer une planche de bois à l'eau de Javel, puis hacher la viande avec un couteau propre et la conserver aussitôt au froid à l'abri de la contamination.

- 1 jaune d'oeuf

- 30 ml de moutarde de Dijon

- 500 g de boeuf pris dans le contrefilet et bien paré

- 3 cornichons hachés

- 30 ml de câpres fines hachées

- 1 échalote française hachée

- 90 ml d'huile d'olive

- 15 ml de persil haché

- 15 ml de sauce Worcestershire

- 10 ml de Tabasco

- 15 ml de brandy

- 2 anchois hachés (facultatif)

- Fleur de sel et poivre du moulin au goût

Dans un bol ou dans un saladier, montez une mayonnaise avec le jaune et la moutarde.

Ajoutez ensuite la moitié de la viande et la moitié des ingrédients, puis continuez ainsi jusqu'à épuisement des ingrédients.

Ajoutez à la fin la sauce Worcestershire, le Tabasco et le brandy.

Assaisonnez de sel et de poivre si nécessaire.

Répartissez en quatre tartares égaux et servez impérativement avec des pommes de terre frites.

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Gastroscopie

J'ai testé et aimé:

- Beefeater rajeunit

À l'inspiration des autres alcools, notamment des vodkas, et selon les tendances actuelles du marché, le gin Beefeater s'aromatise à la lime et à l'orange avec l'arrivée de l'été. Une nouvelle façon de consommer la recette originale de James Burrough, qui date de 1901, en lui ajoutant une touche de fraîcheur bénéfique.

Disponible à la SAQ au prix de 20,90 $ pour une bouteille de 750 ml

- Pour fumer viandes et poissons sur votre barbecue

La société spécialisée dans le bois qu'est Langevin & Forest vient de mettre sur le marché la planche à fumer pour la saison estivale. Ce sont deux planches de bois brut qu'il faut faire tremper au moins 12 heures avant de faire cuire des aliments dessus. Cet effet des plus intéressants allonge néanmoins le temps de cuisson.

Disponible au prix de 6,95 $ pour deux planches chez Langevin & Forest, 9995, boulevard Pie-IX, Montréal, % (514) 322-9330.

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Biblioscopie

Cuisine actuelle du Liban

Maya Barakat-Nuq et Anne-Sophie Lhomme

Éditions First

2006, 211 pages

Il s'agit d'après moi du livre le plus intéressant jamais écrit en français sur ce sujet. On explique l'importance des produits comme le labneh ou le kishk, les épices à utiliser, l'huile d'olive et le citron. Les recettes, bien faites, conservent leur authenticité. Les feuilles de vigne ou de blette farcies sont un pur délice.


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