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On va dire les vraies affaires

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Hugues Doré Bergeron (hugues103@hotmail.com)
Envoyé Le jeudi 27 avril 2006 11:00



La tristesse et la colère s'entrechoquent depuis que j'ai vu ce matin les changements qu'on tentera d'appliquer au cours qui s'appellera dorénavant « Histoire et éducation à la citoyenneté ». Tristesse parce que ce projet signifie que mes enfants reviendront de leurs cours d'histoire pas même avec une opinion émasculée, mais bien avec des faits émasculés qui ne pourront que les aiguiller vers une représentation erronée de notre passé. Colère parce que je ne peux qu'y voir une tentative claire de soumettre les étudiants à un point de vue qui n'est pas nécessairement le leur. Dans les cours d'histoire, il faut dire les vraies affaires. Il ne faut pas faire comme le Japon qui, dans ses livres d'histoire, passe sous le silence ou lénifie de manière ridicule les atrocités perpétuées par ses troupes au cours des conflits militaires qui l'ont opposé à la Chine. Présenter une histoire « rassembleuse » est un objectif plus que louable mais ce n'est certainement pas quelque chose qui doit être fait au prix de déformer la vérité. Je désire plus que tout que les vieilles dichotomies entre « Anglais » et « Français » cessent et qu'on n'encourage pas une rivalité à ce niveau. Mais quant à moi, dire que la seule différence entre avant 1763 et après 1763 c'est qu'après « c'[était] le souverain britannique qui [dirigeait] la colonie », c'est mentir. Ne serions-nous pas mieux de dire la vérité, de parler du serment du test, de parler des patriotes, de parler de Lord Durham et de l'assimilation qu'il voulait imposer, de parler de Meech, de parler de 1982. Si vous voulez vraiment avoir une société rassembleuse, travaillez-y en ouvrant l'esprit de nos élèves; augmentez le plus possible les échanges entre francophones et anglophones, de l'intérieur comme de l'extérieur du Québec, parlez de la présence anglaise dans notre société, parlez des mauvais coups des Britanniques comme des mauvais coups des Français. Les Allemands ne se sont pas remis de l'holocauste en disant à leurs élèves que ça n'avait pas eu lieu; la France et l'Allemagne ne sont pas passés de pire ennemis à meilleurs amis en à peine 50 ans parce qu'ils ont effacé de leurs livres d'histoire tous les conflits qu'il y a eu entre leur pays respectif pendant 400 ans, si ce n'est pas plus. Je crois qu'il est possible pour nous de créer une « société rassembleuse » et je crois que nous devons le faire. Mais jamais, jamais au prix de déformer notre histoire. Si on veut vraiment que nos enfants construisent quelque chose de grandiose, il ne faut pas leur enlever les outils nécessaires; il faut simplement leur enseigner à s'en servir correctement.

Hugues Doré Bergeron,
Étudiant en science politique, histoire et langue hispanique, université McGill

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