Cours d'histoire épurés au secondaire
Mots clés :
Québec songe à un enseignement «moins politique», non national et plus «pluriel»
Le nouveau cours d'histoire du Canada et du Québec au secondaire, qui doit entrer en vigueur en 2007-08, fera peu mention de la Nouvelle-France ou des Patriotes et passera sous silence des épisodes comme l'acte d'Union de 1840, la conscription forcée de 1917 ou le rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982. Le double objectif consiste à rendre l'histoire «moins conflictuelle», «moins politique» et davantage «plurielle», notamment en accordant une place plus importante aux autochtones et aux groupes non francophones, et à remplir la mission, devenue centrale dans la «réforme», «d'éduquer à citoyenneté».La matière du nouveau cours d'histoire sera divisée en six «thèmes», selon ce qu'on apprend sur une ligne du temps proposée pour la première année du deuxième cycle: 1- à partir de 1500, «les premiers occupants»; 2- de 1608 à 1760, «l'émergence de la société canadienne»; 3- de 1760 à 1848, «le développement des idées libérales dans la colonie britannique»; 4- de 1848 à la fin des année 1920, «la formation de la fédération canadienne»; 5- de 1930 à 1980 environ, la modernisation de la société québécoise; 6- les enjeux de la société québécoise depuis 1980.
«Il s'agit de sortir du cadre habituel d'une histoire structurée autour des conflits entre les francophones et les anglophones pour faire une histoire plus rassembleuse», explique Jean-François Cardin, un historien-didacticien de l'Université Laval bien au fait du projet actuel puisqu'il a été consulté lors des phases de préparation du document. Aussi consulté par le ministère, le professeur Jocelyn Létourneau, lui aussi de l'Université Laval et très critique du nationalisme, salue «l'ambition générale [de ce cours] d'en finir avec l'espèce de vision misérabiliste qui perdure dans la vision historique des Québécois».
Dans le document, en effet, la période où a eu lieu la bataille des plaines d'Abraham de 1759, la Proclamation royale de 1763 et l'imposition du serment du test (c'est-à-dire le reniement de l'Église catholique) fait partie d'une section dont l'intitulé est «l'accession à la démocratie dans la colonie britannique». On peut en effet découvrir ceci: «Alors qu'elle avait été autorisée dès 1763, ce n'est qu'en 1791 que, par l'Acte constitutionnel, la Chambre d'assemblée est créée.»
La Conquête est évoquée (plus que nommée) en ces termes: «La Nouvelle-France connaît une forme de gouvernement absolu. Le pouvoir est détenu par le roi de France, qui en délègue une partie au gouverneur. [...] Après 1763, c'est toujours un gouverneur, représentant cette fois le souverain britannique, qui dirige la colonie.»
Par ailleurs, on ne parle pas dans ce document de l'acte de Québec de 1774, qui explique pourquoi le Québec a encore un code civil de nos jours, une des références des tenants de la «société distincte» dans le grand tout canadien. Et à propos de «société distincte», la saga de Meech et le rapatriement unilatéral de 1982 sont aussi absents du document.
Une histoire «citoyenne»
Le changement de perspective provient aussi du fait que désormais, la discipline de l'histoire sera mise au service d'un objectif supérieur: «Le message qui est subliminal mais assez clair là-dedans, c'est qu'il faut faire de l'histoire pas pour faire de l'histoire mais pour éduquer à la citoyenneté», dit M. Cardin. Le document, dans l'énoncé de la compétence 1, ne dit pas autre chose: «L'élève qui interroge les réalités sociales dans une perspective historique établit les fondements de son interprétation et se dote des assises historiques nécessaires à l'exercice de sa citoyenneté. Le savoir-agir qu'il développe ainsi lui permet de considérer le vivre-ensemble avec le regard d'un citoyen éclairé.»
Conçu dans l'esprit «socio-constructiviste» de la réforme, qu'on a commencé à appliquer en première secondaire cette année, le nouveau programme estime que le savoir historique n'est pas très important: «L'enseignement de l'histoire à l'école n'a pas pour but de faire mémoriser une version simplifiée de savoirs savants construits par des historiens ni de faire acquérir des connaissances factuelles de type encyclopédique», peut-on lire dans le document.
Ainsi, même si des études ont démontré depuis un certain nombre d'années, note M. Cardin, que «les jeunes ne savent plus qui est Montcalm ou Frontenac», le nouveau programme n'a pas pour but de corriger cet état de choses. «Ce n'est pas un retour aux dates, aux personnages»; il s'agit de se servir de l'analyse de questions historiques «pour dégager une compréhension de certains concepts et pour construire des compétences intellectuelles liées à la citoyenneté, qui favorisent un exercice plus fécond de la citoyenneté». M. Cardin explique qu'au fond, on veut que l'élève et «futur citoyen», lorsqu'il regardera le téléjournal plus tard, «soit capable de faire des liens et d'aller au-delà d'une opinion de premier niveau pour essayer de construire une opinion plus informée, plus structurée».
Une inspiration
Une des sources d'influence des concepteurs de ce programme est ce qui se fait au Canada anglais, explique M. Cardin. Dans le reste du pays, l'histoire et la citoyenneté «forment un vieux couple». Même dans les années 50, dit-il, «on voulait former des citoyens à partir des cours d'histoire du Canada. Mais la notion de citoyenneté entre 1959 et aujourd'hui a énormément changé. Elle est beaucoup moins ethnique, beaucoup moins nationale». Le mot «nation» n'apparaît évidemment pas dans le document, et même le Québec est rarement désigné autrement que sous l'expression «la société au sein de laquelle l'apprenant évolue».
Dans le contenu aussi, le nouveau cours s'inspirera de ce qui se fait au Canada anglais: «Par exemple, l'histoire [du pays] ne commence plus avec Jacques Cartier mais avec les autochtones. C'est une tendance qu'on voyait au Canada anglais depuis un certain temps, depuis longtemps. La rectitude politique est très importante dans les programmes d'histoire au Canada, et le Québec prend ce virage-là avec ce programme.»
Vos réactions
Encore un accommodement raisonnable? - par Benoit Villeneuve (benvilleneuve@hotmail.com)
Le jeudi 28 décembre 2006 11:00
Les faits et l'interprétation. - par Marie-France Legault (mfy.legault@videotron.ca)
Le mercredi 03 mai 2006 09:00
Réactions irréfléchies - par claude poulin (poulin.claude@videotron.ca)
Le lundi 01 mai 2006 10:00
Vraiment incroyable! - par Marcel Prince (princem@oricom.ca)
Le samedi 29 avril 2006 10:00
Histoire et citoyenneté - par Jean Le May (jeanle2may@hotmail.com)
Le samedi 29 avril 2006 10:00
Le citoyen fourre-tout - par Jean Le May (jeanle2may@hotmail.com)
Le samedi 29 avril 2006 09:00
Enfin, un vrai cours d'histoire du Canada - par FARID KODSI (farid.kodsi@sympatico.ca)
Le vendredi 28 avril 2006 07:00
Cours d'histoire épurés au secondaire - par Sébastien Testeau
Le vendredi 28 avril 2006 03:00
Cachez ce siècle...que je ne saurais voir - par Estelle Lebel (lebestel@sympatico.ca)
Le jeudi 27 avril 2006 23:00
Honteux - par Julie Vachon
Le jeudi 27 avril 2006 20:00
Incroyable! - par Michèle Tremblay
Le jeudi 27 avril 2006 17:00
protestations - par francoise perrin (francoiseperrin1007@yahoo.com)
Le jeudi 27 avril 2006 17:00
Diluer l'histoire - par lysanne rivard
Le jeudi 27 avril 2006 15:00
Un cours de français sans accent - par Mathieu Bélanger
Le jeudi 27 avril 2006 15:00
Assujettissement au fédéralisme - par Marie Claire Lacroix (lacroixmir@aol.com)
Le jeudi 27 avril 2006 14:00
Je ne me souviens pas - par Nicole Ouellette
Le jeudi 27 avril 2006 13:00
L'Université Laval - par michel Tremblay (tremichel@msn.com)
Le jeudi 27 avril 2006 12:00
mémoire collective bafoué - par michel Tremblay (tremichel@msn.com)
Le jeudi 27 avril 2006 12:00
Au secours! - par Maurice Gauvreau (mgauvreau9@videotron.ca)
Le jeudi 27 avril 2006 12:00
les faits sont les faits - par Max Gag
Le jeudi 27 avril 2006 11:00
On va dire les vraies affaires - par Hugues Doré Bergeron (hugues103@hotmail.com)
Le jeudi 27 avril 2006 11:00
Inadmissible! - par Etienne Dubois-Daignault
Le jeudi 27 avril 2006 11:00
L'histoire redirigée - par Rodrigue Guimont
Le jeudi 27 avril 2006 10:00
Réécrire l'histoire... - par Carole Boucher
Le jeudi 27 avril 2006 09:00
1984 - par Bernard Côté (bernard.cote@rocler.com)
Le jeudi 27 avril 2006 09:00
Cherchons a comprendre - par Marc-André Caron (mcaron00@hotmail.com)
Le jeudi 27 avril 2006 09:00
Une neutralité appauvrissante - par Bianca Côté
Le jeudi 27 avril 2006 09:00
des traitres - par Philippe Grégoire (felixa1@sympatico.ca)
Le jeudi 27 avril 2006 06:00

