Kyoto: Harper inquiète Québec

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Louis-Gilles Francoeur
Édition du mardi 25 avril 2006

Mots clés : harper, kyoto

Béchard réclame une entente rapide

Québec s'inquiète de l'indécision du gouvernement fédéral dans le dossier des changements climatiques. Et il réclame du gouvernement Harper «d'accélérer et d'intensifier nos discussions afin que nous puissions à court terme dévoiler les actions concrètes» sur la participation du Québec à l'atteinte des objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) du Canada.

Cette inquiétude transparaît clairement dans une lettre que le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Claude Béchard, a fait parvenir le 19 avril à son homologue fédérale, Rona Ambrose, pour lui demander d'accélérer les négociations en cours au niveau des fonctionnaires afin de conclure rapidement une entente fédérale-provinciale sur la participation du Québec dans l'atteinte des objectifs de réduction des émissions canadiennes de GES.

On se souviendra que, même si Ottawa ne va pas jusqu'à renier son adhésion au protocole de Kyoto, le gouvernement Harper juge irréaliste l'atteinte de ses objectifs d'ici à 2012. Le respect des engagements du Canada exigerait une réduction de 26 % des émissions nationales, ce qui n'est pas loin de l'objectif de réduction d'un pays comme l'Allemagne.

Dans sa lettre, dont Le Devoir a obtenu copie, le ministre Béchard exprime le voeu du Québec d'être consulté avant que ne soit reformulé le plan canadien de réductions, annoncé par le nouveau gouvernement Harper. On peut déduire de l'insistance du ministre que le Québec n'est pas consulté par Ottawa malgré l'engagement électoral du premier ministre Harper de travailler en collaboration plus étroite avec les provinces et dans le respect de leurs compétences.

«Compte tenu des implications pour le Québec du nouveau plan fédéral présentement en élaboration, écrit Claude Béchard, il m'apparaît important que les provinces et territoires soient consultés sur le contenu de ce nouveau plan avant son adoption finale.» Cette consultation apparaît d'autant plus cruciale à Québec que les compressions se multiplient dans les plans d'action fédéraux relatifs aux changements climatiques.

«Le vide créé par l'abandon de plusieurs programmes fédéraux qui visaient à financer la lutte contre les changements climatiques nous préoccupe au plus haut point, ajoute le ministre Béchard. À ce sujet, nous apprécierions obtenir, dans les plus brefs délais, une rencontre pour nous rassurer, et pour rassurer tous les organismes voués à la lutte contre les changements climatiques, des intentions de votre gouvernement de soutenir financièrement les efforts qui devront être faits par chacune des provinces.»

Du côté québécois, on aurait accumulé et évalué -- financièrement et environnementalement -- assez de projets pour élaborer une entente fédérale-provinciale complète.

Selon une source digne de foi au sein du MDDEP, c'est principalement dans le domaine des transports que Québec entend réaliser l'essentiel de ses réductions et c'est dans ce domaine que les investissements seraient les plus payants. Mais si Québec a dans ses cartons un dossier complet, il n'entend toujours pas arrêter et divulguer sa stratégie de lutte contre les changements climatiques avant de savoir ce qu'Ottawa y investira financièrement.

Québec veut aussi profiter de la redéfinition du Plan vert du gouvernement Martin pour obtenir une latitude que cette approche fortement centralisée ne permettait pas.

Le ministre Béchard a rencontré récemment son homologue albertain, Guy Boutilier, avec qui il s'est découvert beaucoup plus d'atomes crochus qu'on aurait pu s'y attendre de la part de deux provinces historiquement aux antipodes dans le dossier des changements climatiques.

Selon la source du Devoir, qui suit de près toutes les négociations dans ce dossier, l'Alberta, comme le Québec, veut profiter de la remise en question en cours de la stratégie fédérale pour que les provinces aient plus de liberté pour effectuer à leur manière, en fonction de leurs priorités économiques et de leurs compétences constitutionnelles, les réductions qu'Ottawa espère voir réaliser sur leurs territoires respectifs.

«Si l'Alberta et le Québec, dont on connaît les positions diamétralement opposées jusqu'ici dans le dossier des changements climatiques, arrivent à mettre au point une formule qui les satisfasse tous les deux, je pense que toutes les autres provinces n'auront pas de problème à s'y rallier, car elle couvrira toutes la gamme des exigences manifestées jusqu'ici», poursuit la source. Cette dernière en donne pour exemple le fait que les réductions les plus avantageuses financièrement pour l'Alberta se concentrent, à l'évidence, dans l'industrie pétrolière où les premières mesures de réduction pourraient même être rentables pour les entreprises, alors qu'au Québec c'est dans le domaine des transports qu'on peut obtenir des réductions à moindre coût. «Cela illustre à quel point il n'y a pas de dénominateur commun entre les provinces et qu'un plan uniforme n'est pas très efficace», concluait la même source.

Mais la liberté pour les provinces de réaliser à leur manière les objectifs nationaux laisse en suspens une question cruciale à laquelle personne n'a jusqu'ici offert de réponse: qui définirait l'objectif de réduction de chaque province? Dans le dossier des pluies acides, chaque province devait réduire ses émissions selon sa contribution aux émissions globales. L'Alberta, que cette formule avantageait à l'époque, ne veut pas en entendre parler cette fois, car, proportionnellement, c'est elle qui écoperait du pourcentage de réduction le plus élevé au pays puisque ses émissions ont progressé plus rapidement en raison de la production de pétrole des sables bitumineux.

Québec voudrait aussi profiter de la remise en question de la stratégie fédérale sur les changements climatiques -- le ministre Béchard ne fait pas une seule référence au protocole honni de Kyoto par les conservateurs -- pour obtenir une «reconnaissance pour les émissions évitées par l'hydroélectricité et le fardeau inéquitable imposé au secteur industriel du Québec, compte tenu de la non-reconnaissance [par Ottawa] des réductions réalisées depuis 1990 par nos entreprises».


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com