Levée de boucliers contre les plans de Harper

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du jeudi 20 avril 2006

Mots clés : environnement, climatologie

Quatre-vingt-dix sommités du domaine de la climatologie demandent au gouvernement conservateur d'agir rapidement contre la menace des changements climatiques

Parmi les principaux impacts des changements climatiques, les scientifiques notent entre autres que les Prairies risquent de manquer d'eau.

Photo: Agence Reuters

Quatre-vingt-dix sommités scientifiques du domaine de la climatologie et des sciences connexes, y compris des chercheurs en poste à Environnement Canada et à Pêches et Océans, ont signé hier une déclaration publique dans laquelle ils soulignent au gouvernement Harper «l'urgence d'agir contre la menace des changements climatiques».

Ils invitent nommément le premier ministre à «exercer un leadership national face à ce problème» que le Canada doit résoudre, disent-ils, de concert avec la communauté scientifique internationale.

Cette prise de position de la part d'universitaires et de chercheurs de toutes les provinces canadiennes, d'instituts et de programmes de toutes sortes constitue une levée de boucliers sans précédent contre les plans du gouvernement Harper de sabrer les programmes de recherche et d'action contre les changements climatiques.

Cette déclaration publique se veut par ailleurs une réplique cinglante à une lettre ouverte que faisaient parvenir récemment au National Post une soixantaine de scientifiques, dont une vingtaine du Canada seulement, qu'on pourrait classer dans la catégorie des sceptiques ou des négationnistes en ce qui concerne le réchauffement de la planète. D'ailleurs, Gordon Swaters, un mathématicien et océanographe de l'Université de l'Alberta, qui avait signé cette prise de position défendue notamment par le lobby du pétrole, a changé son fusil d'épaule et signait hier la déclaration des chercheurs qui réclament un plan d'action basé sur une science de haut niveau.

«Le Canada, écrivent les 90 signataires, a besoin d'une stratégie nationale sur les changements climatiques pour fournir au gouvernement les meilleurs avis possibles en vue de l'action. Il faut aussi poursuivre les investissements dans la recherche pour suivre le rythme et la nature des changements, comprendre ce qui arrive, affiner les prévisions sur les changements provoqués par les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine et analyser les fenêtres disponibles pour l'action ainsi que les menaces imputables à ces changements. De bonnes politiques exigent une science de haute qualité.»

Cette exceptionnelle brochette de scientifiques, dont treize du Québec, affirme souscrire à l'évaluation des changements climatiques réalisée en 2001 par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), rattaché à l'ONU. Ce bilan a d'ailleurs été entériné l'an dernier par la Société royale du Canada et les académies des sciences nationales des pays du G8 ainsi que par les académies de la Chine, de l'Inde et du Brésil. Répliquant aux sceptiques et aux négationnistes, les signataires réaffirment que les changements climatiques en cours sont d'origine humaine et que les impacts du mégaphénomène sont plus intenses dans l'Arctique canadien, où le climat s'est réchauffé de deux degrés centigrades, soit plus de deux fois la hausse moyenne de 0,6 °C notée à l'échelle planétaire.

La science, affirment les chercheurs, confirme que le climat se modifie, au Canada comme ailleurs dans le monde. Les changements en cours affectent de façon «de plus en plus marquée» les écosystèmes naturels du Canada et l'activité économique. La «nécessité d'intervenir et d'élaborer une stratégie d'adaptation» s'impose chaque jour davantage, ce qui devrait inciter le Canada à «se doter d'une stratégie nationale sur les changements climatiques et à continuer d'investir dans la recherche pour surveiller le rythme et la nature des changements».

Parmi les principaux signataires québécois, on retrouve notamment, de l'Université Laval, Louis Fortier, directeur du projet Arctic Net, qui analyse les impacts des changements sur les écosystèmes de cette région; André Roy, de l'Université de Montréal, qui préside l'Association canadienne des géographes; Daniel Caya, du centre Ouranos; et le professeur René Laprise, de l'UQAM, principal enquêteur du Réseau canadien de modélisation sur les changements climatiques.

Les 90 chercheurs canadiens rappellent au premier ministre Harper, qui s'apprêterait à sortir les changements climatiques des priorités budgétaires du gouvernement fédéral, que la planète est présentement plus chaude qu'à n'importe quelle autre période du dernier millénaire. Et les recherches démontrent, insistent-ils, que c'est au Canada, dans la vallée du Mackenzie, qu'on retrouve les hausses les plus rapides et les plus fortes jamais enregistrées. Le couvert de glace de l'Arctique canadien, ajoutent-ils, a perdu 30 % de sa surface historique en 30 ans et on s'achemine vers une disparition presque complète au milieu du présent siècle. Le niveau des mers a de son côté augmenté de 10 à 20 cm dans le dernier siècle, et on note désormais des signes de réchauffement des mers jusqu'à des profondeurs atteignant 700 mètres, un phénomène qui prendra des siècles avant de s'inverser.

Loin de cacher qu'ils sont sur la première ligne des compressions budgétaires en vue, les 90 sommités estiment que le gouvernement Harper n'a pas le choix parce qu'«une politique judicieuse doit reposer sur une bonne assise scientifique».L'ampleur des impacts prévisibles sur le climat et les écosystèmes canadiens, écrivent-ils, interdit au gouvernement de relâcher ses efforts.

Parmi les principaux impacts en vue, ils font remarquer que les Prairies et les grands réservoirs hydroélectriques risquent de manquer d'eau. La pérennité de plusieurs écosystèmes et de leurs ressources renouvelables peut être compromise par de nouvelles menaces, comme l'arrivée d'insectes inconnus au pays et le réchauffement des cours d'eau, qui pourraient mettre en danger des espèces d'eaux froides comme les saumons du Pacifique. La sévérité et la fréquence plus élevée des événements extrêmes -- inondations et sécheresses -- imposent des changements majeurs aux infrastructures de protection tout comme la fonte du pergélisol impose une révision de la sécurité des pipelines, des édifices et des routes des régions nordiques. Même la fonte de la calotte polaire impose de nouveaux défis que le Canada doit voir venir, comme la nécessité de revoir les modalités du contrôle de sa souveraineté dans la région arctique, concluent les chercheurs.


Vos réactions


S'adapter - par Yvon Dionne (yvon596@globetrotter.net)
Le jeudi 20 avril 2006 22:00

Où allons nous? - par Marcel André (logimar00@hotmail.com)
Le jeudi 20 avril 2006 17:00

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