Garderies: le désastre n'aura pas lieu
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Seules 10 000 places ne seront pas créées. Les parents québécois sont gagnants.

Photo: Agence Reuters
L'Ontario est la seule province qui a chiffré ses pertes. La plus populeuse des provinces canadiennes envisageait de créer 25 000 places en cinq ans avec l'argent d'Ottawa. Comme le programme se terminera trois années plus tôt que prévu, le 31 mars prochain, elle en créera 10 000 de moins. «Nous allons étendre sur quatre ans l'argent qui nous sera versé cette année pour financer à plus long terme les places déjà créées», explique James Ip, directeur des communications de la ministre des Enfants et des Services à la jeunesse. À titre de comparaison, le réseau québécois compte 200 000 places.
Dans les autres provinces (sauf l'Île-du-Prince-Édouard, qui n'a pas donné suite aux appels répétés du Devoir), la situation ressemble plus ou moins à l'un ou l'autre des scénarios suivants:
- la province créera quand même les places promises en puisant dans ses propres coffres;
- la province n'avait au départ établi aucune cible de création de places avec l'argent du fédéral. Un plan d'action sera rendu public plus tard cette année. La Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve tombent dans cette seconde catégorie.
L'ex-premier ministre Paul Martin avait signé des ententes avec toutes les provinces quelque temps avant le déclenchement des élections. En vertu de ces ententes de cinq ans, les provinces allaient se partager, à terme, 1,2 milliard de dollars par année pour améliorer les services à la petite enfance. Stephen Harper a annulé ces ententes pour les remplacer par le versement d'une allocation imposable de 1200 $ par année par enfant de moins de six ans.
Le cas de l'Alberta est le plus intéressant. Malgré le demi-milliard de dollars que la province la plus riche devait recevoir d'Ottawa, aucune nouvelle place en garderie n'aurait été créée. «Le manque de places en garderie n'était pas une inquiétude ici, en Alberta», explique Cathy Ducharme, la porte-parole du ministère albertain. Plutôt, l'argent a été consacré à l'augmentation des salaires des éducatrices, aux subventions aux familles ainsi qu'à la mise sur pied d'un guichet unique téléphonique pour informer les parents des services offerts dans la province. L'Alberta consacre 70 millions par année aux services à la petite enfance, soit moins que les quelque 118 millions qu'Ottawa lui aurait versés la dernière année du programme.
La Colombie-Britannique a déjà créé 3837 places en garderie l'an dernier et entend en créer 5000 cette année et autant l'année prochaine. «Ces places seront créées de toute manière», indique un porte-parole du ministère de l'Enfance et de la Famille qui demande à ne pas être nommé. La Saskatchewan créera elle aussi ses 1720 places promises. C'est l'offre de la prématernelle universelle à partir de quatre ans qui est remise en question à cause de l'annulation de l'entente fédérale. «C'est certain que l'attention accrue apportée à ce sujet a fait augmenter les attentes de la population», reconnaît April Berry, porte-parole du ministère de l'Apprentissage.
Au Nouveau-Brunswick, la résiliation de l'entente ne fait guère frémir la classe politique. La province de Bernard Lord avait déjà un plan pour la petite enfance et s'était, pour cette raison, farouchement opposée jusqu'à la dernière minute aux visées libérales. La population de la province est encore à 50 % rurale et la création de places en garderie ne constitue pas la solution la plus logique, y fait-on valoir.
Le Nouveau-Brunswick a quand même créé 3000 places en garderie au cours des six dernières années et s'apprête à en créer 3000 autres quoi qu'il arrive. «Nous allons recevoir de l'argent du fédéral dans d'autres secteurs, explique le porte-parole Robert Duguay. Par exemple, si Ottawa nous en verse pour nos routes, ce sera ça de moins qu'on paiera et qu'on pourra consacrer aux garderies.»
En entrevue avec Le Devoir, la ministre responsable du dossier dans la province, Micheline Dubé, affiche ses préférences pour le plan conservateur. «Juste l'argent que la proposition libérale offrait, c'était quand même très, très limité par rapport à ce qu'on a sur la table présentement.» «Pour nous, c'est sûr et certain qu'on a une belle relation avec le premier ministre Harper et le gouvernement conservateur», ajoute-t-elle. Son équipe conservatrice, Bernard Lord en tête, a appuyé Stephen Harper aux dernières élections fédérales.
Du bonbon pour le Québec
La ministre néo-brunswickoise met en lumière un aspect peu relevé du programme conservateur, aspect que Stephen Harper a d'ailleurs commencé à vanter hier: son plan consacrera près de deux fois plus d'argent que le plan libéral. Comme plusieurs provinces pensaient utiliser l'argent libéral pour financer des subventions directes aux parents (comme au Nouveau-Brunswick), le plan conservateur revient plus ou moins à la même chose, mais en plus généreux.
Au Québec, où un réseau de garderies existe déjà, les parents seront doublement avantagés. «Les parents québécois se retrouveront avec 250 millions de dollars de plus par année que ce que leur gouvernement aurait reçu en vertu de l'entente libérale», clame en entrevue la ministre fédérale des Ressources humaines, Diane Finley. En effet, le Québec compte environ 450 000 enfants de six ans ou moins. Si chacun reçoit 1200 $, un total d'environ 540 millions de dollars sera versé chaque année au Québec, comparativement à environ 269 millions avec le programme libéral.
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