Opinion

Les radios privées appuient l'industrie du disque

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Glenn O'Farrell, Président et chef de la direction de l'Association canadienne des radiodiffuseurs

Édition du mercredi 19 avril 2006

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Dans l'univers musical d'aujourd'hui, le degré du soutien, public et privé, accordé à l'industrie québécoise du disque ne souffre aucune comparaison à l'échelle internationale. Les chiffres à ce sujet parlent d'eux-mêmes. Au total, en 2005, les gouvernements fédéral et provincial ont versé 26,4 millions de dollars au soutien de l'industrie du disque au Québec. Cela représente un investissement de 3,49 $ par habitant en deniers publics.

Dans l'espace francophone, la France accorde quant à elle 0,73 $ par habitant au soutien de son industrie du disque alors que la Belgique et la Suisse, pays dont la taille de la population francophone est comparable à la nôtre, n'investissent... rien. C'est donc dire que les investissements en fonds publics au soutien de l'industrie québécoise du disque par habitant sont près de quatre fois plus élevés au Québec qu'en France.

Par ailleurs, il faut savoir que le Canada est le seul pays au monde où le gouvernement oblige les radios commerciales privées à subventionner directement l'industrie du disque au moyen de contributions à divers fonds de soutien tels MusicAction ou le Fonds RadioStar. À titre indicatif, mentionnons que pour le marché francophone uniquement, les contributions financières directes des radios commerciales aux fonds d'aide à la musique sont passées de 400 000 $ en 1998 à 5,7 millions en 2005, une augmentation de plus de 1300 %.

Les quotas

En outre, au Québec, les radios commerciales privées francophones doivent respecter deux quotas musicaux: d'abord, elles doivent diffuser un minimum de 35 % d'oeuvres musicales canadiennes, ce qui, au Québec, est un seuil largement surpassé; de plus, au moins 65 % de leur programmation musicale hebdomadaire doit être consacrée à la musique vocale de langue française, dont 55 % entre 6h et 18h. Ces quotas, il faut le souligner, sont les plus élevés au monde.

Malgré cela, de l'avis de certains intervenants du milieu de la musique, la contribution des radios commerciales privées francophones au soutien de la musique d'expression française d'ici n'est pas suffisante. Il faudrait, pour soutenir l'industrie, plus de quotas et davantage de financement.

Mutation

Au Québec, l'industrie de la radio privée a toujours eu à coeur l'épanouissement de la diversité de notre expression culturelle.

Force est d'admettre que de nos jours, au Québec comme ailleurs dans le monde, le paysage radiophonique traverse une période de mutation fondamentale. Désormais, deux univers se côtoient pour obtenir l'attention du consommateur: l'un est réglementé, soit celui de la radio hertzienne, comme Énergie ou Rythme FM; l'autre l'est peu (radio par satellite) ou pas du tout; c'est le cas par exemple du iPod, de la radio par Internet ou des contenus audio téléchargeables sur téléphone cellulaire. Devant ce nouvel environnement, le consommateur peut à loisir composer sa propre sélection musicale aussi bien que syntoniser sa radio préférée.

Cette réalité est incontournable et tous les acteurs du système doivent chercher à mieux la comprendre en se tournant vers l'avenir plutôt que de se replier sur des mesures qui sont nettement dépassées.

Pour un assouplissement du cadre réglementaire

Dans ce contexte, l'Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR), laquelle représente la vaste majorité des stations québécoises, estime que le cadre réglementaire applicable à la radio commerciale privée doit être adapté au nouvel environnement concurrentiel dans lequel elle évolue désormais pour que la radio privée puisse continuer d'occuper une place de choix auprès des auditeurs. Par conséquent, il est temps de procéder à des changements.

Premièrement, il faut reconnaître que le réflexe de l'auditeur est bien souvent de rechercher ce qui lui est familier. Puisque la radio privée ne se finance que par le biais de la publicité, déterminée par la mesure de l'auditoire, elle est donc sensible au comportement d'écoute. La radio privée prend donc un risque commercial lorsqu'elle diffuse une chanson d'un artiste peu ou pas connu du public. C'est pourquoi, afin de rendre aux stations francophones la capacité de se démarquer par la musique, il nous apparaît pertinent et conséquent de proposer un système de primes à la promotion des artistes de la relève francophone, ce qui aura pour effet d'accroître la diversité musicale en ondes.

Deuxièmement, bien que la musique occupe une place importante à l'antenne, l'avenir de la radio francophone est tributaire de sa capacité à développer des contenus qui lui sont exclusifs, d'où la nécessité d'assurer le développement de la relève radiophonique québécoise. En effet, c'est au moyen des émissions à prédominance verbale plutôt que par la musique que les stations francophones se distinguent les unes des autres, notamment aux heures de grande écoute. La radio privée francophone y consacre donc des sommes importantes. Cet avantage distinctif doit être soutenu à sa juste valeur puisqu'il s'agit d'un aspect propre à la radio francophone qui lui permettra de continuer à se démarquer dans l'environnement concurrentiel d'aujourd'hui et de demain.

Le consommateur est désormais seul maître de sa programmation musicale. Ses goûts se renouvellent constamment et ses habitudes d'écoute évoluent au gré des innovations technologiques. Les radios commerciales privées l'ont compris et en parlent. Le cadre réglementaire doit donc tenir compte de cette nouvelle réalité. Voilà le défi de l'avenir.


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