La terreur frappe à Tel-Aviv

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Éric Desrosiers
Édition du mardi 18 avril 2006

Mots clés : hamas, explosion

Le Hamas qualifie de geste d'autodéfense un attentat suicide qui a fait au moins dix morts

Des blessés reçoivent les premiers soins sur les lieux d'un attentat suicide qui a fait au moins dix morts hier dans une sandwicherie de l'ancienne gare routière de Tel-Aviv. Il s'agit du pire attentat suicide à survenir en Israël depuis celui de Beersheva, qui avait fait seize morts le 31 août 2004.

Photo: Agence Reuters

Au moins dix personnes ont perdu la vie et des dizaines d'autres ont été blessées, hier, à Tel-Aviv, lors du pire attentat suicide à avoir frappé Israël depuis août 2004.

L'attentat, revendiqué par le mouvement radical palestinien Jihad islamique, a été qualifié d'acte «d'autodéfense» par le nouveau gouvernement palestinien du Hamas. Un commentaire qui révèle sa «vraie nature», ont déclaré Israël et les États-Unis.

L'explosion, aux abords d'une sandwicherie bondée en cette journée de fête de la Pâque juive, s'est produite quelques minutes à peine avant l'assermentation du nouveau parlement israélien.

Le commerce, situé à l'ancienne gare routière de Tel-Aviv, un quartier très fréquenté par les ouvriers étrangers, avait déjà été la cible d'un attentat à la bombe en janvier. La déflagration s'est produite à l'heure du dîner, quelques instants après que le gardien de sécurité eut demandé à un jeune homme, qui voulait entrer, d'ouvrir le sac de sport qu'il transportait.

L'auteur de l'attentat serait Samir Hamad, un Palestinien de 21 ans originaire d'un village de la région de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie. Le Jihad islamique a diffusé hier un enregistrement vidéo le montrant, ceint d'un bandeau noir, en train de lire son testament et de brandir un fusil et un coran. L'attentat se voulait un geste d'appui aux personnes détenues par Israël et une riposte «aux massacres israéliens et au siège imposé» aux Palestiniens.

La bombe était chargée de clous, de vis et d'autres morceaux de métal pour faire le maximum de dégâts. Au moins neuf personnes sont mortes déchiquetées, en plus du kamikaze. Entre cinquante et soixante personnes ont aussi été blessées, dont certaines très sérieusement, ce qui fait craindre que le bilan ne s'alourdisse encore.

C'est l'attentat le plus meurtrier à se produire en Israël depuis celui commis par le Hamas le 31 août 2004, à Beersheva, dans le sud du pays, qui avait fait 16 morts. C'était également le neuvième attentat suicide depuis qu'une trêve a été déclarée en Israël et dans les territoires palestiniens le 8 février 2005. Ils ont tous été commis par le Jihad islamique sauf un par les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa.

«Autodéfense»

«Notre peuple est en état d'autodéfense et a le droit d'utiliser tous les moyens pour se défendre», a déclaré hier Sami Abou Zouhri, porte-parole du mouvement islamiste Hamas, qui a jusqu'à présent respecté la trêve et qui vient de remporter les élections palestiniennes. «L'occupation israélienne porte la responsabilité de ses actions», a ajouté le porte-parole du gouvernement palestinien, Ghazi Hamad.

Au contraire du gouvernement du Hamas, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a condamné l'attentat «terroriste» et a appelé la communauté internationale à intervenir pour mettre fin à la «grave détérioration» de la situation dans la région.

Le premier ministre israélien Ehoud Olmert a fait savoir qu'il allait «décider de quelle façon riposter» à l'attentat d'hier, et il a assuré que son gouvernement saurait «comment réagir de manière appropriée». Son porte-parole, Reenan Gissin, a ajouté que le gouvernement palestinien se définissait on ne peut plus clairement comme une entité terroriste.

On rapportait déjà, quelques heures plus tard, le raid d'un appareil israélien contre une fabrique de métaux soupçonnée de confectionner des roquettes artisanales à Zeitoun, un quartier de l'Ouest de Gaza. L'attaque aux missiles n'aurait fait aucune victime mais aurait causé d'importants dégâts matériels, selon des sources.

Le ministre de la Défense, Shaoul Mofaz, et l'armée ont aussi recommandé le bouclage de la région d'où venait le kamikaze.

Condamnations internationales

L'attentat d'hier a été condamné par plusieurs gouvernements. La Maison-Blanche l'a qualifié «d'acte de terreur infâme pour lequel il n'existe aucune excuse». Le porte-parole du Département d'État, Sean McCormack, a ajouté que les commentaires du gouvernement palestinien révélaient «sa vraie nature».

Le président français, Jacques Chirac, le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, la Russie, le Royaume-Uni et la Jordanie ont également condamné l'attentat.

Le Canada s'est joint au mouvement. «Cet acte de violence brutal et insensé visant des civils innocents souligne une fois de plus la menace qui pèse constamment sur la sécurité en Israël et l'urgente nécessité pour l'Autorité palestinienne d'assumer ses responsabilités pour prévenir le terrorisme», a déclaré par voie de communiqué le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay.

Parlement et attentat en stéréovision

L'attentat d'hier est survenu quelques minutes à peine avant que le nouveau Parlement israélien (Knesset) issu des élections du 28 mars ne prête serment. Les téléspectateurs israéliens ont même suivi les deux événements simultanément, les services d'information ayant choisi de séparer l'écran en deux avec, d'un côté, la cérémonie protocolaire et, de l'autre, les équipes de secouristes fouillant les décombres.

La Knesset compte 12 formations. La plus importante est le Kadima, avec 29 sièges, suivi par les travaillistes avec 19. Ehoud Olmert est toujours en négociations avec les autres partis afin de constituer une majorité gouvernementale. Il a officiellement jusqu'au 18 mai pour ce faire. Il s'est dit déterminé à tracer, durant son mandat, les frontières d'Israël et du territoire des Palestiniens, avec ou sans l'accord de ces derniers.

Avec l'Agence France-Presse, la BBC, le Financial Times, Haaretz, le New York Times, Reuters et Times


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