Bordeaux primeurs 2005 : grands vins !
Mots clés : bordeaux

La radiographie du millésime 2005 à Bordeaux? Avant de laisser la parole au professeur Denis Dubourdieu qui exposait cette semaine le «patient» à la presse spécialisée au Château du Tertre à Margaux, sachez que le patient est déjà impatient d'en découdre avec les superlatifs.
Ils fusaient d'ailleurs allègrement dans les coulisses d'un repas orchestré par le chef Thierry Marx pour la famille des crus bourgeois exceptionnels au chic Château Cordeillan-Bages à Pauillac: «Plus, bien plus que 50 % d'augmentation des prix pour l'élite des crus avec une première tranche de primeurs (sur les quatre qui pourraient s'étirer jusqu'en juin prochain) qui devraient aller chercher dans les 200 euros!» L'abstraction pure. «Nous serons plus raisonnables avec pas plus de 10 % de hausse par rapport aux 2004», me confiait pour sa part une jolie dame, membre de la famille nouvellement constituée (neuf au total depuis 2003) des crus bourgeois exceptionnels, qui avait rencontré Denis Marsan de la SAQ l'après-midi même.
Ce qui est sûr, c'est que le fossé se creuse à chaque millésime davantage depuis 2000 entre les «grands» (3 % environ de la production) avec des vins qui ne se boiront pas (vu les prix) et les autres qui ont de plus en plus de difficulté à être bus (vu le contexte actuel de consommation).
Pour le reste, un millésime de rêve. «À la fin de juillet, on savait que c'était très bien parti», avance tout de go un Denis Dubourdieu enthousiaste, avant de poursuivre: «La vigne s'est arrêtée de pousser au bon moment, avant la véraison, au sommet de sa vigueur, comme à l'intérieur d'un rendez-vous magique, évitant du coup de se gaspiller en feuillage inutile. Un déficit hydrique cumulé qui pouvait atteindre de 30 à 50 % selon les zones mais qui n'a pas nui à la plante a, en alternance avec des journées chaudes et des nuits fraîches, favorisé ainsi une importation des solutés dans les jeunes baies. Résultat? Des raisins sains, petits, colorés, très sucrés et fruités, faibles en acide malique, avec des PH satisfaisants.»
Bref, le bonheur est dans le vin: il a déjà une couleur et un fruité mûr mais sans excès, des tanins fins, frais et structurants et une fraîcheur glorieuse qui ajoute à la digestibilité. Surtout, blancs, rouges ou liquoreux («Belle pourriture noble très pure sur baie sucrée et bien acide: l'idéal!» -- Dubourdieu) possèdent cette harmonie parfaite qui se situe à mon sens au-delà des 1990 et des 2000. Très longue garde prévisible.
Une idée des vins
Pas facile début avril de goûter ces 2005 car avec la période de l'équinoxe s'ajoutait le fait que les transformations malolactiques exceptionnellement lentes et tardives cette année laissaient souvent, au final sur les échantillons dégustés (150, tous à l'aveugle), des impressions de mâche plus stricte. Rive Droite, des Pomerol plus homogènes, mieux balancés que les Saint-Émilion Grand Cru aux profils en dent de scie. Je retiens, sans pouvoir hélas tous les nommer, La Conseillante*, La Pointe, La Cabanne, L'Évangile*, La Croix de Gay*, Le Gay*, Beauregard, Clinet*, Vieux Château Certan* , Berliquet, La Tour Figeac, La Dominique*, Figeac, Grand Mayne, Pavie-Macquin*, Canon-La-Gaffelière*, Angelus*, Clos Fourtet, Balestard la Tonnelle*, Pavie*, Lusseau, Montbousquet, Bellevue Mondotte*, Pavie Decesse*, Dassault, Jean-Faure et Cheval Blanc*.
Rive Gauche maintenant, des Pessac-Léognan époustouflants de régularité, en blancs (B) comme en rouges (R), à commencer par quatre Graves: Villa Bel-Air (B+R), Cantegrive (B*+R*), Ferrande (B) et Rahoul. Suivaient: Bouscault (B) Haut-Bailly*, Haut-Bergey (B), Latour-Martillac (B*+R), Smith Haut Lafitte (B*+R*), Picque-Caillou (B*), Pape Clément (R*), Olivier (B+R), Malartic-Lagravière (B +R*), Chevalier (B*+R*), La Louvière (B*), Fieuzal (B*), De France (B) et Carbonnieux (B*+R*). Cinq Sauternes-Barsac dégustés: d'Yquem*, Suduiraut*, Coutet*, Doisy-Daëne* et Raynes-Vigneau*.
Je retiens, à Saint-Estèphe: Phélan-Ségur*, Les Ormes de Pez*, Lafon-Rochet*, Haut-Marbuzet* et Cos Labory. En Haut-Médoc: La Lagune*, Beaumont, Camensac, Belgrave, Citran*, La Tour Carnet. Pauillac: Lynch Bages*, Batailley*, Clerc Milon*, d'Armailhac, Grand- Puy Ducasse*, Haut-Bages Libéral*, Mouton-Rothschild*, Lynch-Moussas, Pichon Longueville*. Saint-Julien: Gloria, Beychevelle, Gruaud-Larose*, Lagrange*, Langoa Barton, Léoville Barton*, Léoville Poyferré*. Listrac-Moulis: Clarke*, Fonréaud, Fourcas-Hosten, Chasse-Spleen, Maucaillou, Poujeaux. Margaux: Siran, du Tertre, Kirwan, d'Angludet*, Rauzan-Gassis, Marquis de Terme, Brane-Cantenac*, Monbrison, Prieuré-Lichine, Rauzan-Ségla, Marquis d'Alesme-Becker.
Bordeaux & bordeaux supérieurs: il y aura ici de belles affaires à prendre sans vous ruiner. Dallau, Damasse, Ducla, Féret-Lambert*, Fleur Haut-Gaussens*, Haut-Gaussens, la Grande Chapelle, Parenchère, Lestrille Capmartin*, Roquefort cuvée Domi Cours* Senailhac*, de Seguin*, Thieuley cuvée Francis Courcelle (B*+R*)et Vilatte*
* Mes coups de coeur.
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Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus.
jean-aubry@vintempo.com
www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir
«L'abus de modération nuit gravement à la consommation!»
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Les vins de la semaine
La belle affaire
Château des Matards blanc 2004, Premières Côtes
de Blaye (15 $ - 477257)
Les 2004 sont déjà «coincés» entre les opulents 2003 et les brillants 2005 et c'est bien pourquoi il faut les considérer. Les prix sont bons, l'esprit, très classique, bref, le type de bordeaux qui s'appréciera plus rapidement, en attendant les autres. Fruité vivant, tendu, un rien exotique, aromatique avec finale bien nette. 1. 3/5
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LeLe pinot noir
Nuits-Saints-Georges 1er Cru les Pruliers, 2002, Domaine Taupenot- Merme (89 $ - 10279535 chez Signature)
Il reste longtemps en bouche. Une chance de mettre de côté un 2002 de longue garde en raison d'un équilibre ici très classique où un fruité mûr, frais, très «Nuits», bien boulonné sur une trame tannique fine mais dense, évolue avec un panache et une interprétation fort convaincants. 3. 4/5.Le vin y gagne avec un séjour en carafe.
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La primeur en blanc
Pouilly-Fuissé V.V.
«Les Reisses » 2002,
R. Denogent (40 $ - 880625)
Avant de percutants 2005 savourés lors de la dernière édition des Grands Jours de Bourgogne, retour de ce 2002 d'une subtilité, d'une vigueur et d'une précision sans faille grâce, entre autres, aux schistes bleus en sous-sol. Toute la vibration minérale du terroir lovée sur un fruité dont je ne me lasse décidément pas. 3. 3 et demi/5. Le vin y gagne avec un séjour en carafe.
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La primeur en rouge
Château Le Puy 2000,
Bordeaux Côtes-de-Francs
(23 $ - 709469)
Il y a quelque chose qui touche à la vérité avec ce vin sans âge, hors des modes, s'attachant, sans le moindre tour de force, à laisser filtrer un fruité comme je les aime. Un rouge tout en souplesse, presque soyeux, aérien, digeste. Pas de fromages trop forts et même pas de fromages du tout, une entrecôte forestière suffira ici. 1. 3/5
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Le vin plaisir
Domaine Gallety 2003,
Côtes-du-Vivarais
(25,55 $ - 918615)
Le meilleur à mon sens de l'appellation et un retour en force pour ce Côtes-du-Vivarais bien coloré, amplement fruité et bien serré avec ses tanins frais, boisés et bien mûrs. Faites une infidélité aux bordeaux pour une fois! Une belle bouteille à servir sur les terrines, pâtés ou, pourquoi pas, un spaghetti à la viande. 2. 3/5. Le vin y gagne avec un séjour en carafe.
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