Urgence politique en Irak
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Visite-surprise de Condoleezza Rice et Jack Straw à Bagdad pour trouver une issue à l'impasse

Photo: Agence France-Presse
Les pressions se sont accentuées sur le premier ministre Ibrahim al-Jaafari, dont plusieurs dirigeants, notamment le chef du principal parti de l'Alliance irakienne unifiée (AIU) dont fait partie Jaafari, ont réclamé la démission afin de permettre un consensus national.
Bien qu'ils ne l'aient pas dit publiquement, il semble que Rice et Straw étaient porteurs d'un message similaire. Les dirigeants des minorités sunnite et kurde refusent de participer à un gouvernement dirigé par Jaafari et ils demandent à ce qu'un autre Chiite soit proposé comme premier ministre.
Le malaise était palpable lors du bref échange entre Rice et Jaafari sous l'oeil des journalistes, tandis que des pluies torrentielles s'abattaient à l'extérieur. Les sourires étaient crispés, les gestes, maladroits.
Cependant, on n'attend aucune annonce importante à l'occasion de cette visite. Irakiens, Américains et Britanniques feront attention de ne pas donner l'impression que le successeur de Jaafari, qui a été élu, aura été choisi par Washington et Londres. «Le fait que allions discuter avec les dirigeants irakiens montre à quel point nous jugeons urgente la formation d'un gouvernement d'union nationale», a dit Rice aux journalistes.
Jaafari a condamné «l'ingérence» américaine dans la nouvelle démocratie irakienne et un collaborateur a dit qu'il était prêt à lutter «jusqu'au bout». Toutefois, ses jours comme premier ministre semblent comptés. Samedi, quatre des sept principales formations de l'AIU avaient ouvertement demandé la démission de Jaafari s'il ne parvenait pas dans les prochains jours à rassembler les communautés irakiennes dans un gouvernement.
Hier, Djalal a Dine al Saghir, un parlementaire du Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak (CSRII), le plus important parti de l'AIU, a réclamé la démission de Jaafari.
«Le candidat retenu devrait faire consensus et être accepté sur le plan international», a-t-il dit. «Ce n'est qu'un début et d'autres appels suivront», a-t-il ajouté.
Le CSRII avait jusqu'ici fermement soutenu en public Jaafari depuis que, avec le soutien du religieux chiite Moqtada al Sadr, il a battu d'une seule voix le candidat du CSRII lors d'un scrutin interne, en février. Mais en privé, le parti tentait d'écarter Jaafari sans faire éclater l'Alliance, créée sous la conduite du Grand Ayatollah chiite Ali al Sistani.
Rice a rencontré le vice-président Adel Abdoul Mahdi, qui avait été en février le candidat perdant du CSRII et qui pourrait remplacer Djaafari. «C'est magnifique de vous voir», a dit Mme Rice sur un ton très chaleureux.
Prié de dire si Washington et Londres comptaient obliger Jaafari à démissionner et contraindre l'AIU à désigner un candidat acceptable pour les sunnites et les Kurdes, M. Straw a répondu: «Nous reconnaîtrons et respecterons quiconque émergera comme le chef au moyen de ce système.»
Près de quatre mois après les élections, il a cependant affirmé qu'ils escomptaient désormais des avancées rapides.
En coulisses, responsables britanniques et américains ne cachent pas le fait qu'Jaafari n'est plus pour eux l'homme de la situation. «Il est important que Washington et Londres fassent connaître de temps en temps leur position», a estimé Mme Rice, démentant par ailleurs toute ingérence anglo-américaine dans les affaires irakiennes.
Un responsable de l'ambassade britannique a affirmé que les deux ministres ne participeraient pas avant aujourd'hui à une conférence de presse à Bagdad. Ils ont d'ici là un emploi du temps chargé de réunions avec les dirigeants kurdes, sunnites et chiites.
Straw a souligné pour sa part combien les États-Unis et la Grande-Bretagne avaient investi en Irak et combien ils souhaitaient une stabilisation de la situation dans ce pays, où sont déployés 130 000 militaires américains et 8000 Britanniques.
Irak «vulnérable»
À sept mois des élections au Congrès américain, Bush a besoin de nouvelles positives d'Irak pour le public. Or les violences se sont nettement intensifiées sur le terrain ces six dernières semaines, depuis l'attentat qui a détruit la Mosquée d'or de Samarra, un important sanctuaire chiite.
Mme Rice a affirmé que l'Irak était «vulnérable» après plusieurs années de tensions entre les communautés contenues par le régime de Saddam Hussein. Elle a accusé le chef d'al-Qaïda en Irak, Abou Moussab al Zarkaoui, de fomenter la guerre civile.
Pour les dirigeants étrangers comme irakiens, un gouvernement d'union nationale est le seul moyen de dépasser ces tensions avant qu'elles ne dégénèrent en un véritable conflit armé ouvert.
Les détracteurs de Jaafari affirment qu'il n'a pas su protéger l'économie lors de son année passée en tant que premier ministre par intérim.
Lors de leurs discussions avec le président Jalal Talabani, Mme Rice et M. Straw ont souhaité voir un premier ministre capable d'unir les Irakiens et ils ont dit que Jaafari ne convenait pas à cet égard, dit-on de source politique irakienne.

