France - L'épreuve de force sur le contrat-jeunes se radicalise

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AFP
Édition du lundi 03 avril 2006

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Pour la première fois, le chef de file des socialistes, François Hollande, appelle les Français à manifester

À la pointe du combat, les étudiants et les lycéens, qui ont fait ces derniers jours des opérations coup-de-poing (occupations de gares, blocages de routes), ont appelé hier à une grève générale «reconductible» à partir de demain.

Photo: Agence France-Presse

Paris -- L'épreuve de force sur le contrat-jeunes se radicalise en France et devrait culminer demain avec de nouvelles manifestations massives qui font craindre des débordements, après le rejet par les syndicats, les étudiants et la gauche d'un plan de sortie de crise de Jacques Chirac.

Pas convaincus, comme une majorité de Français, par la voie tracée par le chef de l'État, les opposants au contrat première embauche (CPE) comptent sur la nouvelle journée d'action du 4 avril, la cinquième en deux mois, pour faire plier M. Chirac et son premier ministre Dominique de Villepin. Pour la première fois, le chef de file des socialistes, François Hollande, a appelé à manifester, tandis que la crise a ressoudé les partis de gauche à un an de la présidentielle.

Le principal syndicat, la CGT, a jugé qu'il y avait «encore plus de raisons de conforter l'unité et d'amplifier la mobilisation» avec la journée de demain, qui devrait de nouveau largement perturber l'activité du pays.

Le 18 mars, entre un et trois millions de personnes étaient descendues dans les rues contre le CPE qui permet à un employeur de licencier un jeune pendant une période d'essai de deux ans sans donner de justification.

Les transports publics seront de nouveau perturbés demain. Tant le secteur public (cinq millions de personnes) que le privé sont appelés à des grèves. À la pointe du combat, les étudiants et les lycéens, qui ont fait ces derniers jours des opérations coup-de-poing (occupations de gares, blocages de routes), ont appelé à une grève générale «reconductible» à partir de demain.

Pour un retrait «pur et simple»

L'intersyndicale exige le retrait «pur et simple» de la loi instituant le CPE et publiée hier au Journal officiel par le chef de l'État qui a cependant demandé qu'elle soit immédiatement modifiée. M. Chirac a assuré vendredi avoir «entendu les inquiétudes» soulevées par le CPE. Mais la loi ayant été votée par le Parlement et validée par le Conseil constitutionnel, il a estimé être dans l'obligation de la promulguer.

Ménageant Dominique de Villepin, qui a fait du CPE un combat personnel, il a estimé que cette mesure pouvait être «un instrument efficace pour l'emploi». Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, qui avait prôné la suspension du CPE, a soutenu le plan du président.

Rival de M. de Villepin à l'investiture de la droite pour la présidentielle de 2007, il apparaît comme le vainqueur de l'épreuve et ses proches pavoisent. «Chirac a été sur la ligne de Sarkozy», disent-ils dans Le Journal du Dimanche dans les colonnes duquel M. de Villepin reconnaît implicitement avoir commis certaines erreurs.

Le CPE doit permettre, selon le gouvernement, de lutter contre le chômage élevé des moins de 26 ans, de 23 % en moyenne et qui atteint jusqu'à 40 % dans certaines banlieues pauvres, théâtres d'émeutes en novembre. Ses opposants l'accusent d'instaurer une précarité généralisée pour les jeunes.

Craignant les conséquences de ce conflit marqué par l'irruption de casseurs très violents, les Français ne semblent pas vouloir suivre la voie du gouvernement. Selon un sondage CSA publié hier, 62 % d'entre eux n'ont pas été convaincus par M. Chirac et 54 % souhaitent que le mouvement continue «jusqu'au retrait du CPE».

«Entre Chirac et les Français, le fossé se creuse», a commenté le quotidien populaire Le Parisien. Le premier ministre a réuni dès samedi les principaux dirigeants de la majorité de droite pour mettre en oeuvre les modifications prévues sur les deux points les plus controversés du CPE: la durée de la période d'essai, qui pourrait être ramenée de deux ans à un an, et les modalités de licenciement pendant cette période.

Les députés du parti au pouvoir UMP veulent préparer avec les syndicats une nouvelle proposition de loi qui pourrait être adoptée en «avril-mai», mais le dirigeant du syndicat CFDT François Chérèque a d'ores et déjà averti qu'il n'accepterait pas de «débattre des aménagements qu'on a refusés à Dominique de Villepin».


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