Élections anticipées en Thaïlande - L'appel au vote blanc semble avoir été entendu à Bangkok

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Reuters
Édition du lundi 03 avril 2006

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Deux femmes de la province de Chiang Mai cherchent leur nom sur la liste électorale.

Photo: Agence Reuters

Quelque 45 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes hier en Thaïlande pour des législatives anticipées convoquées par Thaksin Shinawatra pour renforcer sa position devant un large mouvement de contestation. Le scrutin d'hier a été boycotté par l'opposition, qui a appelé ses partisans à voter blanc.

Bangkok -- Les premiers résultats des élections législatives anticipées d'hier en Thaïlande font apparaître que le boycottage observé par l'opposition risque de priver le premier ministre Thaksin Shinawatra d'un mandat ferme et de déboucher sur une crise constitutionnelle.

Dans près de 70 % des 339 circonscriptions concernées, les candidats du Thai Rak Thai (TRT, «Les Thaïlandais aiment les Thaïlandais», le parti de Thaksin), n'avaient pas d'adversaires. En outre, dans nombre d'entre elles, le taux de participation pourrait ne pas atteindre les 20 % des électeurs inscrits nécessaires pour légitimer l'élection. Dès lors, ces sièges ne seront pas pourvus, ce qui risque d'empêcher la formation d'un nouveau gouvernement.

Les opposants à Thaksin avaient appelé les électeurs à voter blanc en cochant la case «pas de vote» sur leur bulletin, une stratégie qui semble avoir réussi à Bangkok. Après dépouillement de la moitié des suffrages dans la capitale, on relevait une majorité de votes blancs, a rapporté la chaîne d'information 7. Les résultats de Bangkok sont habituellement les premiers à être connus. Mais Thaksin recrute la majorité de ses électeurs dans les campagnes et, d'après les premiers résultats, il y a recueilli un important soutien, assez pour obtenir à nouveau une large majorité.

Les médias thaïlandais ont fait état d'un taux de participation de 70 % des 45 millions d'électeurs, contre 73 % aux élections de février 2005. Les résultats officiels définitifs sont attendus ce soir.

Thaksin a transformé ce scrutin en référendum, promettant de démissionner si son parti remportait moins de 50 % des suffrages. Cette perspective paraît peu probable tant il jouit d'un fort soutien dans les campagnes, qui bénéficient de subventions et d'un système de santé très généreux depuis que Thaksin a pris la tête du gouvernement en 2001.

Le boycottage de l'opposition, qui reproche à Thaksin son affairisme et des abus de pouvoir, devrait cependant empêcher les élections de répondre à tous les critères de constitutionnalité, notamment à celui qui impose l'élection des 500 députés avant la formation du prochain gouvernement.

Cent députés sont élus par un scrutin de liste proportionnel et les 400 autres dans autant de circonscriptions. Dans une circonscription de Bangkok, aucun candidat n'était en lice. Le candidat du TRT, qui se présentait sans opposant, a en effet été disqualifié à la dernière minute. «Le scrutin va déboucher sur une impasse qui va se prolonger pendant des mois. L'issue est très incertaine», a prévenu le politologue Somjai Phagaphasvivat.

Le TRT devrait notamment éprouver des difficultés dans les 14 provinces du sud de la Thaïlande, où il n'avait réussi à élire qu'un seul député en 2005.

La police a fait exploser une petite bombe découverte devant un bureau de vote de Pattani, l'une des trois provinces du sud du pays en proie depuis janvier 2004 à des violences de rebelles musulmans. Quatre membres des forces de sécurité ont par ailleurs été blessés après la fermeture des bureaux de vote dans le Sud dans l'explosion de deux bombes actionnées par des téléphones portables.

Thaksin, que l'opposition accuse de corruption et d'abus de pouvoir, a invité samedi ses adversaires à accepter le résultat du scrutin, qu'il a organisé pour mettre fin aux manifestations de rue réclamant sa démission.

«Après les élections, tout le monde devrait se serrer la main. C'est comme en sport. Lorsque l'arbitre siffle la fin du match, il faut se serrer la main», a déclaré le premier ministre. Cependant, il a laissé entendre hier que sa patience avait des limites. «Il est temps de rétablir la loi et l'ordre», a-t-il dit.

Thaksin, dont le parti contrôle depuis 2005 la plus importante majorité jamais élue en Thaïlande avec 377 députés, est confronté depuis plusieurs mois à des manifestations d'opposants, réunis au sein de l'Alliance populaire pour la démocratie. Celle-ci reproche notamment au premier ministre la vente par sa famille de ses parts dans son empire de télécommunications, pour 1,9 milliard de dollars exonérés d'impôts. Malgré la crainte de violences, les manifestations contre Thaksin ont été généralement pacifiques, et l'opposition a décrété un week-end de trêve à l'occasion du scrutin.


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