Retour des gros prix à la pompe
Mots clés : essence, prix
Le litre d'essence coûtait 1,09 ¢ à Québec et 1,10 ¢ à Montréal hier
La période estivale n'est même pas commencée que les prix de l'essence font déjà des pirouettes à la pompe. Jusqu'où grimpera le litre cet été? S'il est difficile de répondre à cette question, affirmait hier l'industrie, le principal pourfendeur des pétrolières avançait pour sa part une fourchette de 1,15 $ à 1,40 $ en blâmant surtout les spéculateurs du marché.Deux principaux facteurs expliquent le mouvement des derniers jours, a dit hier le porte-parole de l'Institut canadien des produits pétroliers, Carol Montreuil. D'abord, il y a eu cette menace iranienne de suspendre les exportations pétrolières en guise de représailles dans le conflit entourant son programme nucléaire. Ensuite, les violences au Nigeria ont perturbé la production. Après quelques semaines de hausses, le cours du brut s'est finalement calmé hier lorsque Téhéran a promis de ne pas mettre sa menace à exécution. Il a terminé la journée à 66,63 $US à New York.
En second lieu, des raisons juridico-environnementales ont poussé l'industrie à retirer une composante de l'essence, le MTBE, pour la remplacer par de l'éthanol d'ici mai. Or, on se demande si les producteurs d'éthanol, fait à base de maïs, ont les moyens de combler cette demande. Face à ce questionnement, certains grands joueurs du marché achètent en grande quantité, ce qui fait grimper le prix de l'essence en Bourse. Hier à New York, le gallon d'essence a clôturé à 1,99 $US, en hausse de 20 % sur un mois.
Peut-on présumer que le litre donnera à nouveau des maux de tête cet été? Combien l'automobiliste paiera-t-il? «C'est difficile comme question», a dit M. Montreuil. «Mais ce qu'on peut dire, c'est que le diagnostic à ce stade-ci de la saison n'est pas positif. Aura-t-on des prix supérieurs à 1,47 $ comme pendant Katrina? Je pense qu'il serait prématuré de faire de telles prédictions.»
Uniquement la spéculation
Frédéric Quintal, auteur du livre Qui fait le plein?, croit que le litre se vendra entre 1,15 $ et 1,40 $. Les récentes hausses du prix à la pompe s'expliquent «uniquement» par la spéculation, a-t-il dit hier. «Les performances financières enregistrées pendant Katrina ont eu pour effet d'attirer encore plus de spéculateurs. L'été qui vient sera douloureux.»
Pas besoin de Katrina pour que les prix se remettent à grimper, a-t-il ajouté. «En juillet 2005, lorsque le litre a franchi le dollar ici, tout ce qu'on avait, c'était la prévision d'une tempête tropicale appelée Dennis qui se dirigeait peut-être vers la Nouvelle-Orléans. Juste des projections, c'est suffisant.»
Pour bien comprendre l'ampleur du phénomène spéculatif, M. Quintal a fait état des récents propos d'un ancien haut-placé d'une compagnie pétrolière européenne selon lequel il se transigeait l'an dernier environ 200 millions de barils par jour à la Bourse Nymex, alors qu'en fait la consommation mondiale est de 85 millions de barils.
Hier, ces mêmes spéculateurs ont tendu l'oreille à Téhéran, qui a confirmé qu'il n'utiliserait pas l'arme pétrolière dans la crise autour de son programme nucléaire. Le baril de brut à cédé 52 ¢US pour terminer à 66,63 $US. «Nous pensons que l'approvisionnement énergétique est vital pour le monde. Nous resterons fidèles à notre obligation de répondre aux besoins énergétiques de nos partenaires», a déclaré le ministre Manouchehr Mottaki. «Nous n'allons pas utiliser l'énergie comme un levier politique.»
Ces déclarations ont rassuré le marché au lendemain du rejet par Téhéran de la demande du Conseil de sécurité des Nations unies de suspendre, d'ici un mois, son enrichissement d'uranium. Les courtiers craignent qu'en cas de sanctions économiques contre l'Iran, le pays, quatrième producteur mondial, ne décide de suspendre ses exportations de brut et crée ainsi une pénurie sur le marché.
Ces inquiétudes sont fondées, selon Bart Melek, analyste chez BMO Nesbitt Burns. «Cependant, cela pourrait prendre beaucoup plus que 30 jours» avant que des sanctions «soient même envisagées, car la Chine et la Russie recherchent d'autres solutions».
Par ailleurs, «un autre facteur retenant les acheteurs sur la touche est la nouvelle selon laquelle une partie de la production nigériane qui avait été coupée est en train de redémarrer», a remarqué Mike Fitzpatrick, analyste à la Fimat. La production de pétrole d'Agip dans la région du Delta, au sud du Nigeria, est revenue à la normale deux semaines après le sabotage d'un oléoduc de la région.
Le Devoir avec l'Agence France-Presse
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