De Easy Rider à 50 Cent
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Photo: Jacques Nadeau
La principale tâche de la criminologue consiste à démystifier le phénomène, à le ramener à des proportions réalistes. «Être en gang ou faire de la délinquance à l'adolescence, c'est commun. On évalue à plus de 90 % annuellement la proportion d'adolescents qui commettent des délits pouvant les conduire devant les tribunaux», dit-elle.
Les jeunes sont tentés par l'expérience des gangs. Elle fait même partie de leur processus de socialisation, comme l'ont illustré les anthropologues Gilles Bibeau et Marc Perreault dans La Gang: une chimère à apprivoiser. Système de défense, instrument de choix pour accéder à la réussite sociale, le gang fait à la fois basculer le jeune dans la petite criminalité en même temps qu'il lui permet de se réinventer une position de gagnant dans la société.
Dans huit cas sur dix, les jeunes vont décrocher au bout d'un an, incapable de déployer la violence nécessaire pour préserver leur statut. Car le pouvoir d'un individu au sein du gang dépend de sa violence. La première raison d'entrer dans les gangs est aussi la première raison d'en sortir. Les jeunes y adhèrent pour se protéger contre le taxage ou les attaques des autres. Et ils les désertent quand ils réalisent que cette agressivité finit toujours pas les rattraper, se retourner contre eux, leur famille et leurs amis.
À Montréal, les gangs regroupent environ 500 jeunes, en incluant les «wannabe», ceux qui rêvent de devenir des petits caïds comme le rappeur 50 Cent. Cet ancien vendeur de crack a vendu plus de dix millions d'exemplaires de son premier album, Get Rich or Die Tryin', dont l'esprit morbide se résume à «chasser le nègre comme si c'était un sport, et s'arranger pour que sa mère récupère le cercueil».
Une cinquantaine d'individus font partie du «noyau dur». Récidivistes impénitents, ils ont choisi la voie du crime. Âgés d'une vingtaine, voire d'une trentaine d'années, ils évoluent dans des groupes criminels organisés qui ne s'apparentent plus vraiment aux gangs de rue.
Une kyrielle de cellules informelles au leadership changeant complètent ce tableau. Ils s'identifient soit aux rouges (Blood), soit aux bleus (Crips), comme aux États-Unis, bien qu'il n'existe aucun lien entre les bandes locales et celles américaines. La majorité des jeunes faisant tourner leurs foulards bleus ou rouge dans les stations de métro ou les cours d'écoles le font par mimétisme. «Même si un jeune est déguisé en rouge de la tête aux pieds et te dis "yo! man, je suis un Blood", il ne te dit rien, sinon qu'il est dans un environnement où ce qu'il voit est rouge», résume Mme Fredette.
Une minorité de jeunes commettent de graves crimes contre la personne au sein des gangs, dit Mme Fredette. Mais les perceptions du public sont à l'effet contraire. Neuf Montréalais sur dix veulent que la police s'attaque en priorité aux gangs en 2006, selon un sondage mené par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). «Socialement, on a toujours eu peur de nos jeunes», déplore Mme Fredette.
Au Centre jeunesse de Montréal, l'équipe gangs et délinquance compte moins d'une dizaine de personnes. Le suicide chez les jeunes fauche une trentaine de Montréalais de moins de 18 ans, bon an mal an. Ce fléau est beaucoup plus préoccupant que les gangs de rue pour les services sociaux.
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