Un CHUM réalisé en PPP ne serait pas moins coûteux
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Le directeur de l'institution n'y voit pas de solution miracle
Au moment où le gouvernement Charest semble de plus en plus enclin à emprunter la voie des partenariats public-privé (PPP) pour construire les deux hôpitaux universitaires, la direction du CHUM se montre réticente devant cette solution, présentée comme une panacée au manque de fonds publics.Le directeur du CHUM émet ces bémols à la suite de voyages effectués au début de l'année en Europe, notamment à Londres et à Paris, où il a eu l'occasion d'observer de près d'imposants projets de construction d'hôpitaux réalisés par le biais de partenariats public-privé (PPP).
Ces bémols surviennent alors qu'hier, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, réaffirmait à l'Assemblée nationale son «préjugé très favorable» à l'égard du modèle des PPP pour construire le CHUM. La résidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a quant à elle rappelé que le Royaume-Uni vient de donner le feu vert à des projets d'investissements d'une valeur de 22 milliards de dollars dans les hôpitaux qui seront réalisés par le biais de PPP.
Pourtant, le directeur du CHUM n'y voit pas de solution miracle. Le Dr Roy a notamment étudié le projet de l'hôpital Barts and Royal de Londres, construit en PPP, qui deviendra l'hôpital britannique le plus imposant et sera doté de l'urgence la plus vaste d'Europe.
Aux yeux du directeur du CHUM, un des grands désavantages des PPP porterait notamment sur la question des délais puisqu'on estime à au moins 24 mois le temps nécessaire uniquement pour dresser les laborieux contrats préparatoires à l'amorce d'un projet en PPP, avant même de creuser la première pelletée de terre.
«Ce sont des délais minimaux car tout doit être prévu dans le moindre détail», a affirmé le Dr Roy.
D'ailleurs, le CHUM a lancé un appel d'offres afin de trouver un consultant qui dressera le plan d'affaires que lui réclame l'Agence des partenariats public-privé pour décider si le projet du CHUM empruntera ou non cette voie. Dans le meilleurs des scénarios, ce plan serait prêt à l'automne prochain, et c'est seulement à ce moment-là que l'Agence des PPP avalisera ou non un projet de CHUM réalisé en partenariat avec le privé.
Pas moins coûteux
Par ailleurs, le directeur du CHUM estime qu'un projet réalisé en PPP ne serait pas assurément moins coûteux. Par contre, celui-ci aurait l'avantage de faire assumer les principaux risques par les partenaires privés. En fait, a dit le Dr Roy, le recours aux PPP appert surtout avantageux dans le cadre de projets d'une valeur oscillant autour de 200 millions, comme le démontre l'expérience européenne. Mais il l'est moins lors de mégaprojets nécessitant des investissements de plus de 1,5 milliard, comme celui du CHUM.
Par ailleurs, comme Le Devoir l'indiquait hier, le fait de confier la construction au secteur privé refroidit actuellement l'engouement du milieu des affaires et des donateurs privés, où on doit pourtant recueillir 200 millions de dollars au bas mot pour boucler le budget de construction, a renchéri le Dr Roy.
«Les donateurs ne sont pas intéressés à donner à une compagnie qui va faire de la brique et du béton. D'ailleurs, notre campagne de financement commune avec McGill est au statu quo tant qu'on ne saura pas si on va ou non en PPP», a-t-il précisé.
L'abandon du site de la gare de triage d'Outremont en faveur du 1000, rue Saint-Denis, aurait aussi vexé plusieurs gens d'affaires influents qui appuyaient ouvertement ce projet et qui se montrent maintenant moins empressés de délier les cordons de leur bourse.
Un écart qui rétrécit
En ce qui a trait aux coûts de construction, le Dr Roy a confirmé l'écart de 500 millions qui sépare toujours les évaluations faites par son équipe et celle de Clermont Gignac, le responsable de l'exécution des projets d'hôpitaux universitaires. D'un budget estimé par le CHUM à 1,135 milliard en 2003, la note grimperait désormais à 1,692 milliard en 2006, selon l'émissaire du ministère de la Santé.
Mais selon le Dr Roy, cet écart se réduit substantiellement si on tient compte de l'inflation qui a couru depuis trois ans, de l'augmentation de 50 à 57 millions du coût des terrains à acquérir et de plusieurs contingences qui ne pourront être éclaircies que lorsque les plans architecturaux seront dressés. L'écart véritable entre la demande du CHUM et celle du gouvernement se réduirait plutôt à 150 millions, a-t-il dit.
Il reste que pour se rapprocher des demandes de Québec, le CHUM a déjà sabré dans certains pans de son projet, notamment en éliminant un amphithéâtre de 500 places (de deux à trois millions), en retirant un cyclotron prévu pour alimenter ses appareils à émission de positrons (15 millions) et en étalant dans le temps la construction de son centre de recherche. «Mais nous ne bougerons jamais sur les 700 lits», a insisté le Dr Roy.
Par ailleurs, la direction du CHUM estime être en mesure de réduire les dépenses de 67 millions en éliminant les taxes si jamais la construction est prise en main par la Caisse de dépôt et placement du Québec ou par le bras immobilier du gouvernement, la Société immobilière du Québec (SIQ). La vente d'immeubles inutilisables, appartenant aux ex-hôpitaux ou situés sur les terrains qui seront acquis autour du site Saint-Luc, pourrait aussi rapporter 25 millions au bas mot au CHUM, a affirmé le Dr Roy.
Dans cette veine, le CHUM entend acquérir au cours des prochaines semaines les terrains situés au sud de l'hôpital Saint-Luc appartenant à Vidéotron, aux Coopérants et à l'église du Saint-Sauveur.
Coûts de transition
Mais même avant de dépenser des milliards pour construire le CHUM de demain, plusieurs investissements sont d'ores et déjà nécessaires pour assurer une transition en douceur. Un plan de transition préparé par le CHUM prévoit d'investir 33 millions pour moderniser les équipements dans les hôpitaux actuels et 18,5 millions pour mettre à jour les équipements. On investira notamment 17 millions dans les blocs opératoires de l'Hôtel-Dieu pour les maintenir au niveau des standards actuels de la médecine.
Selon le Dr Roy, ces dépenses de transition sont essentielles. Il ne s'agit pas d'argent jeté par les fenêtres. «Plusieurs de ces équipements seront récupérables et serviront dans le nouveau CHUM. Quand aux dépenses pour la modernisation des locaux, elles sont essentielles pour que les soins restent à niveau», a-t-il dit.
Pour mieux affronter cette période de transition d'ici 2010, le CHUM a déjà décidé de concentrer toutes ses spécialités fondamentales dans un seul des trois hôpitaux actuels et de définir trois axes de recherche principaux, dont la médecine génomique, la recherche clinique et l'imagerie médicale.
Avec la collaboration de Robert Dutrisac
Vos réactions
1ere réaction devrait se lire: Les PPP sont plus couteux et donc moins risqués - par Érik Michaud (egmichau@videotron.ca)
Le samedi 01 avril 2006 21:00
Les PPPs ne sont plus couteux et donc moins risqués - par Érik Michaud (egmichau@videotron.ca)
Le vendredi 31 mars 2006 09:00
Méga-hôpitaux ou Folie des grandeurs - par Francine Jacques
Le jeudi 30 mars 2006 14:00

