Ottawa coupe les vivres au Hamas

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Alec Castonguay
Édition du jeudi 30 mars 2006

Mots clés : hamas

L'aide sera toutefois maintenue dans des domaines comme l'éducation, l'aide humanitaire et l'accès à l'eau potable

Ottawa -- Le gouvernement du Canada a réagi avec force hier à l'entrée en scène d'un gouvernement palestinien dirigé par le Hamas, celui-ci étant toujours considéré comme une organisation terroriste par Ottawa. Le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, et la ministre de la Coopération internationale, Josée Verner, ont annoncé que le Canada coupe immédiatement les vivres à l'Autorité palestinienne, même s'il continuera à verser les sommes destinées aux ONG qui oeuvrent en territoire palestinien. De plus, Ottawa refuse d'établir des liens diplomatiques avec le premier ministre palestinien, Ismail Haniyeh, ainsi que son conseil des ministres.

Lundi, le Parlement palestinien a approuvé à 71 voix contre 36 la proposition de cabinet du Hamas. Hier, ce nouveau gouvernement a été officiellement assermenté à Ramallah. Cette prise du pouvoir a aussitôt été dénoncée par Ottawa, qui a ajouté à sa déclaration des mesures de représailles contre l'Autorité palestinienne.

Le Canada verse chaque année environ 25 millions de dollars en aide de toute sorte aux Palestiniens, dont 7,3 millions transitent directement entre les mains du gouvernement. Le reste de cette somme, soit 17,7 millions, est remis à des organisations non gouvernementales comme l'ONU, la Banque mondiale ou Oxfam. Ottawa cessera donc de verser la somme de 7,3 millions, une somme principalement destinée à la construction ou à la reconstruction de maisons.

À l'Agence canadienne de développement international (ACDI), on précise que d'autres sommes étaient en partie destinées à l'Autorité palestinienne à travers des projets précis et que ces projets seront modifiés afin de s'assurer que l'AP ne touche rien. L'ACDI prévient également les ONG financées par Ottawa que tous les projets sur le terrain devront dorénavant être menés sans le concours de l'AP, sans quoi les fonds seront coupés.

Dans la foulée, le gouvernement canadien a annoncé qu'il refusait d'établir des liens diplomatiques avec le nouveau conseil des ministres du Hamas. Le ministre Peter MacKay a soutenu que tant et aussi longtemps que le Hamas affirmera vouloir poursuivre ses activités terroristes et qu'il continuera de prôner la destruction d'Israël, le Canada ne reviendra pas sur sa décision. Toutefois, Ottawa continuera de dialoguer avec le président de l'AP, Mahmoud Abbas, considéré comme un modéré issu d'un autre parti politique, le Fatah (fondé par Yasser Arafat).

«Nous allons maintenir notre aide directe aux Palestiniens, notamment dans des domaines comme l'éducation, l'aide humanitaire et l'accès à l'eau potable. Mais tant que la position du Hamas ne changera pas, il n'y aura pas de contact direct et certainement pas d'aide financière à l'Autorité palestinienne», a expliqué Peter MacKay.

En fait, le gouvernement fédéral craint que son argent ne soit utilisé à des fins terroristes. «On présume qu'il [le Hamas] utiliserait cet argent pour le type d'opérations qu'il mène déjà sur le terrain. Et, comme vous le savez, le Hamas est une organisation terroriste. On ne peut pas envoyer de l'argent à une organisation qui refuse de renoncer à ses activités violentes», a soutenu le ministre MacKay.

Interpellée à sa sortie du caucus conservateur pour commenter cette décision de l'ACDI, qui relève de son propre ministère, Josée Verner s'est sauvée au pas de course dans un escalier pour ne pas avoir à répondre aux questions des journalistes, et ce, même si elle avait cosigné le communiqué de presse officiel.

La bonne décision?

La somme de 7,3 millions de dollars que le Canada ne versera plus n'est toutefois pas un gros morceau pour l'Autorité palestinienne, dont les revenus totaux s'élèvent à environ 900 millions de dollars par année. Par contre, si d'autres pays emboîtent le pas du Canada, la situation pourrait devenir délicate. Déjà, Israël a cessé de remettre à l'Autorité palestinienne les 40 à 50 millions de dollars qui proviennent de certaines taxes chaque mois.

La fragilisation des finances de l'Autorité palestinienne est-elle le bon choix politique dans les circonstances? Les avis sont partagés. Lors de son passage à Ottawa, où il a rencontré quelques médias, dont Le Devoir, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a soutenu que les pays occidentaux devaient continuer d'aider l'AP. «Il est nécessaire d'aider financièrement l'Autorité palestinienne, a-t-il dit. Ne pas le faire serait une erreur parce que si nous ne la finançons pas, d'autres vont le faire. Ça pourrait être les Iraniens ou encore des organisations chiites extrémistes.»

De fait, au début du mois de février dernier, quelques jours après l'élection-surprise du Hamas, un porte-parole de l'organisation, Osama Hamdan, avait affirmé que le mouvement était déjà en pourparlers avec certains pays musulmans et quelques organismes arabes pour éviter une chute dramatique des revenus de l'Autorité palestinienne advenant une réaction négative des pays occidentaux.

Cette situation fait dire à Francine Lalonde, critique du Bloc québécois en matière d'affaires étrangères, que le Canada a peut-être agi un peu trop vite hier en coupant les vivres à l'AP. «Cette décision est prématurée, a-t-elle dit au Devoir. C'est vrai qu'il faut rester exigeant envers le Hamas pour qu'il adopte des positions différentes, mais il a été assermenté seulement aujourd'hui. D'autres pays d'Europe attendent de voir ce qui va arriver avant de prendre une décision.»

Keith Martin, porte-parole libéral en matière de coopération internationale, n'est toutefois pas de cet avis et appuie le gouvernement. «Je suis d'accord avec l'élimination des fonds canadiens versés au Hamas. Il est important que l'argent ne finance pas cet organisme tant qu'il ne changera pas de position», dit-il.


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