CHUM: l'argent du privé tarde à venir

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Robert Dutrisac
Édition du mercredi 29 mars 2006

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Québec -- En plus de composer avec des dépassements de coûts majeurs qui touchent les super-hôpitaux universitaires, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a reconnu hier que le projet du nouveau Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) suscitait de la «tiédeur» chez les donateurs privés, de qui on attend 300 millions pour ce projet de 1,1 milliard dont le coût a grimpé à 1,6 milliard.

«Il y a eu des discussions et, évidemment, ces discussions n'ont pas toutes été faciles, mais il faut tourner la page», a dit Philippe Couillard avant d'entrer en commission parlementaire.

Des gens d'affaires influents, comme Paul Desmarais Jr, qui appuyaient le projet du CHUM à la gare de triage d'Outremont ne se montreraient guère enthousiastes s'il était question de puiser dans leurs goussets pour contribuer à l'imposante collecte de fonds, projet dont a besoin le CHUM du 1000 Saint-Denis. Cette tiédeur, «elle va se transformer en adhésion puis en collaboration et en engagement également de la part de tous les Québécois, y compris les Québécois du monde des affaires», a assuré M. Couillard.

Pour le président du conseil d'administration du CHUM, Patrick Molinari, il est difficile pour la Fondation du CHUM de solliciter des donateurs quand il n'y a pas de maquette, «pas de trou dans la terre». Mais il croit que les gens d'affaires vont éventuellement mettre leur susceptibilité de côté et participer à la collecte de fonds.

Cette collecte de fonds pourrait toutefois devenir plus ardue si le gouvernement Charest décidait de construire le nouveau CHUM en partenariat public-privé (PPP), estime M. Molinari. «Le choix du gouvernement d'aller en plein PPP pourrait avoir des effets plutôt négatifs sur la générosité des donateurs parce qu'ils se trouveraient, avec leur argent, à financer un promoteur», a-t-il fait observer. Le même argument est valable pour le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), selon lui.

Il y a deux ans, Philippe Couillard voyait dans les PPP un phénomène marginal quand on l'appliquait à la construction des super-hôpitaux universitaires. Le ministre estime aujourd'hui qu'il s'agit d'une avenue à considérer. «Il y a une tendance internationale très nette, dans des pays qui ont des gouvernements de toute orientation politique, d'aller vers ce mode de réalisation pour des projets de grande ampleur», a-t-il dit.

Le comité présidé par Clermont Gignac et chargé d'évaluer les coûts pour les trois nouveaux centres hospitaliers universitaires -- CHUM, CUSM et Sainte-Justine -- a établi que le projet du CHUM, évalué l'an dernier à 1,1 milliard, dont 800 millions devaient provenir de l'État, coûtera 1,6 milliard, a souligné M. Molinari. Dans le cas du CUSM, le dépassement serait de 500 millions, selon La Presse, pour un projet qui totalise maintenant 1,6 milliard.

Pour M. Couillard, il ne faut pas se surprendre de ces hausses de coût. «Si les gens sont surpris, c'est parce que nous utilisons ici une approche très transparente», a-t-il dit.

Le conseil d'administration du CHUM fait une évaluation différente des coûts actualisés que le comité Gignac, a signalé M. Molinari. Il devait d'ailleurs en être question à la réunion du conseil du CHUM hier soir. «Il existe un écart de 200 millions», qui vient du calcul des contingences -- la réserve pour les imprévus -- que fait le comité Gignac, a-t-il souligné. Cette différence «ne pourra pas être tranchée avant l'arrivée des architectes et des ingénieurs. Il va falloir démarrer avec cette inconnue dans le modèle», a indiqué M. Molinari. Pour le conseil du CHUM, la réserve pour contingence s'élève à 120 millions, et l'inflation compte pour 180 millions, pour un total de 300 millions.

Comme tous les projets de construction importants du gouvernement, les projets du CHUM et du CUSM doivent passer par le filtre de l'Agence des partenariats publics-privés, qui doit déterminer si cette formule peut être applicable en l'espèce. Au CHUM, on a déjà commencé à concevoir «un plan d'affaires» pour un PPP qui doit être présenté à l'Agence.

Selon M. Molinari, rédiger un devis de PPP complet, c'est-à-dire un PPP qui comprendrait la construction de l'hôpital, la fourniture de l'équipement et la maintenance pour une période de 35 ans, «c'est évidemment complexe». Cela pourrait retarder le projet dont l'achèvement est toujours prévu pour 2010-2011, estime-t-il.

À l'Assemblée nationale, la chef de l'opposition officielle, Louise Harel, a rappelé, hier, que le premier ministre Jean Charest avait affirmé en décembre dernier qu'il n'y aurait pas de dépassements de coûts et que les promoteurs devaient s'en tenir au budget prévu par l'État, soit 800 millions pour chacun des projets. Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a exigé que le premier ministre retire à M. Couillard la responsabilité de la construction des deux grands centres hospitaliers universitaires.

«Notre philosophie à nous, elle est fort simple: on aime mieux calculer les coûts pour les contribuables avant, plutôt que de voir les contribuables manger les coups après», a répliqué M. Charest.

Yves Lamontagne, président du Collège des médecins du Québec, ne s'étonne pas de voir la note associée aux deux hôpitaux universitaires grimper.

«Plus longtemps ça dure, c'est évident que les coûts augmentent. Plus longtemps on attend, plus les coûts de main-d'oeuvre augmentent».

Le président du Collège se montre par ailleurs tout à fait ouvert à la possibilité de recourir à la formule des PPP pour réaliser les hôpitaux universitaires.

«Je pense que la seule façon que les centres hospitaliers universitaires puissent réussir à se développer, c'est vraiment d'en arriver à un partenariat privé-public. Autrement, juste avec l'argent de l'État, je pense qu'on ne pourra pas y arriver», a commenté le Dr Lamontagne.

Avec la collaboration d'Isabelle Paré


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