Israël: courte victoire pour Olmert

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Christian Rioux
Édition du mercredi 29 mars 2006

Mots clés : kadima

Le retrait unilatéral de la Cisjordanie pourrait être compromis

Jérusalem — C’est une victoire on ne peut plus fragile qu’a remportée hier Ehoud Olmert, le chef du nouveau parti centriste Kadima et successeur d’Ariel Sharon. Avec seulement 28 sièges sur 120 (après le décompte de 99,7% des votes selon la Commission électorale), Olmert n’aura qu’une faible majorité, ce qui pourrait compromettre son programme de retrait unilatéral de la Cisjordanie et d’établissement des frontières permanentes d’Israël d’ici quatre ans. Le chef de Kadima devrait cependant pouvoir former facilement une coalition puisque le bloc des partis du centre et de gauche obtient entre 62 et 66 sièges. «Je suis satisfait des résultats, même si nous aurions pu faire mieux», a déclaré le premier ministre.

En trois mois, l’avance de Kadima a pourtant fondu au soleil, passant d’un résultat projeté de 44 élus à une trentaine seulement. Lorsqu’il était dirigé par Sharon, un des politiciens les plus populaires de l’histoire d’Israël, le Likoud avait obtenu 38 élus à l’élection de 2003. «Mais Olmert n’est pas Sharon», disaient hier les analystes de la scène politique israélienne.

L’autre grand perdant de cette élection est l’ancien parti de Sharon lui-même. Avec seulement 11 élus, le Likoud enregistre un des plus faibles résultats de son histoire. «Nous avons subi un sérieux coup», a admis son chef Benjamin Nétanyahou, qui attribue néanmoins une partie de sa défaite au parti en ruine que lui a laissé Sharon. Nétanyahou a déclaré hier vouloir continuer à diriger le parti, mais il pourrait faire face à une forte contestation.

Le Likoud se retrouve d’ailleurs au cinquième rang derrière les travaillistes, le parti ultra-orthodoxe Shas (13 sièges) et le parti d’extrême droite Yisrael Beiteinu (12 sièges). Dirigé par Avigdor Lieberman, ce parti qui recrute largement dans la minorité russe prône le transfert de populations et l’établissement de frontières ethniques entre Israéliens et Palestiniens.

Le seul grand parti qui sort véritablement gagnant de cette dix-septième élection de l’histoire du pays est le Parti travailliste, dirigé par son nouveau chef, l’ancien syndicaliste Amir Peretz. Avec 20 élus, le Parti travailliste obtient un résultat légèrement en deçà de celui de 2003 et s’impose comme un partenaire de choix de la coalition que formera dès cette semaine Ehoud Olmert. Après avoir mené une campagne centrée sur les questions sociales, les travaillistes pourraient décrocher une bonne partie des ministères sociaux du prochain gouvernement. «C’est une défaite sévère pour Kadima et une victoire pour les travaillistes», a déclaré l’ancien chef du Mossad, Dan Yatom. Le parti sort renforcé dans son choix d’avoir fait campagne sur les questions sociales.

Le vote pour Kadima a largement souffert du haut taux d’abstention qui atteint un record historique. Seulement 63 % des électeurs se sont déplacés. Par ce mardi ensoleillé, il y avait plus de monde dans les magasins que dans les bureaux de scrutin. Signe des temps, le Parti des retraités, qui se présente à chaque élection, entre pour la première fois au parlement, avec huit députés.

«Quel que soit le résultat final, c’est une victoire pour Kadima, a déclaré le ministre de la Défense, Shaul Mofaz. Kadima formera le gouvernement et remplira ses engagements envers les électeurs.» De nombreux membres de Kadima estiment qu’Olmert a malgré tout sauvé un parti qui aurait pu s’effondrer complètement après l’attaque cérébrale qui a frappé Ariel Sharon. «Ce qui est important, c’est que Kadima soit vivant et capable de se battre», a déclaré la ministre de l’Intérieur, Ruhama Avraham.

Ehoud Olmert devrait faire connaître la composition de son gouvernement dès lundi et la chambre sera convoquée dans les jours qui suivent. Mais c’est le projet de retrait unilatéral des territoires occupés de Cisjordanie qui sort le plus égratigné de ce scrutin.

Pour évacuer les territoires, Olmert aura besoin d’une large coalition qui rallie à gauche comme à droite. La question reste posée de savoir si avec une majorité d’à peine une trentaine de sièges, Kadima pourra entreprendre un véritable retrait. Tout dépendra de ses partenaires, qui risquent de vendre chèrement leur appui. Hier soir sur CNN, le politologue Yossi Klein Halevi soutenait qu’Ehoud Olmert ne pourrait pas mettre son programme en œuvre sans passer d’abord par un référendum national.

Parmi les candidats à un gouvernement de coalition, les travaillistes arrivent en tête. Ils sont d’ailleurs prêts à se rallier à l’idée d’un retrait non négocié. Anxieux d’entrer au gouvernement coûte que coûte, les dirigeants du parti Shas (11 élus) ont récemment déclaré que la préservation de toutes les colonies en territoires occupées était une idée «dépassée». Le parti de gauche Meretz (cinq élus) dit pouvoir se résoudre au retrait unilatéral si toute négociation s’avère impossible. Les partis arabes (sept élus) n’y sont pas opposés non plus. Quant aux radicaux de droite d’Israël Beiteinu, partisans d’un redécoupage ethnique, ils pourraient facilement se rallier à cette idée.

En Israël, tous les premiers ministres qui ont posé des gestes historiques de cette importance détenaient cependant des majorités plus confortables. Lorsqu’il s’est retiré de Gaza, Sharon avait une majorité de 40 sièges. Yitzhak Rabin en détenait 44 avant de mettre en branle le processus d’Oslo. Menachem Begin en avait 45 lorsqu’il a abandonné le Sinaï pour faire la paix avec l’Égypte.

«Une coalition de petits partis avec divers programmes rafistolés, écrivait hier le Jérusalem Post, ne permettra pas à Olmert de réaliser le geste dramatique et définitif qu’il propose: le déracinement de 70 000 à 80 000 Juifs dans des colonies fortement teintées d’idéologie et implantées en pleine Cisjordanie, ni de fixer les frontières du pays pour la première fois depuis 1967».

À Ramallah, les représentants du Hamas qui viennent de former leur gouvernement ont estimé que les Israéliens avaient rejeté le programme de retrait unilatéral d’Ehoud Olmert, un programme qui est aussi «rejeté par le peuple palestinien», a déclaré le premier ministre palestinien désigné, Ismail Haniyeh.

Correspondant du Devoir à Paris


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