Mobilisation monstre des anti-CPE - Trois millions de Français dans la rue
Mots clés : manifestations
Les confédérations syndicales ont décliné l'invitation de Villepin à discuter

Photo: Agence France-Presse
Les cinq confédérations syndicales ont décliné la nouvelle invitation du premier ministre à discuter du CPE aujourd'hui sans le retrait préalable du texte.
Douze organisations syndicales de salariés, d'étudiants et de lycéens doivent se retrouver cet après-midi à Paris pour décider de la suite à donner au mouvement.
«La République, ce n'est pas les préalables, ce n'est pas l'ultimatum», a lancé Dominique de Villepin lors de la séance des questions d'actualité à l'Assemblée nationale, la voix couverte par les huées des députés socialistes. De son côté, Jacques Chirac a annulé le déplacement qu'il devait effectuer demain au Havre, «en raison de l'actualité».
Selon les syndicats, cette quatrième journée nationale de mobilisation contre le CPE a été la plus forte depuis le début de la contestation dans la rue, le 7 février. «C'est l'une des plus grandes mobilisations de ce type [manifestations sur l'ensemble du territoire] de la Ve République», a dit un responsable de FO, faisant état de trois millions de personnes dans les rues, dont 700 000 à Paris. Selon la police, 92 000 personnes ont défilé dans les rues de la capitale et un peu plus d'un million en France.
«C'est un raz-de-marée», a lancé le leader étudiant Bruno Julliard. «Il est impensable que le premier ministre reste arc-bouté sur sa position», a estimé le chef de la CGT, Bernard Thibault.
Côte à côte, des fonctionnaires, des salariés du privé, des lycéens et des étudiants ont clamé leur rejet du CPE, mesure phare du plan contre le chômage de M. de Villepin, mais synonyme pour eux de précarisation.
Les manifestations étaient appuyées par des grèves qui ont touché les écoles, les chemins de fer, entraîné l'annulation de 150 vols et perturbé les transports publics dans plus de 70 villes, dont Paris.
Gare du Nord, à Paris, Christophe Murador, 38 ans, trésorier d'une société néerlandaise, s'étonnait que les jeunes de France aient «plus peur d'être licenciés que de trouver du travail». Non loin, Hacer Moussouni, gardien chez Peugeot, disait au contraire comprendre la révolte contre le CPE, après avoir lui-même vécu «dix ans de galère».
Appel à Chirac
Cette mobilisation a surpassé celle des grandes manifestations du 13 mai 2003, pendant le conflit des retraites, et du 12 décembre 1995, contre le plan Juppé de réforme de la protection sociale.
«Ou le gouvernement comprend qu'il ne peut pas laisser le pays sans réponse, ou on continue», a prévenu François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, lors de la manifestation parisienne. La mobilisation a été «au-delà de ce que l'on aurait pu imaginer dans nos chiffres les plus optimistes», a-t-il déclaré.
Devant l'impasse, les appels à Jacques Chirac se sont multipliés. Pour le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, le président de la République ne peut «pas prendre le risque d'un affrontement avec la majorité du pays».
«S'il y en a un qui doit être soucieux de la cohésion nationale, c'est celui qui a été élu par 82 % des Français en 2002», a estimé pour sa part le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault. «Ce qui serait attendu aujourd'hui, c'est que, fort de cet appui républicain, il demande à son premier ministre de revenir à la raison.»
Sur le front des grèves, le mouvement a été suivi à l'Éducation nationale à un niveau comparable à celui du 10 mars 2005, au plus fort du mouvement sur le pouvoir d'achat. Selon Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, le taux de grévistes a dépassé 60 % dans les écoles maternelles et primaires, et atteint 56 % dans les collèges et lycées.
Le ministère de l'Éducation nationale a fait état de 25 universités totalement bloquées et 44 autres perturbées à des degrés divers. De plus, 318 lycées étaient fermés et 1054 perturbés, sur un total de 4300 dans toute la France.
Sans surprise, les transports ont été parmi les plus affectés par l'appel à la grève interprofessionnelle lancée par l'ensemble des organisations syndicales. La banlieue parisienne et les dessertes régionales ont été les plus affectées. La SNCF et la RATP ont cependant signalé des conditions de trafic conformes et parfois supérieures à leurs prévisions. Dans les aéroports, environ un tiers des vols ont été annulés, selon la direction de l'aviation civile.

