France - Dominique de Villepin joue à quitte ou double

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Reuters
Édition du mercredi 29 mars 2006

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Paris -- À quitte ou double: Dominique de Villepin, inébranlable face à la pression de la rue et de son propre camp, assume le pari de la fermeté dans une crise du CPE qui tourne à l'impasse.

Ignoré par les confédérations syndicales et les organisations étudiantes, qui déclinent son offre de dialogue, désavoué par Nicolas Sarkozy, qui exige ouvertement une suspension du contrat première embauche, le premier ministre est confronté au spectre de l'isolement. Le blocage est tel que des voix s'élèvent à gauche et à droite pour réclamer l'intervention du chef de l'État.

Pour Patrik Devedjian, conseiller politique de Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac «jouerait son rôle» en intervenant «parce que la responsabilité de l'État, c'est d'éviter l'affrontement civil».

Le président, qui mesure désormais ses prises de parole sur le CPE, a annulé un déplacement prévu aujourd'hui au Havre «pour ne pas s'éloigner de l'Élysée». «En raison de l'actualité», a-t-on précisé dans son entourage.

Le Conseil constitutionnel doit se prononcer aujourd'hui, vraisemblablement en fin d'après-midi, sur la validité de la loi sur l'égalité des chances qui institue le CPE. En vertu de l'article 10 de la Constitution, le président de la République dispose de 15 jours pour promulguer la loi.

Il a la possibilité, «avant l'expiration de ce délai, [de] demander au Parlement une nouvelle délibération de la loi ou de certains de ses articles». On excluait cette hypothèse à l'Élysée.

Le ministre de l'Intérieur suggère de suspendre dans cet intervalle l'application du CPE afin d'engager une concertation approfondie avec les partenaires sociaux sur toutes les questions liées à l'insertion professionnelle des jeunes et neutraliser ainsi les «oppositions stériles».

Cette proposition, avancée à demi-mots lundi à Douai par le prétendant à l'Élysée, a été approuvée hier par les députés UMP en l'absence de Dominique de Villepin, venu à l'ouverture de la réunion du groupe réaffirmer sa volonté de ne pas céder.

Une centaine de députés et sénateurs «villepinistes» ont lancé en parallèle une «pétition nationale citoyenne» en faveur du CPE et «pour soutenir les efforts du gouvernement». Ces initiatives reflètent les vacillements de la majorité à moins de 13 mois de l'élection présidentielle de 2007, épreuve de vérité pour la droite parlementaire.

«Le premier ministre joue sa peau», concède un proche de Dominique de Villepin, promu au faîte de sa popularité «dauphin» naturel de Jacques Chirac face aux ambitions de Nicolas Sarkozy. Le désaveu populaire dont il est l'objet depuis le début du conflit du CPE confronte la droite -- et, avec elle, le président de l'UMP -- au risque d'un divorce irrémédiable avec l'électorat.


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