Mont Orford: la résistance se durcit

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Alexandre Shields
Édition du lundi 27 mars 2006

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Plus de 2000 personnes ont joint leur voix à celle de la coalition SOS parc Orford hier pour réclamer l'abandon de la privatisation partielle de cette aire actuellement protégée. Les défenseurs du projet se sont également fait entendre, soulignant pour leur part que la qualité de vie et l'avenir des habitants de la région dépendent grandement de ce projet immobilier.

«Avec la force de la population, on peut faire en sorte qu'ils révisent leur décision, qu'ils retirent leur projet de loi spéciale et qu'ils respectent la Loi sur les Parcs», a expliqué la présidente de Memphrémagog Conservation, Gisèle Benoît-Lacasse. Rassemblés devant la mairie du canton d'Orford, les opposants ont réaffirmé leur volonté de s'attaquer en priorité au projet de loi spéciale, une voie de contournement «qui permettrait de vendre des terrains qui appartiennent au public, selon Mélanie Desrochers, membre de la coalition. Pourtant, les arguments économiques invoqués pour justifier le projet n'ont pas encore été prouvés hors de tout doute».

Moins de trois semaines après l'annonce de la vente de 640 hectares de terrains, les opposants ont donc espoir de faire reculer le gouvernement de Jean Charest.

Ils jonglent d'ailleurs toujours avec l'idée d'intenter un recours judiciaire pour l'empêcher d'aller de l'avant.

La coalition SOS parc Orford a pu compter hier sur l'appui du chef du Parti québécois, André Boisclair. «Nous nous opposons à un projet de développement résidentiel dans un parc, c'est contre l'esprit de la loi, c'est contre le principe de développement durable, et je demande à M. Charest de surseoir à ce mauvais projet», a-t-il soutenu. Lors de l'annonce du projet de privatisation, M. Boiclair avait affirmé que le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, avait d'abord répondu à «une commande politique».

Clémence DesRochers, qui a pris la parole devant la foule d'opposants, a d'ailleurs promis à son père, feu Alfred DesRochers, de se battre pour protéger la montagne qu'il aimait tant. Amant de la nature, M. DesRochers avait d'ailleurs publié un recueil de poèmes primé intitulé À l'ombre de l'Orford en 1929. L'auteur-compositeur-interprète Richard Séguin a lui aussi appelé à protéger ce «trésor collectif», tandis que l'écrivaine Marie Laberge a souligné que la protection de la montagne était avant tout une question de «respect». «Respectez-nous», a-t-elle lancé à l'endroit de M. Charest. Farouche opposant au projet, le maire de la municipalité du canton d'Orford, Pierre Rodier, a pour sa part mis en garde le gouvernement contre la tentation de répondre à l'«appétit sans fin des promoteurs sans conscience» sociale. Un des porte-parole de la formation politique Québec solidaire, Amir Khadir, est lui aussi venu donner son appui à la coalition SOS parc Orford.

Les opposants ont également lancé une pétition invitant les libéraux à «respecter la Loi sur les Parcs» et à «renoncer à ces projets de vente de terrain et de loi spéciale afin d'assurer l'intégrité écologique et territoriale du parc national du Mont-Orford». Selon eux, «l'intégrité des 23 parcs nationaux de la province est menacée». Ils ont ainsi recueilli plus de 7600 signatures en quatre jours. Un spectacle-bénéfice est également prévu à Sherbrooke, mais aussi une autre manifestation le 22 avril, à Montréal, dans le cadre de la journée de la Terre. Sujet controversé dans la région, la vente d'une partie de ce parc national fera l'objet d'un débat aujourd'hui, sur les ondes de Radio-Canada, entre tenants et opposants du projet.

S'opposer aux opposants

Le président de la Chambre de commerce et d'industrie Magog-Orford, Pierre Lefebvre, a lui aussi convoqué la presse hier, mais cette fois pour dénoncer les «doctrinaires déconnectés de la réalité» qui tentent de «bloquer tout développement immobilier». Selon lui, les habitants d'Orford «ne sont pas dupes des astuces des opposants qui mènent une campagne de désinformation et de peur et qui prônent l'immobilisme».

M. Lefebvre a souligné que la région avait subi plus de 1700 pertes d'emplois au cours des dernières années, principalement dans le secteur industriel. Il a rappelé que «personne ne conteste le rôle moteur de la station de ski et du terrain de golf pour la vitalité touristique de notre région et, par voie de conséquence, pour sa santé économique». Or, selon lui, il a été clairement démontré que la rentabilité de ces installations n'avait jamais été au rendez-vous. Le président de la Chambre de commerce a d'ailleurs souligné que les stations de ski Bromont, Owl's Head, Sutton et Jay Peak avaient privilégié le développement immobilier.

Rappelant l'intention du gouvernement de doubler la superficie du parc, M. Lefebvre a expliqué qu'«il est tout à fait possible de relever le défi de la rentabilité en s'assurant que les exploitants du domaine skiable aient les coudées franches pour développer tout son potentiel touristique, et ce, à l'année longue. Ceci signifie un développement immobilier ordonné et respectueux de l'environnement».

«Il faut que le bon sens élémentaire prévale contre les discours dogmatiques et la campagne de désinformation des environnementalistes», a en outre ajouté un «professionnel de l'environnement» présent aux côtés de M. Lefebvre, Raymond Cloutier. Selon lui, la présence d'infrastructures récréatives constitue déjà un obstacle à la préservation de l'intégrité écologique du domaine skiable du parc national du Mont-Orford.


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