La bataille des «contrats-jeunes» en France - Villepin et les syndicats campent sur leurs positions
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Photo: Agence Reuters
Selon Bernard Thibault, leader de la CGT (premier syndicat du pays), les dirigeants des cinq principales organisations syndicales reçues pendant une heure à Matignon sont restés unanimes à considérer le retrait comme la «seule réponse possible» à la crise actuelle. Ils ont maintenu leur appel à une journée de grèves et de manifestations mardi, laquelle risque de paralyser le pays.
M. de Villepin a déclaré de son côté qu'il s'agissait d'une «première étape» et qu'il souhaitait poursuivre les discussions «dans les prochains jours» avec les syndicats. Il a aussi indiqué qu'il allait rencontrer aujourd'hui les organisations d'étudiants.
Les leaders syndicaux avaient dénoncé, dès leur arrivée à Matignon, des propos tenus par le président Jacques Chirac en marge du sommet européen de Bruxelles, selon lequel la loi ayant institué le CPE devait «être appliquée».
L'urgence d'une sortie de crise a été soulignée par l'ampleur des heurts ayant opposé jeudi soir des centaines de casseurs aux forces de l'ordre près de la prestigieuse place des Invalides à Paris, à la fin d'une manifestation regroupant plus de 20 000 étudiants et lycéens.
Un jeune homme de 21 ans a été hospitalisé avec «une grave blessure à la tête». Selon les premiers éléments de l'enquête, il a été agressé par des casseurs venus dépouiller les manifestants. Nombre d'entre eux, selon des témoignages, venaient des banlieues déshéritées où avaient éclaté de violentes émeutes à l'automne.
La police a procédé à plus de 600 arrestations à travers la France, où d'autres incidents violents ont éclaté.
M. Chirac a demandé que les casseurs soient «poursuivis et punis avec toute la sévérité nécessaire».
Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui a pris ses distances de M. de Villepin en l'appelant au dialogue, a lancé une nouvelle mise en garde: «Les manifestations que nous connaissons depuis quelques semaines sont en train de changer de visage», a-t-il déclaré en demandant aux forces de l'ordre de «pourchasser» les fauteurs de troubles.
Rival du premier ministre dans la perspective de la présidentielle de 2007, M. Sarkozy avait déjà déclaré craindre que les manifestations d'étudiants et de lycéens ne «réveillent l'agitation dans les banlieues», où se multiplient les incidents en marge du mouvement anti-CPE.
La radicalisation du mouvement avait poussé M. de Villepin à faire un geste en proposant une rencontre avec les syndicats, qui lui reprochent tous d'avoir imposé le CPE sans concertation.
Parallèlement, la mobilisation des étudiants et des lycées se poursuit. Une soixantaine d'universités sur 84 sont touchées par des mouvements de grève ou de blocages, ainsi que de très nombreux lycées.
Le CPE est un nouveau contrat de travail réservé au moins de 26 ans, qui permet à un employeur de licencier ses employés sans justification pendant deux ans. Pour M. de Villepin, il s'agit d'un dispositif essentiel de sa «bataille pour l'emploi», mais ses opposants dénoncent une précarisation accrue des jeunes.
Pour l'ensemble de la presse, M. de Villepin se trouve désormais dans une situation particulièrement difficile, d'autant que son attitude est critiquée de plus en plus ouvertement à l'intérieur de son camp, notamment par les amis de M. Sarkozy.

