Harper veut affamer le Parti libéral

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Hélène Buzzetti
Édition du vendredi 24 mars 2006

Mots clés :

L'État ne compensera pas les partis pour l'abaissement du plafond des contributions individuelles

Stephen Harper avait promis en campagne électorale de ramener de 5200 $ à 1000 $ le montant maximal qu'un particulier peut verser chaque année à un parti politique fédéral. Le Parti conservateur, contrairement au Parti libéral du Canada, ne compte pas beaucoup sur les gros donateurs pour se financer.

Photo: Agence Reuters

Ottawa -- La loi sur l'imputabilité promise par le Parti conservateur de Stephen Harper aura pour effet d'affamer financièrement son rival libéral. Le premier ministre a confirmé hier que l'abaissement des plafonds de contributions qu'un individu peut verser à une formation politique ne sera pas compensé par une augmentation du financement par l'État. Résultat: les partis fédéraux subiront une perte nette de revenus, et le PLC pourrait en être le plus affecté.

M. Harper avait promis en campagne électorale de ramener de 5200 $ à 1000 $ le montant maximal qu'un particulier peut verser chaque année à un parti politique fédéral. Il a confirmé hier qu'il n'était pas question pour autant d'augmenter la somme qu'Ottawa verse aux partis pour les dédommager, soit environ 1,83 $ par an, par vote obtenu (indexé au taux d'inflation).

«Non, pas du tout, a-t-il déclaré en point de presse. Les dons publics sont maintenant très généreux comme ils sont. Je pense que notre parti, et j'espère que les autres partis [aussi], sont capables, avec le financement public qui existe, de financer leur parti avec des dons de moins de 1000 $ par année. C'est la façon de faire du Parti conservateur et surtout la mienne, dans mes deux courses à la chefferie.»

Le Parti conservateur, en effet, ne compte pas beaucoup sur les gros donateurs pour se financer. En 2004, il avait recueilli 10,9 millions de dollars grâce à 68 383 dons d'individus, dont 83 % étaient inférieurs à 200 $. Les dons plus élevés se montaient en moyenne à 427 $.

Au Parti libéral, l'image est très différente. Le parti a amassé deux fois moins d'argent (4,7 millions de dollars), mais avec quatre fois moins de dons individuels. C'est donc dire que chaque don était beaucoup plus généreux. Plus du quart des dons dépassaient le seuil de 200 $, pour s'établir en moyenne à 763 $.

Ainsi, si le Parti conservateur a recueilli un peu plus de la moitié de son financement total grâce à ces petits dons de moins de 200 $, le Parti libéral, lui, n'a pu en récolter que le quart. En un mot, le PLC est beaucoup plus dépendant des gros donateurs.

«Nous allons seulement devoir travailler plus fort», a laissé tomber Stephen LeDrew, président sortant du PLC. Lui-même s'était opposé avec virulence au projet de loi de Jean Chrétien introduisant le financement populaire sur la scène fédérale. Il ne verrait donc pas d'un bon oeil qu'Ottawa augmente son financement public des partis.

Le député libéral David McGuinty voit lui aussi d'un bon oeil cette annonce, qui forcera son parti, selon lui, à «changer de culture». «Ça va forcer le Parti libéral du Canada à aller chercher son financement auprès d'un plus grand nombre de donateurs avec des dons de plus petite valeur.»

L'impact de ce changement s'annonce modéré pour le Bloc québécois et le NPD. Tous deux, comme le Parti conservateur, dépendent moins des gros dons, dont leur moyenne s'établit à 434 $ et 427 $ respectivement.

«Cela ne nous affectera pas de manière significative, croit Karl Bélanger, le porte-parole du chef néo-démocrate. Du côté libéral, ça pourrait faire plus mal. Ils n'ont pas encore appris à faire une collecte de fonds qui a de l'allure. C'est la différence entre le financement populaire et le financement par les élites.» Même point de vue au Bloc. «Ça ne nous pose pas de problème, explique le député Michel Gauthier. Est-ce qu'ils font cela pour être cheap à l'endroit du PLC? C'est à M. Harper de répondre, mais je ne peux pas l'écarter a priori.»


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