Le PLC élira son chef à Montréal

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Hélène Buzzetti
Édition du lundi 20 mars 2006

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L'élection aura lieu lors d'un congrès politique cet automne

Ottawa -- Le Parti libéral du Canada a choisi de désigner son prochain chef à Montréal, en décembre, afin de présenter un «nouveau visage» du parti et de raviver l'ardeur des troupes mises à rude épreuve dans la province depuis l'éclatement du scandale des commandites. Le renouvellement des idées du parti risque toutefois d'être relégué au second plan, comme ce fut le cas lors du couronnement de Paul Martin, puisque la congrès politique se tiendra simultanément.

Le PLC n'a pas caché sa mauvaise posture au Québec: non seulement y a-t-il fait élire seulement 13 députés le 23 janvier dernier, mais sa dette y est colossale: plus de deux millions de dollars, soit un peu plus que la dette du parti pour tout le reste du pays (pour un total d'environ quatre millions).

«La reconstruction de notre parti nécessitera qu'on rétablisse notre présence au Québec», a déclaré Michael Eizenga, le président du PLC, au terme d'une rencontre de deux jours de l'exécutif national pour élaborer les règles de cette course qui s'entame. «La situation au Québec est un peu particulière. Nous avons dû faire face à certaines réalités», a ajouté, sibyllin, Robert Fragasso, président de l'aile québécoise du PLC.

Le PLC facilitera l'accès à sa course au leadership en abaissant les règles d'adhésion des candidats: le prix d'entrée a été diminué de 33 %, passant de 75 000 $ à 50 000 $, le plafond des dépenses a été fixé à 3,4 millions de dollars (en baisse de 15 %), chaque candidat pourra conserver pour lui seul les premiers 500 000 $ amassés sans verser de quote-part au parti. De plus, les nouveaux militants pourront acheter leur carte de membre en ligne, ce qui permettra d'éviter les querelles de paperasse qui avaient défrayé les manchettes tout au long de la dernière course.

Ces règles, a admis M. Eizenga, ont été adoptées «pour s'assurer que la campagne au leadership attire le plus large éventail possible de candidats». Les Stéphane Dion, Denis Coderre et Belinda Stronach, tous candidats pressentis, les ont approuvées hier soir. Le clan Michael Ignatieff n'a formulé aucun commentaire.

«Ça semble équitable», a déclaré M. Coderre en entrevue téléphonique. Même avis du côté de M. Dion qui ne voit pas en ces règles un «obstacle» à sa candidature. Il prendra sa décision sous peu. «Je sais que, si je tarde trop, cela nuira à ma candidature parce que les autres vont prendre de l'avance.» Dans un communiqué de presse, Mme Stronach a salué les règles qui rendront la course «plus ouverte, plus accessible et plus responsable». Elle dit continuer sa réflexion. «J'ai été très encouragée par le soutien que j'ai reçu jusqu'à présent.»

Les membres de l'exécutif du PLC ont reconnu que leur décision de tenir un congrès plus tôt que tard s'expliquait beaucoup par la possibilité d'une élection hâtive. «Selon nous, Stephen Harper a eu un très mauvais départ, un des pires qu'un nouveau gouvernement a jamais eus», pense le président Eizenga. «Nous avons senti le besoin d'être prêts le plus tôt possible.» Toutefois, lui et les autres membres de l'exécutif affirment ne pas avoir élaboré de plan B dans le cas du déclenchement d'un élection avant la sélection d'un nouveau chef libéral.

Les prochains jours révéleront ce que pensent les militants et députés libéraux du fait que l'élection du chef et le congrès politique se tiendront le même week-end, du 29 novembre au 3 décembre prochain. Le PLC n'a pas eu de congrès politique -- où les militants débattent des positions officielles de leur formation et les adoptent -- depuis mars 2000. Généralement, les partis politiques en organisent un tous les deux ans. En novembre 2003, à Toronto, cet exercice avait été réduit à sa plus simple expression pour laisser la place à la grande fête de couronnement de Paul Martin.

La perspective que cela se reproduise a été minimisée par le directeur général du Parti, Steven MacKinnon, promettant un exercice de consultation et de tables rondes au cours des prochains mois. «Une course au leadership est aussi une course aux idées», fait-il valoir. Il dit espérer pouvoir mener les deux exercices en parallèle de manière à «présenter un nouveau visage du Parti libéral» aux Canadiens.

Denis Coderre est plutôt du même avis. «Puisque nous n'aurons pas de couronnement cette fois-ci, l'accent sera davantage mis sur les débats. [...] Il y a des gens de droite, de gauche et de centre dans cette course.» Pour Stéphane Dion, c'eût été «une erreur» de tenir une conférence politique avant l'élection d'un chef. «Ça aurait fait un peu comme au PQ. Vous faites un manifeste et, après, vous faites une campagne à la chefferie où tous les candidats disent qu'ils n'ont pas besoin de présenter leurs idées parce qu'ils vont respecter ce manifeste. On se retrouve à élire quelqu'un dont ne sait pas ce qu'il pense.»

Par ailleurs, Robert Fragasso a reconnu qu'il était inquiétant que les quatre candidats pressentis à cette course les plus souvent nommés -- Belinda Stronach, Scott Brison, Bob Rae et Michael Ignatieff -- ont peu de racines dans le parti. «J'en conviens, j'en conviens, mais, très bientôt, vous allez pouvoir constater que des Québécois provenant du Parti libéral vont annoncer leur intention de se présenter. Ce sont des gens de grande valeur.»

Mme Stronach et M. Brison, qui tous deux ne parlent pas le français, sont des transfuges du Parti conservateur. Mme Stronach s'était même présentée au leadership du nouveau parti fusionné en 2004. L'ex-premier ministre ontarien Bob Rae a plutôt milité au NPD tandis que Michael Ignatieff, qui revient d'un séjour de 30 ans aux États-Unis, fera ses premiers pas dans une assemblée législative le 3 avril prochain, lorsque la Chambre des commune reprendra ses travaux.


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