C.R.A.Z.Y. monopolise les Jutra
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Élise Guilbault déclarée meilleure actrice pour son interprétation dans La Neuvaine

Photo: Jacques Nadeau
Du côté de l’interprétation, le jeune Marc-André Grondin, héros du film, à qui lors des Génies, on avait préféré son partenaire Michel Côté (le papa) dans la catégorie du meilleur acteur, tenait enfin hier soir sa statuette aux Jutra. Meilleur acteur pour lui donc, mais également meilleur acteur de soutien pour Michel Côté, qui atterrissait dans une catégorie parallèle.
Danielle Proulx (la maman) déjà couronnée aux Génies, repartait également des Jutra avec son laurier de la meilleure actrice de soutien. Pierre-Luc Brillant, en nomination pour la statuette du meilleur acteur de soutien dut cependant s’incliner devant son partenaire Michel Côté. Seul un membre de l’équipe C.R.A.Z.Y. pouvait porter ombrage hier à un autre membre de l’équipe C.R.A.Z.Y. En nomination dans 14 catégories, ce film en aura donc gagné treize. Un sommet.
Le film de Jean-Marc Vallée qui couvrait à peu près tout le terrain des prix à décrocher, glanait également ses palmes (déjà annoncées) du film s’étant le plus illustré à l’étranger ainsi que du billet d’or de l’œuvre la plus fréquentée aux guichets québécois. Du nord au sud et d’est en ouest, C.R.A.Z.Y. aura raflé la mise. Le nombre de lauriers recueillis à l’échelle canadienne et québécoise cette semaine pour la comédie de Vallée donne le tournis. C’était embarrassant pour les autres... «On se sent un petit peu mal à l’aise», avouait le héros de la fête, Jean-Marc Vallée, content, mais...
Élise Guilbault, sublime de douleur contenue dans La Neuvaine de Bernard Émond a remporté la statuette hautement méritée de la meilleure actrice. Aucune comédienne de C.R.A.Z.Y. n’était en nomination dans cette catégorie, mais elle méritait haut la main son prix de toute façon. «Merci de voir plus loin que l’évidence», a-t-elle lancé à Bernard Émond. Devant les journalistes, Élise Guilbault, généreuse, a tenu à dire qu’il fallait se réjouir pour C.R.A.Z.Y. et s’incliner devant son succès même si, bien sûr, elle aurait souhaité plus de lauriers à La Neuvaine.
Mais comme il est dommage que cette Neuvaine si lumineuse dans son exploration de la foi et de l’athéisme, n’ait pas recueilli davantage! Cette tornade qui propulsait C.R.A.Z.Y. a desservi des concurrents fort honorables, comme elle a desservi la reconnaissance d’une diversité et la lumière posée sur des œuvres plus marginales, moins plébiscitées que les Jutra devraient souligner. L’Audition de Luc Picard a récolté de son côté un prix unique: celui de la musique pour Daniel Bélanger. Encore une catégorie où le film de Jean-Marc Vallée n’était pas en nomination, mais a-t-on besoin de le préciser?
Normand Brathwaite a animé la fête de C.R.A.Z.Y. avec un aplomb doublé d’un très grand professionnalisme. Les sketches dans lesquels il jouait étaient souvent désopilants en plus, dont une parodie de Brokeback Mountain avec Marc Labrèche, particulièrement amusante. Quelques flèches en direction de la saga des festivals, incompréhensible aux yeux de la majorité, étaient bien placées.
Denise Filiatrault, respectée de tous, a reçu, émue, son Jutra hommage pour sa longue et prolifique carrière sur tous les écrans du Québec, après quelques numéros dansants et un préambule avec Benoît Brière perruqué, poudré et costumé, façon grand siècle. La qualité de l’animation de la soirée est d’autant plus à souligner que l’an dernier, Patrick Huard y avait insufflé beaucoup moins de classe...
Le grand perdant de la fête fut Maurice Richard de Charles Binamé qui, avec son portrait du Rocket, accumulait autant de nominations que C.R.A.Z.Y. (14) et dut s’incliner à chaque étape devant son concurrent. Mince consolation pour Charles Binamé: il a reçu le Jutra du meilleur documentaire pour son très beau film Gilles Carle ou l’indomptable imaginaire, touchant portrait du cinéaste des Mâles et de sa muse Chloé Sainte-Marie. Binamé, devant le raz-de-marée de C.R.A.Z.Y., s’avouait déçu pour l’ensemble des œuvres de la course, balayées par l’unanimité autour d’un seul film, en faisant fi du mérite de plusieurs.
Ce prix du meilleur documentaire fut remporté ex æquo par La Classe de madame Lise de Sylvie Groulx, qui suivait le travail d’une enseignante de première année auprès d’enfants de toutes origines ethniques.
D’autres films que Maurice Richard sont passés hier dans la trappe des Jutra: Horloge biologique, Le Survenant, Saints-Martyrs-des-Damnés, Aurore, Maman Last Call, Familia. Hop là! Hors du chemin!
Du moins existait-il d’autres catégories... La statuette du meilleur film d’animation fut octroyée au remarquable Dehors novembre de Patrick Bouchard, avec des figurines de pâte à modeler sur une chanson désespérée des Colocs. Celle du meilleur court ou moyen métrage a couronné Une chapelle blanche de Simon Lavoie, film de nostalgie sur une vieille dame entre souvenirs et modernité. Tom Fermanian fut classé meilleur exploitant pour son Cinéma Pine de Sainte-Adèle.
Mais cette huitième soirée des Jutra passera à la petite histoire pour ce record de statuettes sur la tête d’un film qui aura engrangé en aval le plus grand succès public dans nos cinémas. Là où il y en a pour un, il n’y en a pas pour tous...
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