Un quatrième toit pour les 30 ans du Stade
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Photo: Jacques Nadeau
En concurrence avec l'entreprise montréalaise Janin-Atlas, retenue elle aussi par appel d'offres, SNC-Lavalin est pour le moment la seule compagnie à avoir soumis un projet de faisabilité à la direction de la RIO. Purement technique, l'exercice ne s'accompagne toutefois pas du montant de la facture à acquitter par les contribuables pour ce quatrième chapeau... mais il permet désormais à la direction de la Régie d'espérer des jours meilleurs.
«Vous avez beau faire tous les projets du monde pour votre maison, tant qu'il n'y a pas de toit dessus, ils vont être difficiles à réaliser», lance Gilles Lépine, président de l'organisme, les yeux rivés sur la toile bleue tendue au-dessus du Stade, sous laquelle toutes les activités sont désormais interdites du 1er décembre au 31 mars. Motif? La fragilité de la «solution définitive» de Birdair (l'actuel toit de toile), qui, en 1999, s'est déchirée en plein hiver et sous l'oeil d'une caméra de télévision à quelques jours de l'ouverture du Salon de l'automobile de Montréal.
Cette chute de neige et les poursuites judiciaires s'ensuivant -- la RIO réclame 50 millions de dollars au fabricant pour le remboursement du toit plus 40 millions en pertes de revenus -- ont une fois de plus alimenté ce qu'il est convenu d'appeler la saga du toit. Saga qui teinte, depuis son origine, l'image, la déchéance et l'histoire de ce bâtiment mal-aimé des Montréalais. «Mais les choses sont sur le point de changer, lance Daniel Marcoux, vice-président de la Chambre de commerce et d'industrie de l'est de l'île de Montréal. Nous ne pouvons plus nous permettre de laisser le Stade dans cet état de détérioration. L'avenir de ce bâtiment passe par la réfection de son toit et nous n'avons plus le luxe d'attendre avant d'agir.»
De nouvelles conditions
Le refrain est connu. Mais il semble désormais s'accompagner de plusieurs couplets, inexistants dans le passé, qui laissent présager un autre alignement des planètes pour le Stade.
C'est que, 30 ans après la fin de leur semi-construction, les équipements olympiques sont en effet sur le point de liquider leurs dettes. Dans le courant de l'année, le dernier versement de l'hypothèque olympique doit en effet être effectué par Québec. L'ensemble des constructions aura ainsi coûté 1,5 milliard de dollars (Vélodrome, d'abord, puis Biodôme y compris). Une facture à laquelle il est possible d'ajouter 100 millions pour la construction du premier toit en kevlar, pour celle de la solution Birdair ainsi que pour la réalisation d'études pour un toit en acier commandées à Dominion Bridge, qui sont restées sans lendemain.
Sans dette olympique, le gouvernement doit ainsi se retrouver avec en poche les 75 millions correspondant à 18,93 % de la taxe spéciale sur le tabac consacrée en 2004 au Fonds spécial olympique. Et cette enveloppe, la RIO aimerait bien mettre la main dessus afin de financer les quelques travaux nécessaires, selon l'organisme, pour mettre le Stade sur des nouveaux rails.
«On parle d'un budget de 80 millions sur 10 ans dont nous aurions besoin, résume M. Lépine. Les bâtiments ont une trentaine d'années et il faut les rénover et mettre à jour les systèmes informatiques et les réseaux de communication afin de donner un service à la clientèle de standard international dès 2008.»
C'est qu'en imaginant un nouveau toit sur le Stade, la RIO voit désormais très grand. Avec en trame de fond un complexe multifonctionnel où compétitions sportives, salons grands publics, concerts et grands rassemblements reviendront donner vie à cette zone bétonnée de l'est de la métropole. «L'idée d'un espace avec une vocation unique n'est pas viable, dit Michel Archambault, de la chaire en tourisme de l'UQAM, car Montréal n'a sans doute pas le bassin de population et de touristes nécessaire pour le faire vivre.»
Le programme doit également s'accompagner du déménagement possible du Planétarium de Montréal, moribond à son emplacement actuel et qui devrait trouver une nouvelle vie au pied du géant au cou penché, entre le Biodôme et le cinéma StarCité, près de la rue Sherbrooke. «Nous sommes très favorables à ce déménagement, dit Raymond Pronovost, président de la Société d'astronomie du Planétarium de Montréal. Cela va rapprocher le Planétarium des autres équipements scientifiques de la ville et créer une synergie intéressante qui va favoriser la clientèle.»
La Ville de Montréal et le gouvernement du Québec sont sur le point de donner leur feu vert à ce projet financé en partie par Alcan, qui, lui, doit fournir les matériaux de construction. Ne reste que la confirmation du gouvernement fédéral, un autre partenaire dans cette relocalisation salutaire, pour compléter la transaction.
Apprendre du passé
L'ensemble de ces projets ne devraient d'ailleurs pas subir les effets pervers d'un éventuel nouveau bris de toit, assurent les responsables de la RIO qui, après un dur apprentissage, mais aussi pour éviter de s'aliéner l'opinion publique, avouent-ils timidement, n'ont pas l'intention de devenir propriétaires de cette structure fixe et solide cette fois.
Selon les scénarios actuellement sur la table, la RIO se prépare en effet à louer l'utilisation de ce toit, dont la propriété, l'entretien et la responsabilité resteront entre les mains de la firme retenue. «On a appris du passé, dit M. Lépine. Et cette fois-ci, nous n'avons pas le droit à l'erreur.»
La RIO compte beaucoup sur cette structure originale de financement, même si ailleurs dans son Stade une autre location semble pourtant lui donner du fil à retordre.
En effet, le mat loué à Busac en 2000 afin d'y créer des espaces à bureaux ne semble toujours rien donner, même si ses premiers occupants devaient s'y pointer le nez en septembre... 2002. Avec en prime 20 millions offerts à Busac par Québec pour mener à bien ce projet.
Trois ans plus tard, rien ne va plus entre l'entrepreneur et la RIO. Les travaux ont été arrêtés, histoire de régler un «imbroglio» à propos d'une fenestration.
C'est que, selon les termes de l'entente, Busac se devait, dit la RIO, de changer les fenêtres du mat pour un «mur rideau» -- un mur de verre --, afin de rendre le bâtiment conforme pour accueillir ses premiers occupants. Chose dont se défend l'entreprise, une filiale de l'américain Jem Realty, qui juge plutôt que cette rénovation relève du propriétaire des lieux, soit le gouvernement du Québec.
À ce jour, huit millions ont été dépensés par Busac pour la construction de deux dalles de béton. À cela s'ajoutent 2,5 millions investis pour insonoriser la dorsale de la tour afin d'éviter que le bruit du funiculaire, se rendant au sommet du bâtiment, ne se répande dans la structure.
Malgré l'arrêt des travaux, les espaces à bureaux sont toutefois mis en location sur le site Web de Busac pour 24,44 $ le pied carré, taxes comprises. «Ah oui! C'est bon signe, dit M. Lépine. Cela veut peut-être dire que nous sommes sur le point d'arriver à une entente.»
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