Milosevic: empoisonnement exclu, mais l'enquête continue
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Photo: Agence Reuters
«Jusqu'ici, aucun indice d'empoisonnement n'a été trouvé», a déclaré le juge Fausto Pocar lors d'une conférence de presse en soulignant qu'il s'agissait de résultats préliminaires.
Hans Holthuis, greffier du TPIY, a confirmé que des traces de rifampicine -- un médicament utilisé contre la lèpre et la tuberculose qui aurait pu neutraliser le traitement contre l'hypertension artérielle suivi par le malade -- avaient été découvertes lors d'analyses de sang effectuées le 12 janvier.
Mais le président de la juridiction internationale a affirmé qu'aucune trace de ce médicament n'avait été décelée au moment de la mort de Milosevic, le 11 mars.
L'Institut de médecine légale des Pays-Bas a toutefois souligné que la rifampicine disparaissait rapidement du sang et que son absence au moment du décès signifiait seulement qu'elle n'avait pas été consommée dans les quelques jours qui ont précédé.
Vukovar, Dubrovnik, Sarajevo, Srebrenica
L'ancien dirigeant serbe est décédé des suites d'une crise cardiaque, selon le rapport préliminaire d'autopsie. Mais des interrogations demeurent sur la raison de la présence dans son sang de rifampicine: empoisonnement ou volonté délibérée d'aggraver son état pour que le TPIY accède à sa volonté de partir en Russie pour se faire soigner?
En Serbie, où il doit être inhumé aujourd'hui dans sa ville natale de Pozarevac, les opposants à Milosevic ont tenu à faire entendre un autre son de cloche parmi les hommages vibrants rendus à l'ancien homme fort de Belgrade par ses partisans nationalistes, pour qui «il s'est battu comme un géant» et «ira dormir avec les anges».
«Merci pour la tromperie et le vol, pour chaque goutte de sang versée par des milliers de personnes, pour la peur et l'incertitude, pour les vies et les générations gâchées, pour les rêves non réalisés, pour les horreurs et les guerres que vous avez faites en notre nom, sans nous consulter, et pour tous les fardeaux que vous avez placés sur nos épaules», peut-on lire dans une tribune publiée dans le quotidien serbe Politika.
«Nous pensons aux chars dans les rues de Belgrade et au sang sur les trottoirs. Nous pensons à Vukovar. Nous pensons à Dubrovnik. Nous pensons à Knin et à la Krajina. Nous pensons à Sarajevo. Nous pensons à Srebrenica. Nous pensons aux frappes aériennes. Nous pensons au Kosovo. Nous y penserons pendant longtemps, même en rêve.»
Le texte est paru dans le quotidien à la page des hommages rendus aux décédés, parmi des dizaines d'autres messages louant les mérites de Milosevic. «Slobodan, je suis fier de t'avoir eu comme président. Tu es un défenseur héroïque de la Serbie et tu t'es battu pour la vérité», peut-on notamment lire.
De jeunes partisans du mouvement réformateur ont appelé par SMS les opposants à Milosevic à se rassembler aujourd'hui dans la capitale serbe au moment de l'inhumation de l'ancien président.
Milosevic a encouragé l'émergence d'une forme virulente et raciste de nationalisme serbe dans les années 90, qui a abouti à l'utilisation de l'armée yougoslave comme outil de domination serbe dans des conflits contre les Croates, les musulmans bosniaques et les Albanais du Kosovo.
Son régime, qui a joui du soutien d'une grande partie de l'opinion publique, s'est servi de la télévision nationale pour dépeindre l'ennemi sous des traits monstrueux afin de faire croire aux Serbes qu'ils étaient menacés.
Aucun témoignage, document, jugement, enregistrement vidéo ou autre élément de preuve présenté à l'étranger pour dénoncer les dérives de ce régime n'entament la conviction du noyau dur des partisans de Milosevic, qui voient en lui un martyr de la cause serbe et non une des principales sources de la désagrégation violente de la Yougoslavie.

