Les fjords norvégiens

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Lio Kiefer
Édition du samedi 18 et du dimanche 19 mars 2006

Mots clés : fjords

Photo Lio Kiefer

J'étais dans la vingtaine et servais de guide pour des professionnels du pétrole qui avaient la Norvège et Stavanger comme port de labeur. Je les emmenais dans les fjords, en bateau ou par la route. À la vue des hauteurs, en s'enfonçant dans les cicatrices de la Terre, ils étaient tous ébahis, sans voix, comme des robots de l'ordinaire devant tant de hardiesse naturelle. J'avais personnellement pour guide Peer Gynt, le roi des menteurs, norvégien et un peu fou.

Quand on est guide dans les fjords norvégiens et que les dérives visuelles sont exceptionnelles, on a peu de choses à raconter aux touristes, si ce n'est que voyager là, c'est promener son rêve. On se met alors à batifoler sur les mesures savantes des aspérités rencontrées ou sur la naissance des glaciers locaux en disant que l'été, on peut skier tout en haut et se baigner tout en bas, l'espace de centaines de lacets, de rivières insolentes et de chutes d'eau qui prennent des noms aussi perturbants que «La source des 7 soeurs», «La cascade des miroirs sans fond», «La source du voile de la mariée» ou «La descente des trolls venimeux»...

Comment raconter la beauté insolente des fjords, la transparence et la profondeur des eaux, le murmure d'un clapotis simplement entaillé par le cri d'un aigle plongeur, le fracas d'eaux rugissantes qui se prennent pour des hordes aquatiques où seul le saumon trouve son compte? C'est alors qu'il faut trouver une histoire...

Dans le Grand Nord, où les montagnes escarpées laissent à peine passer un rayon de soleil dans les fjords étroits, où hurlent les loups pendant les longues nuits d'hiver et où d'étranges lueurs dansent à travers les forêts pendant les nuits d'été, là se trouve le pays des trolls.

Les trolls règnent sur les montagnes et tourmentent les humains en leur jouant de vilains tours. Ils essaient par la ruse de transformer les hommes en leurs semblables. Et lorsqu'un être humain se comporte comme un troll, leur joie est à son comble. Alors, on entend leur rire retentissant résonner d'un rocher à l'autre. Malheur à l'homme qui les rencontre. Rapidement, il sera leur proie et seul l'amour le plus fidèle pourra le sauver.

Dans ce pays des trolls vivait Peer Gynt. Il habitait seul avec sa mère Aase dans une petite ferme que son père leur avait laissée. Mais il leur avait aussi laissé des dettes et dans le village, on chuchotait qu'il avait été un demi-troll.

La mère Aase peinait à rembourser ces dettes toute seule. Car Peer ne s'occupait pas de la ferme. Il préférait vagabonder à travers les montagnes, les fjords et les forêts et rêvait de devenir un homme célèbre.

Son rêve préféré était de devenir empereur. Dans son imagination, il se lançait dans les aventures les plus insensées et quand il en parlait, il avait du mal à distinguer le rêve de la réalité.

Un jour, Peer revint de la chasse et prétendit qu'il avait traversé les airs à dos de renne pour faire la course avec les nuages... On veut le marier à une promise nommée Solveig mais il s'enfuit avec une autre. Un sanglier arriva en courant. Peer Gynt l'enfourcha d'un bond et prit la femme troll devant lui. Et ils partirent vers le château des trolls, franchirent le portail et entrèrent dans la grande salle du roi de la montagne. Il veut le monde mais oublie le sien.

Peer va d'aventure en aventure. Il fait fortune en Afrique comme armateur et trafiquant d'esclaves, perd presque tous ses biens dans un naufrage, est adopté par une tribu de Bédouins du désert en tant que prophète, se fait voler par Anitra, la jeune fille à laquelle il s'était attaché. Devenu vieux, il revient enfin en Norvège où le diable lui apprend que son heure est venue. Peer court la forêt pour échapper à son sort et retrouve sa cabane, au milieu des montagnes et des fjords où Solveig est restée à l'attendre fidèlement, sans douter un seul jour qu'il reviendrait. Car, depuis toujours, on l'entendait chanter ce refrain: «Moi, je t'attends ici, cher et doux fiancé. Jusqu'à mon jour dernier. Je t'ai gardé mon coeur, plein de fidélité et il ne saurait changer.»

C'est un pan de la Norvège qui est écrit dans Peer Gynt, conte mythique repris en drame théâtral par Ibsen et mis en musique un peu plus tard par Grieg. Un conte qui explique les fjords, les trolls et le besoin de vivre.

Et c'est avec ce conte que je fis comprendre à mes pétroleux et pétroleuses que les fjords norvégiens ont une âme et qu'ils cachent un millier de personnages que sont les trolls, ou celles et ceux qui les suivent. Lorsqu'on entre dans le Sognefjord, le plus long du pays, c'est évidemment le choc. Immense, profond, sombre dans les bleus, lyrique dans les verts, mortel dans les eaux. On regarde le fjord mais on a l'irrésistible impression que c'est le fjord qui nous surveille. Que les personnages vont sortir d'un vallon, crier leur hostilité, protéger leur réserve mythique.

Ici, une église en bois debout au centre d'une crevasse. C'est l'église de Brand, antithèse de Peer Gynt, autre drame d'Ibsen. Là, une vieille femme aidée d'un bâton semble parler à la rivière. C'est la Demoiselle aux rats, celle qui cherche quelque chose qui ronge et qui a entraîné le petit Eyolf à jamais dans les eaux du fjord, autre délire ibsénien. Ou on fréquente le Lysefjord, le fjord norvégien le plus célèbre, et les impressionnantes vues panoramiques du Prekestolen. Ou encore on remontant le long de la côte vers le nord, entre fjords et îles, en passant de Stord à Os sur le Bjørnefjord, et on courtise les ravissants villages d'Ulvik ou Utne, sur les rives du Hardangerfjord, puis la ville d'Alesund avec le Geirangerfjord comme gardien. On s'arrête là... 55 000 kilomètres de côtes et des centaines de fjords.

Pour faire simple, on part de Stavanger pour Bergen en passant par Trondheim. Il y a des repères de vikings, des musées en plein air, des roses, du jazz, de l'art nouveau et les Lapons tout au nord. Et pour joindre le spectacle à l'agréable: le festival estival du roi Olaf à Stiklestad, là où toute la région joue de la figuration médiévale, ou un opéra de minuit dans les ruines du château de Steinvikholm, ou encore la tombe de Peer Gynt à Vinstra, en bordure du lac Gala, avec son festival éponyme, où les trolls et leurs semblables font le guet, avec ou sans soleil de minuit. Avant que Peer ne sorte des rochers et crie: «Être soi-même!»

- Pour la Norvège au départ du Québec à moindre coût, prendre un Montréal-Paris couplé avec un Paris-Stavanger via SAS et les tarifs de http://www.ebookers.com à environ 310 $ aller-retour (départs en juin et juillet); ou ceux de http://www.sterlingticket.com/flight avec des Paris (Orly)-Oslo par Norwegian Air Shuttle à environ 170 $ aller-retour (tarifs de juin et juillet). Ces compagnies proposent également des départs vers la Norvège à partir d'Amsterdam et de Londres (Gatwick).

- Pour la location de voiture (bilutleie en norvégien), Avis, Hertz, Europcar et Budget sont présents dans presque toutes les grandes agglomérations du pays. Deux routes sympas: celle des Trolls, de Trollstigen jusqu'à Andalsnes, et celle des Aigles, de Geiranger à Eidsdal.

- La ligne de l'Express côtier (hurtigruten en norvégien) est une liaison maritime assurée depuis 111 ans par 11 navires qui desservent tous les jours de l'année les côtes norvégiennes de Bergen jusqu'à Kirkenes. Le voyage aller-retour dure 11 jours avec 34 escales. Les navires de l'Express côtier sont confortables, spacieux et décorés avec raffinement. Ils offrent une restauration de premier ordre et leurs cabines sont dotées d'installations modernes. On peut également y faire transporter sa propre voiture. De nombreuses excursions sont organisées aux plus belles escales. Les bateaux les plus récents, comme Le Midnatsol (soleil de minuit), accueillent jusqu'à 1000 passagers avec de grandes cabines, des suites, saunas, salons avec baies vitrées, bars, restos, etc. Du grand luxe en bord de fjord.

Pour suivre la même croisière sur un bateau du passé, Le Lofoten accueille 450 passagers pour 80 cabines plus petites mais avec un cachet suranné. Les excursions offertes sont le plus souvent en sus et très chères. www.hurtigruten.fr. Pour économiser sur le prix d'une croisière, prendre des ferrys pour quelques heures, par exemple de Geiranger à Hellesylt (20 $ aller-retour pour deux personnes).

- Pour les trains, on peut prendre la Bergen Line avec fjords à l'appui (http://www.visitnorway.com/templates/NTRarticle.aspx?id=17046, ou la Dove Line avec fjords à la fenêtre (http://www.nsb.no/internet/en/travelplanner/routes/article.jhtml?articleID=6590): les deux au départ d'Oslo. Passes de train: www.nsb.no. Billets combinés train-bus-bateau: http://www.norwaynutshell.com/default.asp.

- Comme Oslo vient de déloger Tokyo comme capitale la plus chère du monde, on ne peut s'attendre à un coût de la vie bon marché en Norvège. Pourtant, il est possible de s'en tirer pour l'hébergement en suivant les fjords avec une carte nommée Fjord Pass, valable pendant un an pour deux adultes et leurs enfants de moins de 15 ans, au coût de 18 $. Cela donne droit à des tarifs d'hôtel à partir de 50 $ par personne, avec le petit-déjeuner, et de 70 $ pour deux dans des bungalows de camping ou des appartements citadins. Une véritable affaire compte tenu des prix pratiqués couramment. http://www.fjordnorway.com/index.html.

- Pour un hébergement avec le soleil de minuit comme témoin, il faudra aller du côté des îles Lofoten, où on loue d'anciennes cabines sur des îles de pêcheurs. Appelées rorbu, certaines sont sur pilotis et ont été retapées pour les touristes, avec canot à moteur au ponton. À partir de 60 $ la nuit pour deux personnes. Thor Jakobsen Hytteutleie, 8392 Sørvågen, Lofoten Islands. Tél./téléc.: (47) 76 09 10 12; cellulaire: 958 05 156, 957 04 662, http://www.lofoten-info.no/default.htm.

- Autre possibilité: louer un phare sur la côte, à partir de 80 $ la nuit, selon le degré de rusticité et le nombre de lits. http://www.visitnorway.com/info/norvege/trondheim_norvege.html.

- Autre combat financier du côté de la restauration, où il faut compter environ 16 $ par plat le midi et au moins 30 $ minimum... Ce sont souvent les viandes les plus chères, malgré que le renne, l'élan, les ragoûts d'agneau et de mouton ainsi que la perdrix des neiges soient d'excellents indices. Beaucoup de touristes se rabattent sur le fast-food.

En bord de mer, les moins chers restent les crevettes au litre, les poissons au kilo, les crabes géants à la pince, les pains de toutes sortes à la livre et les pommes de terre. Des bières comme la Hansa, la Ringnes, la Lysholmer, la Nordlanpils et la Isbjorn (celle de l'ours polaire) se détaillent environ 9 $ et le vin le moins cher affronte les 15 $. On trouve dans certaines fermes des bières artisanales à base de baies sauvages qui se distillent à 4 $. Pour un poulet grillé élevé au grand air du fjord, comptez 10 $. Pour un litre de lait (le meilleur au monde, selon les «locaux»): 2,50 $. Et l'aquavit comme passe-gorge national à partir de 5 $ la gorgée.
- Cette année, on fête le centenaire de la mort d'Ibsen, le dramaturge norvégien qui mit ses pièces au service du destin, des racines, des légendes et de l'émancipation du norvégien en dehors et dans les fjords. Des événements seront célébrés dans les théâtres, galeries, bibliothèques, musées et autres institutions d'Oslo. www.visitoslo.com www.ibsen.net, www.norvege.no/ibsen http://www.amb-norvege.ca/ibsen/year/2006.htm.

- Festival Peer Gynt à Vinstra, au mois d'août: www.peergynt.no.

- Festival Olaf à Stiklestad, fin juillet: www.stiklestad.no.

- Opéra de minuit à Steinvikholm, au mois d'août: www.steinvikopera.no.

- Renseignements généraux sur la Norvège: http://www.visitnorway.com.

Collaborateur du Devoir


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A propos de l'hurtigruten (l'express-côtier) - par Paul Ker
Le mardi 21 mars 2006 02:00

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