OPA hostile en économie sociale
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Pour asseoir son autorité, Nancy Neamtam tente de prendre le contrôle du Réseau d'investissement social du Québec
Une OPA hostile est en cours dans le milieu de l'économie sociale. La très médiatisée militante Nancy Neamtam, p.-d.g. du Chantier de l'économie sociale, tente de prendre le contrôle du Réseau d'investissement social du Québec afin d'asseoir son autorité et de s'assurer ainsi qu'une «synergie» existe dans la vision du développement de l'économie sociale à travers la province.Forte de cet engagement de 28 millions, Mme Neamtam a décidé de faire du RISQ le bras exécutant du Chantier. Pour y parvenir, elle a présenté sa façon de voir les choses au conseil d'administration du RISQ, qu'elle préside. Du coup, le RISQ s'est retrouvé dans une grave crise de gouverne avec une présidente du conseil d'administration qui défendait les intérêts d'un autre organisme, le Chantier. «C'est une tentative de "takeover". On refuse qu'un seul organisme dicte toutes les orientations d'économie sociale au Québec. Chaque partenaire doit avoir son mot à dire. Il faut que le Chantier arrête de penser à rendre le RISQ accessoire et qu'il travaille avec un partenaire qu'il a créé», s'indigne Hélène Simard, vice-présidente du RISQ et présidente du Conseil de la coopération du Québec.
Bruno Montour, de la Fédération des caisses Desjardins, abonde dans ce sens. «Comme administrateur, je suis obligé par la loi de voir à l'intérêt de l'entreprise, c'est-à-dire le RISQ. Pour Mme Neamtam, il y a donc conflit de rôle. Comme présidente du RISQ et p.-d.g. du Chantier, elle négocie avec elle-même», soutient M. Montour.
Créé dans la foulée du Sommet socioéconomique de 1996 à l'initiative du Chantier de l'économie sociale, le RISQ a à l'origine été doté d'un capital de 10,5 millions provenant d'un partenariat entre le public et le privé. L'organisme accorde des prêts sans garantie jusqu'à une valeur de 50 000 $. Jusqu'en décembre 2004, le RISQ a investi 7,7 millions dans 350 entreprises collectives, ce qui représente une injection réelle de 82 millions dans l'économie locale et la création de plus de 4000 emplois.
L'autonomie du RISQ est donc au coeur du conflit. Le conseil d'administration est divisé. D'un côté, il y a les membres issus du Chantier qui estiment que le RISQ est une filiale du Chantier. De l'autre côté, on retrouve ceux pour qui le RISQ est un lieu de partenariat de la finance solidaire et de l'économie sociale et que, à ce titre, il a ses orientations propres.
Selon Charles Guindon, directeur du développement au Chantier, il n'y a pas de crise. C'est plutôt «l'hostilité» de quelques personnes inquiètes devant «la période d'effervescence» actuelle. Tout au plus M. Guindon reconnaît-il qu'«il y a eu des périodes plus harmonieuses». «Le RISQ n'a jamais été autonome. C'est un apparenté du Chantier. Le Chantier en nomme l'assemblée générale et la majorité des membres du conseil d'administration. [...] Même l'avis juridique demandé le dit. Par contre, le Chantier n'a jamais précisé jusqu'à quel point il voulait influencer les règles, mais ça reste un apparenté du Chantier», affirme M. Guindon.
Jointe en début de soirée à Vancouver, Nancy Neamtam explique que le RISQ appartient au Chantier, qui lui a jusqu'à maintenant laissé «beaucoup de marge de manoeuvre». «Il faut revoir et resserrer les choses. Nous sommes dans la gestion du changement», assure Mme Neamtam, qui voit plus un débat qu'une crise.
Pour ce qui est d'un présumé problème de gouverne, la p.-d.g. du Chantier fait le parallèle avec les fonds de travailleurs de la FTQ et de la CSN.
Pour Hélène Simard, «le RISQ est une institution financière qui doit être protégée de l'ingérence politique». «Or le Chantier demeure un lieu de représentation et d'action politiques. Si on élimine la distance entre les deux, il pourrait y avoir un malaise», croit-elle.
En décembre dernier, la grogne envers Nancy Neamtam et ses intentions a entraîné le départ de la p.-d.g. du RISQ, Élise Tessier. Dans sa lettre de «départ forcé», Mme Tessier, qui expliquait que la situation heurtait ses valeurs démocratiques personnelles, soulevait le problème de convergence des intérêts. «Être le bras financier d'une organisation vouée à la promotion, au lobby et au développement d'un mouvement tel que celui porté par le Chantier peut paraître à court terme intéressant d'un point de vue politique mais peut engendrer des situations complexes, difficiles et tendancieuses sur d'autres points», écrivait Mme Tessier.
Au même moment, les employés du RISQ ont prévenu les administrateurs qu'ils se syndiquaient. Les motifs évoqués n'avaient rien à voir avec une amélioration des conditions de travail ou une réaction envers une direction abusive. «Le spectre de la fusion du RISQ au sein du Chantier de l'économie sociale est la principale raison. [...] Nous devons maintenir la mission du RISQ et préserver son autonomie de gestion», ont signifié par lettre les membres du nouveau syndicat. Jusqu'à récemment, les employés portaient un brassard noir pour contester ouvertement Mme Neamtam et le Chantier.
«Pendant ce temps-là, les 28 millions du gouvernement fédéral ne sont pas versés à des entreprises d'économie sociale», fait valoir Bruno Montour. Celui-ci, à l'instar de toutes les personnes jointes par Le Devoir et dont certaines ont requis l'anonymat, marche sur des oeufs dans ce dossier. Tous craignent les effets de la crise non seulement sur l'avenir du RISQ mais encore plus sur les projets d'économie sociale qui attendent de recevoir un financement.
Là encore, deux visions s'affrontent: celle, très montréalaise, du Chantier, qui s'appuie beaucoup sur la formule communautaire, et celle qu'on retrouve davantage en région, c'est-à-dire le modèle coopératif.
La bataille risque de se poursuivre au moins jusqu'en mai alors qu'une assemblée générale pourrait devoir trancher la question.
Vos réactions
Belle image d'une fédération! - par Marc Panneton (marclyne@sprint.ca)
Le lundi 20 mars 2006 00:00

