L'ombre de Hollywood pèse sur le Quartier des antiquaires

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du jeudi 16 mars 2006

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Selon le président de l'Association du Quartier des antiquaires de Montréal, la mauvaise passe qui guette le quartier ne viendra pas à bout de la vitalité qui a fait sa réputation.

Photo: Jacques Grenier

Il n'y a pas que l'industrie québécoise du cinéma qui retient son souffle en attendant la fin du conflit syndical qui ramènera éventuellement le Québec dans les bonnes grâces de Hollywood. En privant la métropole de millions de dollars en retombées, ce conflit fragilise en effet tous ceux qui vivent de cette industrie, des contrecoups qui se font sentir jusque dans le Quartier des antiquaires de Montréal.

En moins d'un an, 24 boutiques ont fermé leurs portes sur la soixantaine de commerces que compte le Quartier des antiquaires, qui a pour épine dorsale la rue Notre-Dame entre les rues Peel et Atwater. Dans sa boutique, Lucie Favreau travaille trois plus fort qu'à l'habitude pour contrer la morosité qui semble prendre racine. «Je suis ici depuis 1979 et je n'ai jamais connu une baisse aussi draconienne, jamais. Il faut que je me débrouille avec les moyens du bord, soit Internet et les expositions.»

C'est qu'outre les habituelles fermetures imputées à la retraite, à la bonne santé du dollar canadien ou à l'embourgeoisement récent du quartier, un nouveau facteur a fait son apparition sur le marché montréalais. En effet, la mauvaise presse à l'étranger de l'industrie du cinéma québécois commence à peser lourd sur les antiquaires qui ont fait leur spécialité de la location pour le cinéma.

«Certains de nos membres ont bâti leur boutique sur la location pour le cinéma. Ils ont des entrepôts pleins. C'est intelligent, ils voulaient répondre à un marché. Mais aujourd'hui, c'est forcément plus dur pour eux», confirme le président-fondateur de l'Association du Quartier des antiquaires de Montréal, Francis Lord.

M. Lord, qui possède la boutique Milord sur la rue Notre-Dame, estime toutefois qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter pour l'avenir du quartier, qui a toujours réussi à se tirer d'affaire depuis sa fondation, dans les années 1970. C'est le cas de la Boutique Deuxièmement, une véritable caverne d'Ali Baba, qui fait son pain et son beurre de la location d'accessoires pour le cinéma, le théâtre et la télévision depuis 1980. Même si la saison s'annonce très calme, son propriétaire, Richard Lévesque, affirme qu'il a plus d'un tour dans son sac, lui qui approvisionne aussi bon nombre de productions locales.

Selon M. Lévesque, la clé du succès réside dans le temps. «Les difficultés que connaît l'industrie du cinéma ont un impact sur l'ensemble de l'industrie, du plus petit au plus gros. La liaison se fait automatiquement, autant pour celui qui loue l'accessoire. Dans notre milieu, il y a des années de vaches grasses et des années de vaches maigres. Il faut donc savoir être prudent et assurer une gestion logique.»

Les antiquaires le savent. Leur domaine est soumis à des cycles en dents de scie qui commandent de s'adapter constamment et rapidement. C'est encore plus vrai s'ils ont le milieu du cinéma pour client. «On travaille avec une industrie qui demande qu'on soit très rapide, confirme M. Lévesque. Par exemple, on m'a appelé ce dimanche pour des raquettes qui devaient être disponibles ce matin [lundi] très tôt sur un plateau de tournage.»

Cette capacité à réagir rapidement est un incontournable pour espérer survivre dans ce milieu, estime Francis Lord. «Ce n'est pas parce qu'on vend des antiquités qu'il ne faut pas s'ajuster au marché. Il faut se tenir au courant, créer de nouvelles niches. Ce n'est pas pour rien que je suis en ce moment à New York pour un gros salon international. Il faut bouger, sinon, on ne peut pas résister aux creux.»

C'est la voie qu'a choisie la propriétaire de la boutique Lucie Favreau Antiques, qui se spécialise dans les souvenirs sportifs et les jouets anciens. «Il faut être dynamique, sinon tu vas fermer tes portes, raconte Mme Favreau. Pour ça, il faut créer sa propre niche, gérer sa clientèle et en développer de nouvelles. C'est dur. Moi, par exemple, je suis très active sur Internet, j'achète et je vends. J'encante mes objets sur eBay.»

Mme Favreau travaille également très fort en amont. Elle n'hésite pas à faire directement affaire avec les sportifs pour garnir ses collections qui touchent de nombreux sports, du hockey au golf en passant par le tennis. C'est ainsi qu'elle en est venue à carrément représenter des joueurs. «La plupart des joueurs ne savent même pas la valeur des objets, il faut être dans le marché pour le savoir, raconte-t-elle. Chacun ses affaires; moi, ma spécialité, c'est de le savoir et d'en tirer profit.»

Selon le président de l'Association du Quartier des antiquaires de Montréal, la mauvaise passe qui guette le quartier ne viendra pas à bout de la vitalité qui a fait sa réputation. Cela étant, son allure, elle, pourrait fort bien changer. «Je crois qu'il y aura moins de brocante sur la rue Notre-Dame. Je ne veux pas que ça sonne péjoratif, mais il y aura moins de ce genre de magasin où on achetait des trouvailles pour pas cher. Ceux qui vont rester, à mon sens, ce sont ceux qui font dans une "bracket" de prix plus élevée et qui auront réussi à se renouveler.»

Paradoxalement, le milieu qui table sur le passé n'est pas à l'abri des nouvelles tendances. «Les consommateurs qui prisent nos boutiques veulent aussi du nouveau. Il faut donc accepter de miser sur autre chose: le moderne, l'Orient, par exemple», explique M. Lord depuis la Grosse Pomme, où il assistait cette semaine au New York Design Show, un événement qui présente des objet datant du XVIIe siècle à aujourd'hui.

«L'idée est de présenter l'antiquité de manière plus actuelle. Là-bas, il y avait des choses modernes, des trucs de 200 ans mélangés à des choses datant de 25 ans seulement. Il s'agit de montrer à la clientèle qu'il est possible de faire côtoyer ces pièces savamment. C'est très excitant. Ça donne une nouvelle vie», conclut M. Lord.


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